Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Dans une lettre de Juillet dernier j'ai abordé les problèmes posés par la publication de la traduction, en français et sans adaptation, du guide allemand dit le " Recknagel ". Cette lettre m'a valu beaucoup plus de demandes que je ne le pensais.
Quelles sont les questions majeures ?
Sans que ce soit une surprise les deux questions de base qui se suivent et se
combinent sont les suivantes : " Faut-il que j'achète le Recknagel
? ", et parfois " Lequel dois-je acheter ? ". Etant bien entendu
que sont en cause les deux éditions suivantes :
- celle que j'appellerai le " Recknagel adapté " (l'édition
revue par J.L. Cauchepin, Pyc éd.),
- celle que j'appellerai le " Recknagel traduit " (la nouvelle édition,
Dunod éd.).
Ne s'agit-il pas tout simplement d'un problème de date ?
Loin de là hélas. Il est vrai que :
- le Recknagel adapté a été publié en 1995-2001,
d'abord à partir de l'édition allemande de 92-93 ;
- le Recknagel traduit a été publié cette année
(2007) à partir de l'édition allemande de 2005.
Ce problème de date a-t-il une grande importance ?
Soulignons d'abord que l'original allemand (à un petit détail près sur les extractions d'air classées jadis n° 5) a - depuis 1951 - conservé son plan initial en 5 sections (je néglige les annexes de l'édition allemande) : les données de base (section 1), le chauffage (2), la ventilation et la climatisation (3), l'eau chaude (4), le froid (5). Bien que mises à jour les sections 2 à 5 n'ont guère changé de volume en une vingtaine d'années (de l'édition 1983 à l'édition 2005). Seul le volume de la section 5 (le froid) a augmenté de façon un peu significative, mais d'un quart seulement.
Voulez-vous dire par là que toutes ces sections n'ont guère changé ?
Tout en conservant un fond largement identique depuis plus de cinquante ans, la plupart des sections en cause ont été largement revues et mises à jour. Avec un changement profond par rapport aux intentions initiales d'Eberhardt Sprenger : l'appel à un grand nombre de contributeurs. C'est ainsi que le premier des contributeurs cités, Jürgen Masuch, a été pendant un an - en France - l'un de mes meilleurs collaborateurs. Je sais qu'il est un de ceux dont les capacités ne peuvent être mises en cause. Je ne veux donc pas critiquer le fait de faire appel à de multiples intervenants, c'est un peu le lot dans tous les pays du monde actuellement. Il faut néanmoins reconnaître qu'il devient alors très difficile d'assurer une grande homogénéité de niveau et de traitement, surtout quand on fait appel à plus d'une cinquantaine de contributeurs, ce qui est le cas du "nouveau" Recknagel.
Est-ce si fondamental ?
Jusqu'à un certain point oui. Car cela détruit l'unité du texte, même si c'est aujourd'hui plus ou moins inévitable. C'est surtout dans la section 1 (les données de base), à priori valable pour la France (et encore), que l'on constate les plus grandes modifications. Cette section est passée de 290 pages (en 1983) à 450 pages (en 2005). Et ce avec l'intervention de quelques 23 nouveaux contributeurs. Il est inévitable qu'il en résulte des évolutions hétérogènes, certaines sous-sections nouvelles pouvant devenir par exemple assez banales. Mais ce qui est le plus gênant c'est qu'il s'agit souvent de données typiquement allemandes, l'exemple le plus caricatural étant la carte des vents qui couvre l'Allemagne uniquement (même dans la version traduite). Les germanophones que sont les Autrichiens ou certains lecteurs suisses sont "hors de course". De plus la référence très systématique à la normalisation ou aux publications allemandes est excessive, et souvent inapplicable pour un lecteur français. Il ne faut pas en accuser l'éditeur : c'était le risque inévitable d'une traduction pure et simple d'un manuel très caractéristique depuis ses débuts.
Tout cela ne répond pas exactement aux questions qui vous sont posées
C'est exact, et voici les deux grandes questions soulevées dans le choix
de l'une ou l'autre des deux éditions :
1. La version " adaptée " n'est-elle pas désuète
après toutes les modifications d'environnement intervenues ces dernières
années en France ?
2. La version " traduite " n'est-elle pas abusivement marquée
par son origine et par les particularités des normes et règlements
allemands ?
Il faut l'avouer : les deux critiques sont valables, et j'en prendrai des exemples
la semaine prochaine, afin de justifier mes conclusions.
Roger CADIERGUES
