Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Je suis frappé par les analyses énergétiques et écologiques très nombreuses effectuées ici ou là, et par les nombreux discours consacrés au climat ou à l'énergie, sans qu'en dehors des énergies renouvelables rien ne concerne apparemment les conséquences industrielles sur nos procédés et matériels de chauffage et climatisation classiques. J'ai vu jadis la disparition totale et rapide du chauffage à vapeur, et je suis un peu habitué à ces disparitions. La question que je me pose est la suivante : allons-nous maintenant connaître la disparition du chauffage à eau chaude. Peut-être beaucoup plus proche qu'on ne le pense couramment ...
D'où vous vient cette crainte ?
Reprenons l'opération BedZed dont j'ai présenté les aspects énergétiques dans ma lettre précédente. L'architecte de l'opération, Bill Dunster, est un promoteur des maisons solaires passives. Dans l'opération BedZed, grâce à la très forte isolation des bâtiments, à la conception des volumes et à l'orientation des vitrages principaux, il a été possible d'utiliser les gains solaires jusqu'à leur faire équilibrer les pertes. Grâce à ces dispositions les conclusions de l'architecte ont été claires : cela rend le chauffage inutile.
Vous ne semblez pas accepter cette conclusion ?
Pas sous cette forme, basée sur la formule de calcul des consommations
que j'ai déjà déclarée inexacte dans des lettres
précédentes. Ce qui est vrai c'est que les besoins de chauffage
sont très faibles, mais qu'ils subsistent. Et qu'en particulier, la nuit
et lors d'un hiver très froid (comme nous en avons parfois connu), il
faudra bien un peu chauffer. Ceci dit les besoins seront alors si faibles et
si discontinus que le chauffage électrique, sous une forme ou sous une
autre, s'y imposera manifestement. Sauf si on l'interdit sous quelque forme
que ce soit. En fait, ni la Communauté européenne, ni les pouvoirs
publics français ne semblent être allés jusqu'au bout des
conséquences de leurs décisions. Plus nous irons, plus il existera
- à mon sens - deux marchés très différents :
- le premier, qui sera celui de l'existant, récupérera les installations
de chauffage traditionnelles,
- le second, celui des bâtiments neufs où le chauffage sera très
modeste, pourrait très bien voir les convecteurs électriques s'y
développer, y compris sous forme de convecteurs amovibles.
N'est-ce pas aller un peu loin ?
Non, et je vais aller maintenant encore plus loin. Ce que je reproche aux Communautés
et à nos autorités c'est d'avoir mal organisé le passage
au futur. Les obligations sont beaucoup trop lentes et trop progressives. Elles
ne peuvent servir qu'à créer un parc hybride infernal à
corriger. Les obligations sont même tellement lentes à venir qu'elles
sont, dès maintenant, dépassées par des labels tels que
PassivHaus ou Minergie, qui vont immédiatement jusqu'au bout des objectifs.
Et ce sans attendre 10 ou 15 ans. Les promoteurs de maisons individuelles l'ont
bien compris : des maisons construites avec les règles actuelles seront
rapidement invendables. Nous aurions dû aller immédiatement vers
les spécifications finales, même si nous nous étions donné
(au départ) un délai de 6 ou 8 ans. La situation serait alors
claire, avec deux marchés immédiats, sans un marché hybride
intermédiaire et incorrigible :
- le neuf avec une isolation très poussée et une ventilation énergétiquement
performante (avec récupération) et de petits chauffages de pointe,
et probablement quelques problèmes d'été sur lesquels nous
reviendrons,
- l'existant où l'isolation par l'extérieur, sous une forme ou
sous une autre, s'imposera forcément, avec des chauffages électriques
(classiques existants) ou à eau chaude basse température utilisant
des chaudières à condensation ou des pompes à chaleur pour
la relève des générateurs actuels.
Le fait d'accepter des solutions "mi-figue mi-raisin" pour les années
qui s'écouleront d'ici 2015-2020 ne va pas du tout simplifier les actions
: il suffit de voir ce qu'il en est dans tous les pays. L'exemple de BedZed
est là pour nous le démontrer sur le plan énergétique,
il y a deux catégories d'applications : le chauffage d'une part (fortement
lié à l'isolation et à la ventilation), et les autres usages.
Toute une structure technologique va en résulter qu'il faut industriellement
aider. Et arrêter de la focaliser uniquement sur les "énergies
renouvelables".
N'est-ce pas, encore une fois, aller un peu loin ?
Tenez compte, dans ce que je vous dis, du climat : certains sites français en altitude connaîtront une évolution technologique un peu différente, mais - comme à BedZed - il faudra généralement distinguer beaucoup plus cruellement le neuf de l'existant. Du neuf où l'insertion des chauffages solaires, peut-être même des pompes à chaleur risque d'être sans intérêt. Sauf, peut-être - un point auquel on ne fait pas suffisamment (ou correctement) attention - l'obligation d'une certaine climatisation liée à l'isolation et surtout au réchauffement climatique. Je n'aborderai pas ici, du moins maintenant, ce dernier point, mais il est assez crucial sur le plan prospectif. La semaine prochaine nous reviendrons sur la manière d'exprimer les exigences.
Roger CADIERGUES
