Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Pour des raisons diverses 2006 devrait constituer, pour nos métiers, une année charnière. Il est un peu trop tôt pour parler de "révolutions", mais on peut, au minimum - parler d'évolutions fortes, bien que le futur reste encore assez incertain.
Dans la dernière lettre vous avez fait allusion, sans précision réelle, au devenir de la bureautique, et à son extension éventuelle au domaine technique ?
C'est effectivement sibyllin, et il va nous falloir remonter assez haut pour en fournir les explications. La "nouveauté vient en fait d'OpenOffice et de ce qu'on appelle parfois le "document intelligent" (smart document), fortement implanté dans le système OpenOffice 2.0 de 2006, mais qui le sera aussi (sous une forme un peu différente) dans le système Microsoft Office 12 de 2006. Notez en passant que je parle de "systèmes bureautiques", et non pas de logiciels bureautiques. L'un des problèmes clés est que les deux suites dont je viens de parler utilisent le même format général d'échange (XML) mais de façon suffisamment différente pour qu'il n'y ait pas compatibilité directe.
Faut-il vraiment comprendre ce qu'est XML pour saisir les évolutions dont vous parlez ?
Sans aucun doute, mais nous allons nous limiter aux caractéristiques
essentielles de ce format gratuit et "normalisé" au sein de
la communauté informatique. Le point fondamental est que chaque information,
quelle qu'elle soit, résulte d'un couplage des "données"
avec des "métadonnées". Une information n'est pas en
effet uniquement caractérisée par son contenu, (les données),
mais également par la nature du contenu (les métadonnées).
Si j'informatise un plan je le transforme en données, mais si je le transmet,
il faut que j'indique qu'il s'agit d'un "plan, et qu'il est au format AutoCad
".
Tout ce qui vient d'être indiqué entre parenthèses
constitue les métadonnées du message. Le message (XML) contient
donc deux composants : les données (le plan proprement dit) et les métadonnées
(les indications entre guillemets).
Supposons que je sois dans un bureau d'ingénierie où tous les
plans sont au format AutoCad, j'opérerai comme suit :
- je stockerai les métadonnées (communes à tous les plans)
dans le serveur,
- je travaillerai les données (le plan) sur mon ordinateur personnel,
- si j'archive ces plans, une fois terminé, dans le serveur, le fichier
final comprendra "données + métadonnnées".
C'est là l'origine du document intelligent. Valable d'ailleurs tout aussi
bien hors du montage client-serveur : les métadonnées sont alors
sur mon poste de travail. Si je communique ce plan à un tiers, ou à
une autre application, ce sera par fichier XML avec ses deux composantes "données
+ métadonnées".
Comment un tel système peut-il s'appliquer aux domaines techniques ?
D'abord pour une raison très simple liée à ces nouveaux systèmes bureautiques : tous les fichiers bureautiques proprement dits (traitement de texte, tableur, etc ...) d'Open.0ffice comme de Microsoft Office 12 sont naturellement XML (sauf si vous le refusez explicitement). C'est la bataille déclarée entre les deux, car les choix XML sont différents. Mais ce qui est commun c'est que vous pouvez facilement programmer le travail technique au sein du traitement de texte (OpenOffice ou Office) , et utiliser ainsi toutes les facilités (nombreuses) de travail de ces traitements de texte (ou des tableurs). In fine la question qui se posera sera finalement la suivante : les outils informatisés du futur seront-ils intégrés dans la bureautique, et avec quel choix (OpenOffice ou Office).
Est-ce si fondamental ?
Oui et non. Oui parce que si cette conversion à l'environnement bureautique a lieu (notre métier n'étant pas seul concerné) il faudra assez fortement modifier nos méthodes de travail. Non parce qu'au sein des opérations quotidiennes le changement peut rester assez faible : opérer dans un environnement bureautique ne modifie pas le calcul des déperditions. Surtout pour celui qui a déjà l'habitude d'opérer sur un tableur tel qu'Excel. Mais l'ensemble de l'organisation du travail de l'entreprise peut être très fortement modifié. Si vous voulez rester objectif oubliez la programmation actuelle d'Office sous VBA : le futur est tout différent.
Si une telle évolution a lieu, pensez-vous quelle peut être très rapide ?
Non, et c'est pour cela que je parle de 2006. Il est actuellement quasi impossible de mettre totalement au point des outils qui fonctionneraient dans l'un ou l'autre des deux cadres bureautiques que j'ai cités. C'est un peu comme pour les nouvelles dispositions législatives et réglementaires concernant l'énergie : il faut attendre 2006 pour qu'on y vois vraiment clair. Mais je montrerai par la suite que l'évolution est plus ou moins en cours.
Bien que nous soyons encore dans l'incertitude j'aborderai plus en détail, dans la prochaine lettre, l'évolution prévisible de ce que j'appelle les outils de nos métiers. En commençant par ce qui ne dépend pas trop des évolutions prévisibles que j'ai examinées au cours des trois lettres précédentes.
Roger CADIERGUES
