Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Avec les retombées multiples et envahissantes du "Grenelle de l'environnement" on risque de laisser dans l'ombre certaines initiatives importantes. Je le crains en particulier pour ce qui concerne les "cités durables". L'une d'entre elles vient d'être mise en service en Angleterre, à Beddington, près de Londres. L'agence chargée de ce développement est le Beddington Zero Energy Development. J'ai pensé que nous devions essayer de voir ce dont il s'agit, et quels sont les résultats.
Quelle est l'importance, et quels sont les objectifs de cette opération ?
Il s'agissait de réaliser un ensemble modèle, près de Londres, d'une soixantaine de logements (63 en réalité) avec, au départ, l'idée d'une création autonome en énergie, mais avec des objectifs finalement beaucoup plus larges. C'est d'ailleurs ce qui me parait le plus significatif dans cette opération : si on se limite aux économies d'énergie on borne abusivement les perspectives. En outre l'avantage de prendre le problème non pas sous l'angle d'un bâtiment (ou d'une maison isolée) mais sous l'angle d'un quartier ou d'une cité nouvelle (comme à BedZed) est de permettre d'examiner l'ensemble de tous les problèmes de développement durable.
Est-ce vraiment le cas à BedZed ?
Exactement, le qualificatif " zéro-énergie " ayant le malheureux inconvénient de cacher la totalité des ambitions du projet. Ces ambitions concernent en effet aussi bien les déplacements des occupants de la cité (le covoiturage), que la protection et le développement des espaces verts, la gestion de l'eau (avec utilisation des eaux pluviales et des eaux recyclées), le choix des matériaux (locaux le plus possible), la gestion des déchets, etc. Les exigences ou du moins les recommandations ont pu aller très loin, par exemple en matière agricole.
De quoi s'agit-il ?
Sous ce vocable "agricole" se cachent en fait deux exigences très différentes, mais fortement complémentaires. La première concerne les développements urbains qui, en Angleterre comme en France, menacent les terres agricoles et les espaces verts. L'objectif de BedZed est d'y veiller, en modérant l'envahissement urbain.
Quelle est donc la seconde exigence ?
Elle est plus subtile, et plus large, mais elle débouche directement sur des aspects énergétiques. Il s'agit de l'aspect suivant : l'Angleterre importe plus de 70 % de ses besoins alimentaires. Ce n'est pas sans conséquence : une tonne de fraises importées d'Israël correspond à une émission de 4,6 tonnes de CO2. Alors que si les fraises venaient du Kent voisin elles ne correspondraient qu'à 0,014 tonne de CO2. Si vous étendez cette remarque à bien d'autres aliments, et si vous combinez cette observation avec les précédentes vous constaterez que les problèmes posés au niveau des cités (grands ensembles ou villes nouvelles) sont bien mieux examinés et traités dans ce cadre que dans celui d'une maison isolée.
Vous semblez privilégier les grandes opérations, n'est-ce pas une tendance dangereuse ?
Sûrement pas, en particulier sur le plan énergétique où
la collectivisation peut être essentielle. Prenez l'exemple de BedZed.
Les consommations y ont été classées en deux catégories
:
- les consommations de chauffage sur lesquelles je reviendrai la semaine prochaine,
- et les autres consommations (eau chaude, éclairage, etc ...).
Pour ces autres usages, choisis uniquement de type électrique, deux solutions
ont été envisagées à BedZed :
- l'utilisation de panneaux photovoltaïques, solution vite abandonnée
car (sans subvention) le temps de retour dépassait les 70 ans,
- l'utilisation d'une biomasse cultivée localement et utilisée
dans un système de cogénération central, ce dernier point
étant à mon sens très important.
Pourquoi ?
Parce que cette technique serait très difficilement viable si les unités étaient réparties, et parce qu'il a été beaucoup plus simple de réaliser une petite centrale (unique) desservant l'ensemble des 63 logements. Ceci dit, à BedZed, l'emploi de la biomasse fut un échec : elle a en effet été utilisée à partir de taillis cultivés localement qui - lors de la combustion - ont rapidement provoqué la formation de dépôts infernaux dans tous les circuits. Ce qui a conduit à supprimer le recours à la biomasse … et à se raccorder au réseau électrique public. N'en déduisez pas que la solution était totalement à rejeter, cet exemple prouvant simplement que le recours aux énergies renouvelables n'est pas toujours aussi simple que les bons esprits - sans expérience pratique - prétendent vous faire croire.
Roger CADIERGUES
