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La légionellose, encore et toujours sur la sellette ! (2)

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

Le colloque de Copenhague put-il remédier à la situation ?

Non, car ce n'était pas son objectif. I1 avait surtout, sous l'égide de l'OMS, à répondre à une épidémie grave survenue au Royaume?Uni, à l'hôpital de Strafford. Grave parce qu'elle entraîna de nombreux décès.

Cette épidémie britannique fut, après celle de Philadelphie en 1976, l'une des plus "spectaculaires" (pardonnez-moi le terme)

J'ai pu, en effet, consulter la première page d'un journal local de Strafford, où, sur cinq colonnes à la une (réellement sur cinq colonnes, et non pas symboliquement) un long article titrait "LE VENT DE LA MORT". L'ensemble était accompagné d'une photographie, en très grand format, du réfrigérant atmosphérique de la centrale électrique de la ville, l'épidémie avant eu lieu à l'hôpital proche. De quoi provoquer la panique de toute la population, ce qui fut, plus ou moins, le cas.

En dehors de cet examen, quelles furent les conséquences de le réunion de Copenhague ?

Bien plus larges, bien entendu, la cas britannique n'étant qu'un exemple. Au cours de cette réunion, la première chose qui m'a frappé, compte?tenu de la faible intervention des autres pays, c'est qu'il n'existait guère alors, au monde, que deux organisations clés sur la légionellose, l'équipe britannique étant alors à ses débuts : - Le Center for Diseases Control (CDC) d'Atlanta, signalé un peu plus haut pour "l'expertise" parisienne, - Le Centre de référence de Lvon, représenté par le docteur Bornstein dont j'ai également parlé plus haut. A Copenhague, outre une mise au point générale ? toujours valable aujourd'hui ? deux conclusions essentielles m'ont marqué : les limites clé de la désinfection, les erreurs courantes sur la climatisation.

II est curieux que vous parliez des limites de la désinfection ?

Curieux, car l'essentiel des recommandations publiques françaises actuelles portent sur cette action. Les limites de la désinfection sont de deux types : géométriques ou temporelles. "Géométriques" parce qu'il est parfois difficile d'atteindre toutes les parties des réseaux hydrauliques (à cause des fameux bras morts). "Temporelles" parce qu'un réseau désinfecté un jour, peut très bien se réinfecter dans les heures qui suivent.

Il y a pourtant, pour la désinfection, des règles bien précises ?

Lors de la réunion de Copenhague précitée, les USA, la France et les autres pays se sont assez facilement mis d'accord sur les détails recommandés pour les traitements : c'est d'ailleurs la base actuelle de nos recommandations. Je ne puis, toutefois, m'empêcher de penser a la remarque finale du CDC, a Copenhague. En effet, sans renier les décisions, pour lesquelles il était le principal proposant, le CDC a pensé bon d'indiquer que, dans un cas bien précis, malgré deux traitements de 48 heures dans les conditions que nous venions de recommander, il n'avait pu y avoir éradication complète des légionelles. J'ai toujours songé à cette fragilité des recommandations lorsqu'on me propose aujourd'hui un traitement de désinfection.

Vous parlez également "d'erreurs courantes" sur la climatisation ?

Pour l'expliquer je vais reprendre l'exemple de l'hôpital de Strafford cité plus haut. Les spécialistes britanniques attribuaient l'épidémie au développement des légionelles dans le réseau de climatisation lui?même (le réseau interne), dans les "laveurs" en particulier. Or il se trouvait que, dès 1976, j'avais suivi de près les incidents "légionellose" qui nous inquiétaient beaucoup à cette époque. Par la suite, pendant des années, rien n'était venu prouver un rôle confirmé des centrales de climatisation, ce qui se justifiait facilement par la température faible des centrales (10 à 12 °C en général), défavorable au développement des légionelles. En clair, les réseaux de climatisation ne semblaient pas pouvoir être le siège de propagations de légionellose, alors que l'exemple britannique semblait prouver le contraire.

Le "contraire" était-il réellement prouvé ?

Voici ce qui s'est passé. Lors de notre réunion de Copenhague, j'ai demandé à nos collègues anglais de me décrire l'installation en cause, qui comportait une tour de ruissellement artisanale, assez mal placée en terrasse. J'ai pu, alors, indiquer quels étaient les rabattements probables de panaches qui pouvaient être mis en cause dans tous les cas. Au retour en Grande?Bretagne, avec un fair?play que je tiens à saluer, nos amis britanniques ont procédé à des essais au traceurs ... et retrouvé les phénomènes de rabattement que j'avais décrit, d'autant plus graves que des brise?soleil (qui ne m'avaient pas été décrits) amplifiaient le risque. C'est la raison pour laquelle je suis, plus que jamais, persuadé que le phénomène quasi?unique (pour ce qui concerne la climatisation) est le rabattement du panache des tours de ruissellement, et jamais rien d'autre.

Dans notre prochaine lettre du mardi (n° 10), je reviendrai sur le problème essentiel des panaches, et sur les dispositions géométriques à prendre.

Roger CADIERGUES

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