Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
La semaine dernière j'ai souligné le désordre parfois institué par la normalisation, avec l'exemple des normes qui devraient être NF-DTU, et qui devraient respecter le droit français (responsabilité de l'installateur). Il n'y a, malheureusement pas, que sur ce point où la normalisation est défaillante.
Que voulez-vous dire ?
Je vais en prendre un premier exemple : celui du respect de la langue. Dans les conventions régissant la normalisation internationale, la France (l'AFNOR) est chargée de la traduction en français de textes qui sont souvent - à l'état original -en anglais. On pourrait attendre de cette traduction qu'elle soit un exemple sur le plan de la langue : ce n'est malheureusement pas le cas, et je le regrette.
Quels exemples pouvez-vous citer ?
Il y a de nombreuses années, pour la mise au point de la norme ISO 7730, en vue de codifier le terme permettant de repérer la "température de confort", le terme anglais "operative temperature" a été adopté. Pour la traduction l'AFNOR a choisi le terme "température opérative". Malheureusement, alors que le qualificatif "operative" existe bien en anglais, il n'existe pas en français et signifie simplement "équivalent", ou mieux "résultant". Le mot français correct (et d'ailleurs anglais également) est "température résultante". Ce n'est pas le seul exemple, en voici un autre ; celui des déperditions dites "calorifiques" par l'AFNOR. Alors que le qualificatif "calorifique" indique ce qui produit de la chaleur, le qualificatif correct est celui de "thermique (les "déperditions thermiques"). L'AFNOR, malgré la remarque que je viens d'indiquer, n'a pas voulu revenir en arrière sur son erreur de traduction. Le désordre normatif français n'est d'ailleurs pas que linguistique.
Que voulez-vous dire ?
Le premier exemple sera celui du calcul des panneaux chauffants. Une fois les normes européennes adoptées puis transposées en normes françaises, certains fournisseurs français sont venus m'exprimer leurs regrets, n'ayant pas pu présenter de contre-proposition. En fin de compte nous nous trouvons devant deux textes : les normes européennes (que je déconseille fortement), et la "méthode française" utilisée sans problème pour plusieurs millions de locaux réels, chauffés ou rafraîchis. Mais ce n'est pas tout. Une fois les normes françaises précédentes adoptées je suis intervenu auprès de quelques membres de la commission française de normalisation pour leur signaler des risques d'erreurs assez graves de la procédure "normalisée" (il ne s'agit pas de détails mais d'erreurs supérieures à 30 % pour les forts écartements de tubes, sans compter quelques erreurs graves sur les pertes avec certaines dispositions françaises classiques). La réponse de ces membres de la commission, signataires de la norme, a été la suivante : "nous ne sommes pas des spécialistes du sujet". … A vous de juger …
N'est-ce pas un cas exceptionnel ?
Je vais vous citer un autre exemple du chaos normatif. Il y a quelques années a été proposé un projet de norme européenne sur les débits de ventilation. Outre le fait que ce projet était basé sur la théorie des olfs et des décipols (contraire à toutes nos connaissances scientifiques en matière d'olfaction) son défaut le plus grave était qu'il conduisait à doubler ou tripler les débits jusque là utilisés. Il a fallu que nous réunissions les représentants de la Grande-Bretagne, de la Belgique et de la France (trois objections sont nécessaires) pour que le projet soit suspendu. C'était indispensable, sinon nous aboutissions en plus à un chaos juridique invraisemblable. En effet les débits de ventilation relèvent en France (et dans différents pays) de la réglementation, et non pas de la normalisation : que se serait-il passé si nous avions disposé, sur le même sujet, et avec des chiffres contradictoires, une norme face à des règlements très différents. Je vous laisse deviner le désordre, et les risques encourus par certains.
Roger CADIERGUES
