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En route vers le développement durable

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

Le développement durable est une obligation fondamentale. Il mérite d'ailleurs mieux que certaines dispositions un peu technocratiques actuellement prévues. Ou mieux que les informations souvent biaises de la presse quotidienne. Tel est du moins mon avis.

Ce dernier exemple est intéressant, mais n'est-il pas un peu exceptionnel ? Il s'agit là d'une double critique très sévère.

Sans aucun doute, mais je dois bien avouer que je trouve fatigant le grand nombre d'articles sur le développement durable qui me paraissent plus philosophiques que proches des réalités. Or ce sont ces réalités qui comptent. On a, par exemple, longtemps - et inutilement - épilogué sur la définition alors qu'il suffit simplement de dire que le développement durable est celui qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre ceux des générations futures.

Vous parliez également de dispositions technocratiques que vous jugiez mal adaptées

C'est très simple, et je vais prendre le premier exemple que j'ai cité lors d'un exposé sur ce thème, devant les ingénieurs des Arts et Métiers, au début de 2005. Il s'agit d'une opération ayant eu lieu il y a une trentaine d'années (notez ce détail si vous pensez que le développement durable est une coqueluche récente). Ayant à réaliser une extension auxiliaire dans une résidence modeste du sud-ouest, j'ai proposé à l'architecte que nous utilisions les pierres du vieil hôpital qui venait d'être détruit. C'est ce qui fut réalisé avec le maçon qui adopta uniquement ces pierres pour la totalité des 200 m² de murs extérieurs. Le bâtiment ainsi réalisé a très bien vécu ces trente dernières années, un contre-exemple venant par ailleurs renforcer cette démonstration. En effet, en même temps que se réalisait le bâtiment que je viens de citer, le hasard a fait qu'une de nos grandes administrations françaises construisait son bâtiment juste en face du tas de vieilles pierres de l'hôpital. Et ce sans utiliser ces pierres locales, en leur préférant du bois exotique. Ce qui n'est évidemment pas dans l'architecture du pays, et ne relève pas (loin de là) du développement durable. J'y ajoute le fait qu'avec l'âge cet édifice administratif ait terriblement vieilli, son aspect général ayant très mal résisté au temps et s'étant progressivement détérioré comme on peut, hélas, le constater aujourd'hui de visu.

Que voulez-vous démontrer avec cet exemple ?

Premièrement que le développement durable est d'abord une affaire de bon sens. Je prétends que chaque architecte devrait, naturellement, faire du développement durable. Il n'a pas besoin d'un système de cotation (qui peut facilement passer sous silence les dispositions les plus simples comme celles que je viens de citer) pour faire du développement durable. Allons même plus loin. Il y a environ deux ans une organisation écossaise a voulu instituer un système basant le développement durable, non pas sur des notations à priori, mais sur les réalisations existantes, chaque architecte étant plus ou moins bien coté selon ses réalisations passées. L'ordre écossais des architectes s'est, à juste raison, élevé contre cette procédure, estimant qu'elle était beaucoup trop arbitraire et que le développement durable n'était pas une question de plus ou de moins, mais - pour l'architecte - une obligation permanente. En voulant trop mathématiser les présentations on risque très sérieusement de déformer le problème. Le développement durable doit être un souci peut-être sous-jacent mais constant de chaque architecte, celui qui ne respecte pas cette règle n'étant pas vraiment digne de son titre.

N'est-ce pas une critique des labels HPE ou équivalents ?

A la fois oui et non. Une critique de la mise en forme, mais pas de l'intention. Il n'est d'ailleurs pas très normal que certaines facilités, fiscales par exemple, soient accordées au travail bien fait. Il serait plus judicieux que le travail mal fait soit, sous une forme ou sous une autre, pénalisé. Ceci dit je reconnais que ce n'est pas facile, mais il faut bien mesurer les risques créés par une mathématisation excessive, et assez arbitraire du sujet.

Que voulez-vous dire par là ?

Qu'il y a peut-être des solutions moins formelles et plus efficaces : nous en reparlerons plus tard, quand nous aurons examiné ma deuxième critique.

Quelle est cette deuxième critique ?

Elle concerne essentiellement la presse française, et son interprétation du sujet à propos du protocole dit de Kyoto, et de la réunion de Montréal en Décembre 2005 qui aurait dû durcir les démarches afin de limiter le réchauffement climatique. Pour tous les journaux français les Etats-Unis sont le vilain petit canard. Je ne veux pas ici défendre les USA, mais je dois bien constater qu'en se focalisant sur les réactions du seul gouvernement américain on se trompe sur ce qui se passe réellement aux Etats-Unis. Ce qui s'y passe c'est la décision des principales villes américaines (dont 10, en tête, les plus grandes) d'être les pôles du développement durable. Ce qui s'y passe c'est le développement rapide et surprenant des actions (du type LEED) dépassant les accords de Kyoto, plébiscitées par plus de 60 % du public américain. Ce qui s'y passe c'est le sous-titrage du logo de l'Association Américaine des Ingénieurs de notre secteur (l'ASHRAE) du message "Engineering for Sustainability". Sans compter la publication à succès de cette association : l'ASHRAE Green Guide. En fait, je n'en finirais pas d'énumérer les actions qui pourraient bien faire qu'en très peu d'années les Etats-Unis soient passés d'une certaine négligence du sujet à une maîtrise dépassant (surtout sur le terrain) celle de tous les autres pays, Europe comprise. Dites-moi quelles sont les associations européennes d'ingénieurs de notre secteur qui sous-titrent leur logo d'un message indiquant leur intérêt primordial pour le développement durable ?

Pouvons-nous en savoir plus ?

Ce n'est guère possible dans le seul cadre de cette lettre. De plus, je crois qu'il y a un biais encore plus grave dans la manière de traiter notre avenir : c'est ce que j'espère commenter dans ma prochaine lettre.

Roger CADIERGUES

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