Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Dans ma précédente lettre j'ai raconté les débuts difficiles de la révision du Mémento du Génie Climatique (MémoClim). Voici maintenant comment l'affaire a été résolue. Imparfait sans doute, mais indispensable comme vous allez le voir.
Dans votre dernière lettre vous étiez resté sur une quasi-impossibilité de révision du Mémento : comment en êtes-vous "sorti" ?
Disons d'abord que cette histoire n'aurait aucun intérêt si elle
ne révélait pas qu'en fait, dans nos métiers, l'instabilité
des connaissances mais également leur volume sont largement en cause.
Nous en étions restés, dans la précédente lettre,
à un Mémento qui allait atteindre allègrement ses 1200
pages. Comment éviter ce volume excessif, telle était la question
essentielle ?
La première solution consistait à éliminer certains types
d'informations, c'est ce qui fut fait. Avec des regrets bien entendu. Mais aussi
avec une efficacité assez limitée.
La deuxième solution (le travail étant effectué directement
en PAO) consistait à compacter le plus possible les textes, formules
et diagrammes : c'est ce qui fut également fait.
Malheureusement tous ces efforts étaient encore insuffisants, et il a
fallu continuer à tailler et à compacter. Tout ceci pour aboutir
à un ensemble frôlant les 1000 pages. Ce faisant tout aller se
réaliser dans cette voie, après de nouvelles réductions,
lorsque les pouvoirs publics ont lancé la fameuse loi sur l'énergie,
dont il était prévu que les textes d'application devraient s'échelonner
jusqu'en Juillet 2006. Comme le Mémento devait être publié
au printemps 2006, c'était "catastrophique", car le texte risquait
de passer à côté d'informations essentielles. C'est ainsi
que l'instabilité est venue s'ajouter au volume, un clair indice de tous
nos "maux".
Comment le problème a-t-il été pratiquement résolu ?
D'abord par un découpage en deux tomes. Ensuite par de nouvelles réductions de présentation et de contenu. Pour aboutir à deux volumes ne dépassant pas chacun de l'ordre de 400 pages. Le premier tome est actuellement sous presse, et devrait sortir fin 2005. Le deuxième tome (qui contient l'essentiel des aspects énergétiques) devrait paraître milieu 2006, ..ou fin 2006 si les textes officiels sont trop longs à venir. Voilà comment, malheureusement, je me suis trouvé moi-même face aux défis du volume et de l'instabilité des "connaissances".
Avec un tel volume il est normal de supposer que le Mémento couvre, en gros, la totalité des données pouvant nous être utiles ?
Détrompez-vous, plusieurs aspects ne sont pas abordés, et ce par
nécessité d'être compact :
- la technologie couvrant le détail des matériels que nous installons,
- les procédures de calculs couvrant les démarches nécessaires
aux projets et aux plans d'exécution.
Sans oublier que ce Mémento n'est pas un ouvrage de formation, ou d'initiation.
Et sans oublier que les aspects "services", très importants
pour certains, ne sont que survolés. Le maintien de la taille était
malheureusement la contrainte qu'il n'était pas possible d'éviter.
L'un des aspects intéressants de ce travail c'est que face aux difficultés
j'ai tenté de connaître l'avis de lecteurs éventuels. Les
réponses sont très variables mais souvent très instructives.
Voici, par exemple, pourquoi.
Qu'entendez-vous par là ?
Prenons un exemple, celui d'un interlocuteur connaissant très bien les
manuels américains (les quatre ASHRAE Handbooks). Cet interlocuteur avait
bien sûr tendance à juger en fonction de cet exemple. Il s'agit
d'une collection de quatre manuels complémentaires, chacun de l'ordre
de 750 pages 21 x 27 sur deux colonnes en petits caractères. Le volume
des quatre manuels (plus de 3100 pages) n'a, effectivement, aucun équivalant
chez les concurrents européens. Il était normal que mon interlocuteur
ait pensé que j'eus été mieux inspiré en tentant
de réaliser un manuel analogue à ces quatre volumes américains.
En fait cet exemple ne vaut que sous la forme brute que je viens d'adopter.
Dans la réalité la situation est différente, et ce pour
trois raisons qui n'apparaissent que quand on regarde de près.
1. Un nombre non négligeable d'ingénieurs américains, adhérents
de l'ASHRAE, souhaiteraient une forme plus compacte et plus homogène
(chaque chapitre est l'œuvre d'un comité, et les comités
ne traitent pas forcément les problèmes de la même manière)
: il n'a pas encore été possible de leur donner satisfaction.
2. Pour satisfaire certaines demandes ces manuels ne sont pas seulement publiés
sous forme de livres, mais également sous forme de CD Rom comportant
un moteur de recherche. C'est dire que les utilisateurs américains ressentent,
comme nous, l'inadéquation de la forme "livre" lorsque l'information
est volumineuse.
3. Ce qui est plus net encore, l'ASHRAE est induite à publier, outre
ces manuels, des ouvrages complémentaires en nombre croissant, chaque
ouvrage étant consacré à un sujet limité (plus d'une
douzaine de manuels spécialisés de ce type existent dès
maintenant).
En clair, lorsque j'ai étudié de près la solution "ASHRAE"
j'ai bien dû constater que cette association avait rencontré des
problèmes très voisins des miens. Et qu'elle n'avait pas forcément
découvert la solution la meilleure.
Dans la prochaine lettre, je poursuivrai le bilan.
Roger CADIERGUES
