Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Dans ma précédente lettre j'ai tenté de préciser, à propos de nombreux découragements des hommes et femmes de nos métiers, ce qu'étaient les origines de cette situation curieuse. L'objectif final - vous verrez de plus en plus pourquoi - ne doit pas être de baisser les bras, mais au contraire de relever le défi. Et de dire comment, et avec quels outils. Mais pour cela il faut que notre diagnostic de départ soit correct.
Dans votre dernière lettre vous aviez l'air de dire que Windows était condamné ?
La situation n'est pas si simple, mais elle n'est pas non plus si tranquille.
Pour le comprendre il faut tenir compte de ce que, dans les cinq ans qui viennent,
l'informatisation de nos métiers devrait s'appuyer sur deux axes :
- le recours quasi-systématique aux réseaux internes pour toutes
nos équipes, qu'il s'agisse de bureau d'architecture ou d'ingénierie,
ou qu'il s'agisse d'entreprise d'installation ou de services,
- l'intégration de plus en plus forte des outils bureautiques dans tous
nos travaux, y compris techniques.
Je ne vais pas, ici, épiloguer sur la solution qui me paraît devoir
s'imposer, mais je voudrais souligner que le réseau sera obligatoirement
desservi par un serveur (PC adéquat). Or ce dernier pourra être
équipé d'un des deux systèmes d'exploitation que sont Windows
Server et Linux, ce dernier étant aujourd'hui assez prédominant
sur les serveurs. Notez bien que, dans un tel système (serveur Linux
ou non), les postes clients peuvent être Windows, mais ils peuvent également
être Linux (moins de 100 euros avec plusieurs centaines de progiciels
libres dont OpenOffice 2).
Même pour les postes dits "clients" (par opposition à
"serveur") la situation est claire : pour les progiciels bureautiques,
comme (de plus en plus) pour ceux de gestion il sera facile de faire appel à
des logiciels libres, donc gratuits. La situation ne sera probablement pas la
même pour les progiciels techniques, aujourd'hui tous sous Windows, qu'il
sera difficile de modifier.
Cette situation est-elle irréversible ?
En clair votre question signifie : Windows va t-il subsister ou non ? Ou n'être réservé qu'à des applications très spécifiques, nos progiciels techniques par exemple. Microsoft réagit bien entendu : le 28 Juin prochain (2006) paraîtra la nouvelle version Windows ("Vista"), fort différente de l'actuelle au premier abord, corrigeant d'assez nombreuses failles de sécurité dans les mois qui suivront. Dans la foulée, à la même date, sortira la nouvelle version Microsoft Office (la version 12) qui surpasse légèrement OpenOffice 2. C'est dire qu'à la fin de 2006, donc essentiellement en 2007, nous allons assister à une bataille serrée entre deux systèmes d'exploitation et entre deux ensembles bureautiques associés. C'est une source d'inquiétudes chez certains responsables ce nos métiers : que choisir. Je puis néanmoins vous rassurer au vu de la version d'essai (béta) provisoire de Vista qui vient de sortir : malgré des informations antérieures assez alarmantes ce nouveau système d'exploitation ne bouleverse pas Windows. Nos progiciels techniques actuels, par exemple, supporteront sans doute sans mal le passage, du moins je le crois. Il n'en est probablement pas de même pour la bureautique. Microsoft Office 12 (Juin 2006) présentera incontestablement quelques avantages, mais la baisse de son prix (par rapport à la gratuité d'OpenOffice 2) ne sera peut-être pas suffisante. Je suis actuellement incapable de dire avec sûreté ce qui va se passer fin 2006, et surtout en 2007 … A suivre donc de près dans les deux années à venir.
Tout cela est clair, mais quel rapport y-a t-il avec les instabilités techniques que vous avez dénoncées, instabilités qui semblent constituer le cœur des problèmes ?
D'abord je n'ai pas dénoncé ces instabilités, je les ai simplement constatées. Ce qui est important c'est que nous ne surmonterons pas les variations fréquentes de règlements, de normes et de technologies si nous ne possédons pas une organisation adéquate, laquelle ne peut être qu'informatique et basée sur le développement des réseaux Intranet (au sein des équipes) ou Internet (au dehors). Pour mettre en place cette organisation nous devrons passer par deux étapes.
Quelles sont ces deux étapes ?
La première étape correspond à la mise en ordre des connaissances
existantes. Je me suis, en fait, innocemment attaqué à ce problème
début 2004. Je dis "innocemment" parce qu'il s'agissait pour
moi, simplement, de préparer la deuxième édition du Mémento
de Génie Climatique : MémoClim (Sedit éditeur) dont la
première édition (parue en 2001) s'épuisait. Cette collection
de données, de tables et de diagrammes, limitée aux cas les plus
courants, avait l'avantage de tenir sur moins de 300 pages. Hélas je
me trompais en pensant que cette révision serait simple. J'ai, en effet,
très rapidement constaté deux situations inquiétantes :
- le vieillissement terrible de l'information contenue dans les manuels existant
en 2004 (ou maintenant), sans que je fasse là la critique des auteurs
de ces manuels,
- l'inexistence, surtout en français, d'un ou de plusieurs manuels couvrant
l'ensemble des sujets nous concernant.
On aurait pu penser que la presse technique (par exemple) obviait, au moins
en partie, à cette défaillance, mais là aussi une surprise
m'attendait : les médias et beaucoup d'organisations étaient restés
muets, de nombreuses normes par exemple n'ayant jamais été signalées
par quelques médias que ce soit. Dans ces conditions la poursuite de
la révision du Mémento obligeait à un choix :
- ou bien poursuivre l'optique initiale, avec un contenu très compact
de 400 pages au plus mises à jour,
- ou bien accepter que ce mémento couvre beaucoup plus exhaustivement
l'information, tout en maintenant une présentation compacte.
C'est ce dernier choix que j'ai adopté … et mal m'en a pris, ce
qui confirme bien nos défis actuels.
Que s'est-il donc passé ?
D'abord que le travail devenait beaucoup plus lourd et long que prévu. Mais surtout qu'après différents tests de rédaction et de mise en page, l'ouvrage s'en allait, malgré sa compacité, vers les 1200 pages. C'était la preuve d'un deuxième défaut, outre l'instabilité, le volume "excessif" des connaissances utiles à nos métiers. Comment ces problèmes ont-ils pu être résolus, au moins temporairement, c'est ce que nous verrons dans la prochaine lettre.
Dans la prochaine lettre, je poursuivrai donc cette "histoire", qui démontre clairement que nos défis actuels sont au nombre de deux : instabilité et volume. Quand j'entends certains responsables d'entreprise me parler des difficultés qu'ils ont à entretenir la compétence de leurs équipes, je sais - hélas - de quoi il s'agit.
Roger CADIERGUES
