Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
A côté des "risques" technologiques, existe-t-il d'autres sources éventuelles de perturbation, peut-être moins visibles mais aussi préoccupantes : telle est la question qui peut maintenant se poser. En clair, nos structures actuelles pourraient-elles, un jour proche, se révéler franchement inadaptées.
Quelles sont donc les "révolutions" que vous envisagez ?
Prenons l'exemple des nouveaux bâtiments à usage de bureaux proposés à l'achat. Si vous consultez les statistiques, vous constaterez qu'il s'agit désormais de grands espaces non cloisonnés. Ce qui suggère que nous allons vers des "bureaux paysagés". Malheureusement c'est une idée fausse. Si les promoteurs prévoient des étages "ouverts" c'est afin que les acquéreurs puissent subdiviser l'espace selon leur choix. D'où, dans beaucoup d'immeubles récents de l'ouest parisien, une climatisation médiocre, fonctionnant à partir d'émetteurs placés en façade, conçus pour des étages ouverts. Avec, par suite du cloisonnement final, des températures très hétérogènes.
Qu'en tirez-vous comme conclusion ?
Qu'il ne s'agit pas là d'une exception mais d'une tendance : celle de
fractionner les réalisations (même pour des appartements) en prévoyant
deux périodes distinctes :
- d'abord la construction proprement dite (avec son permis de construire),
- ensuite l'aménagement (où le permis de construire devient secondaire
ou inexistant).
Cette décomposition en deux temps, même si elle permet d'alléger
les obligations réglementaires, est d'abord un moyen de mieux adapter
le bâti aux exigences des utilisateurs finaux. Ce découpage en
deux phases est ce que j'ai parfois appelé la "valse à deux
temps".
Vous parliez en titre d'une "valse à trois temps" ?
Voici pourquoi. Après les deux phases "construction + aménagement" je vois en effet se profiler un troisième temps, celui de la gestion du bâti et de son contenu. Actuellement se multiplient, en tertiaire comme en résidentiel (GTB ou domotique), les automatismes à distance et les communications au sens général. Il s'agit, outre la gestion des loisirs et des communications, de la gestion de la ventilation, du chauffage, de l'éclairage, de la climatisation, de la sécurité incendie ou du contrôle des accès et des dispositifs anti-intrusion. Sans compter les applications spécifiques : froid, gestion de l'électricité, cogénération, etc ... Il est très difficile (sinon impossible) de mettre complètement au point tous ces systèmes sans une expérience directe des usagers. C'est alors que va intervenir la troisième phase.
N'est-ce pas un peu utopique ?
En voici une preuve : les grands fournisseurs d'automatismes vont désormais proposer un "audit" des GTB en début de service de leurs installations, ceci afin de permettre l'ajustement des systèmes aux besoins réels, bâtiments occupés bien entendu. C'est une intention qui a été clairement confirmée dans des expositions récentes. S'y ajoute la croissance du "post-commissionnement" qui n'est pas autre chose que l'intervention raisonnée, et fortement instrumentée, sur le bâti en service. Ce sont les seules méthodes permettant de savoir vraiment comment le bâtiment va vivre, ceci afin d'ajuster correctement les pilotes. C'est le "troisième temps" de la valse.
Si je comprends bien vous pensez qu'on va vers une mise en œuvre du bâti en trois temps ?
Exactement, même si cette nouvelle organisation est un peu longue à
se mettre en place. Au final :
- un bâti d'une durée de vie de 50 à 60 ans ou plus,
- des aménagements d'une durée de vie de 20 à 25 ans,
- des pilotes d'une durée de vie de 10 à 15 ans maximum…
tout ceci à titre d'exemple …
Roger CADIERGUES
