Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Dans ma précédente lettre je vous ai parlé de ma surprise de constater de fréquents découragements dans notre milieu. Quelles étaient les origines de cette situation curieuse, telle était la question que je me suis souvent posé. Or c'est par hasard que l'une d'entre elles, qui m'avait plus ou moins échappé, est venue à ma connaissance.
De laquelle s'agit-il ?
Lors de l'enquête dont j'ai déjà parlé j'avais bien constaté que les manuels courants diffusaient de plus en plus une information inadaptée, mais je n'avais pas saisi que le même phénomène avait provoqué une détérioration, fréquemment insoupçonnée, des ordres de grandeurs auxquels chacun est habitué. C'est une enquête et une étude récente (Mai 2005) de deux élèves-ingénieurs de l'INSA-Strasbourg (Pierre André et Serge Haouizée) qui m'ont remis sur le droit chemin.
De quoi s'agit-il finalement ?
D'une situation que nous pouvons prendre comme exemple. Supposons que, pour
un local donné, en calculant en 1973 le radiateur adéquat, nous
ayons sélectionné un radiateur de 2000 W. Pour une chute (90-70
°C) de 20 K et un tube d'alimentation de "1/4'" cela correspond
à une vitesse d'eau dans le tube de 0,40 m/s. En 2001 le même local
pourrait être chauffé par un radiateur de 700 W. Si l'on respecte
les recommandations les plus adéquates actuellement, une chute de 10
K (80-70 °C) sera le plus raisonnable. Avec le même tube (1/4) la
vitesse de l'eau passe à 0,28 m/s. La différence n'est pas négligeable,
mais elle n'est pas catastrophique.
Par contre si je ne respecte pas ces recommandations nouvelles, et si je maintiens
une chute "classique" de 20 K (85-65 °C), la vitesse passe (pour
le même tube) à 0,14 m/s. C'est dire que si l'ingénieur
ou technicien n'a pas veillé à mettre à jour ses habitudes,
les débits dans les tubes vont souvent être franchement très
faibles. Or c'est ce qui peut se passer pour des intervenants très attachés
à leurs habitudes. C'est ce qui se passe également quand on utilise
les manuels habituels : si vous consultez un ouvrage tel que le "Recknagel"
français de 1996, vous êtes normalement porté à utiliser
dans les radiateurs les températures de 90-70 °C, donc la chute de
20 K. C'est dire que non seulement les habitudes, mais aussi les manuels tardent
fortement à s'adapter. Tout un tas de règles empiriques devraient
être corrigées, et ne le sont pas toujours, même dans les
enseignements les plus réputés.
D'une manière générale il faut apprendre à éviter
les trop bas débits que les évolutions techniques actuelles peuvent
provoquer. Et ce n'est là qu'un des aspects des conséquences du
"progrès énergétique" réel.
Vous faisiez, par ailleurs, état d'une autre source de découragement : de laquelle s'agit-il ?
Le découragement, chez certains, vient de ce que la nouvelle crise pétrolière
a été accompagnée d'un déferlement accru de propositions
en matière de performances et de choix énergétiques, remettant
plus ou moins en cause les connaissances acquises. Du moins dans l'esprit de
certains.
Faut-il en conclure que de nouveaux marchés (avec de nouvelles
techniques) vont se développer, ou faut-il commencer à réviser
tout notre acquis de connaissances, telle est la véritable question.
Faut-il mettre du solaire partout alors que les résultats in situ démontrent
qu'il faut agir avec une certaine prudence, l'eau chaude étant par exemple
le secteur à privilégier.
En fait allons-nous longtemps vivre
au milieu de discours lénifiants et utopiques pendant les décennies
qui viennent ? Tel est le vrai défi énergétique actuel,
ou plutôt celui du développement durable au travers de la lutte
contre l'effet de serre.
N'est-ce pas un peu exagéré ?
Absolument pas ? Reprenons un autre exemple, celui des discours sur la biomasse, qui relèvent un peu des mêmes illusions. C'est ainsi que fabriquer de l'éthanol exige plus d'énergie que cela n'en produit, 27 % en plus pour le soja, 118 % pour le tournesol. Tout cela ne veut pas dire qu'il faut abandonner la biomasse, mais qu'il faut y accepter des discours raisonnables. Ce sont ces discours raisonnables que j'essaierai de défendre dans la prochaine lettre : c'est le meilleur, et même le seul moyen de défendre les progrès énergétiques, en particulier en matière d'énergies nouvelles.
Reprendre ce thème sera l'objectif de ma prochaine lettre.
D'ici
là ne soyez pas découragés, même si nous vivons souvent
au milieu des discours plus que des réalités.
Roger CADIERGUES
