Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Si l'on en croit de nombreuses publications, notre ère devrait devenir celle du photovoltaïque. Ce serait la solution miracle des années à venir d'après un grand nombre de médias. Il en est un peu de même pour la climatisation solaire. Utopies ou réalités, telles sont finalement les questions auxquelles il faut tenter de répondre …
Qu'entendez-vous par climatisation solaire ?
Il s'agit, pour l'essentiel de la production de froid à partir de machines solaires à absorption. Nous bénéficions, en Europe, de plusieurs dizaines d'installations pilotes de ce type, installations plus ou moins liées à des environnements climatiques favorables. Les recherches et développements y ont été - jusqu'ici - peut-être insuffisants, mais - quoi qu'il en soit - les coûts constituent (en climatisation solaire) un obstacle très difficilement surmontable. Ayant suivi régulièrement la majorité des initiatives correspondantes, je crains qu'il ne s'agisse là que d'installations exceptionnelles de démonstration. Nous devrions, en tous cas, être mieux éclairés ces prochaines années.
Etes-vous aussi pessimiste pour le photovoltaïque ?
Il s'agit là d'une situation différente, mais je ne partage généralement pas l'optimisme facile (et surtout global) en la matière. Ceci dit, qu'on ne m'accuse pas d'être un opposant systématique à cette technique, je dirai même "hélas".
Cela veut-il dire que vous êtes un défenseur acharné du photovoltaïque ?
Dans certains cas oui, et voici pourquoi. Au milieu des années 1980, avec l'Unesco, j'ai participé à la mise en place, pour la Communauté de l'Afrique de l'Ouest, d'une chaîne de fabrication et d'installation de pompes hydrauliques photovoltaïques. Cette chaîne comprenait une usine de fabrication de panneaux photovoltaïques (partant de lingots de silicium importés) et de pompes hydrauliques, l'ensemble étant complété par un centre de formation d'ingénieurs et techniciens africains de fabrication et d'installation (les premiers formateurs africains devaient être préparés en France par nos soins). Subitement, alors qu'aucune participation financière n'était demandée à l'Europe, deux grands gouvernements européens (qu'on me pardonnera de ne pas citer) se sont violemment opposés au projet, et par des interventions inimaginables (sous interventions manifestes de groupes industriels aveugles) ont réussi à stopper complètement le projet. Alors que tous les plans détaillés des chaînes de fabrication étaient au point (permettant d'en lancer immédiatement la réalisation), et alors que les travaux de réalisation du centre de formation (près de Bamako) allaient commencer.
Dans ce cas le photovoltaïque était-il vraiment justifié?
Là aussi ne confondons pas tout, comme semblent le faire actuellement certains proposant l'Afrique "tout solaire". L'application aux pompes hydrauliques est une orientation réfléchie, les pompes n'étant en marche que le jour et pendant l'ensoleillement. Il n'y a pas à prévoir de stockage d'électricité, ce qui est essentiel. Il ne s'agissait donc pas d'une application utopique, mais réfléchie. Alors que si vous voulez utiliser le photovoltaïque pour l'éclairage par exemple, il vous faudra stocker l'électricité. D'où des batteries, non seulement coûteuses mais qu'il faut remplacer tous les deux ou trois ans. Sans compter la régulation de charge et le circuit anti-pollution de recyclage. Vous comprendrez aisément - mais j'arrêterai là ces considérations - pourquoi le photovoltaïque peut être parfois une solution plus que défendable, mais ne l'est pas obligatoirement dans tous les cas.
Je reviendrai la semaine prochaine un peu plus en détail sur le photovoltaïque …
Roger CADIERGUES
