Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Plusieurs lecteurs de cette lettre ayant apprécié celle où nous insistions sur la prise en compte du paramètre humain dans nos démarches énergétiques et environnementales, ont toutefois regretté que nous ne parlions pas des moyens mis à la disposition des intervenants. Il est sans doute temps de faire le point sur ce thème un peu trop abandonné.
A quels moyens vos lecteurs faisaient-ils allusion ?
A des moyens variés selon les intervenants. En gros leurs observations relèvent de trois secteurs : la formation, l'information et les outils (logiciels). La formation, selon l'opinion générale, semble être de volume suffisant, la qualité variant évidement selon les sources. Finalement les demandes non satisfaites ont surtout porté sur l'information et sur les outils, les préoccupations essentielles concernant manifestement les réglementations "thermiques" (et autres obligations à la mode). La demande la plus "délicate" concernait l'application de la RT 2005.
Quelles sont donc ces observations ?
Elles concernent d'abord les outils logiciels intégrés fournis par les prestataires bien connus : BBS Slama, Perrenoud, Fauconnet, Cardonnel (si je n'oublie personne). Attendre Janvier 2007 pour obtenir des logiciels validés était pour certains de mes interlocuteurs une situation pour le moins incohérente. Ceci dit, gardons-nous de critiques en la matière, du moins sur le plan des bases adoptées. Même si elles étaient plus simples les règles françaises connaîtraient sûrement des difficultés.
Que voulez-vous dire par là ?
Pour éviter toute querelle française, désormais inutile, prenons l'exemple des règles britanniques, qui sont de deux types assez différents selon que le bâtiment en cause est climatisé ou non. Ce qu'on ne peut pas reprocher à ces règles britanniques c'est d'être compliquées : tout en couvrant de nombreux cas (mais pas tous bien entendu) elles sont relativement simples et bien articulées. Pour les appliquer le BRE (le CSTB britannique, dénationalisé par Margaret THATCHER) a développé un logiciel. Or, dès sa mise en service une très grande majorité d'applicateurs sont tombés à bras raccourcis sur ce logiciel, n'arrêtant pas de critiquer fortement les conclusions techniques qu'on pouvait en tirer.
Voulez-vous dire que des logiciels "réglementaires" vont à l'encontre des bonnes conclusions ?
Je ne vous ai cité que l'exemple britannique, mais je pourrais en citer d'autres. Soyons donc très modestes sur les outils. Acceptons de reconnaître que le problème de la maîtrise de l'énergie et de la qualité de l'atmosphère est difficile à mettre en équation. Réguler la circulation automobile en fixant des vitesses limites, c'est relativement simple car il s'agit d'une grandeur réelle assez facilement contrôlable. Réguler la construction en fixant des consommations théoriques maximales c'est sombrer inévitablement dans l'inextricable. Les textes en résultant sont d'ailleurs beaucoup plus difficiles à rédiger que ne semblent le penser les services publics français ou communautaires. Un peu de modestie, en la matière, n'eut pas fait de mal. Le sujet peut être beaucoup plus facilement abordé (mais c'est pratiquement impossible en textes réglementaires) avec des outils plus circonspects, et moins soucieux de suivre les formes réglementaires. Arrêtons donc de critiquer les règlements : c'est probablement une voie erronée qui a été choisie. Essayons de faire mieux, et j'y reviendrai.
Roger CADIERGUES
