Retour sur les marchés

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

Quels sont, alors, les défauts du système ?

La majorité des objections que j'ai pu entendre reposent sur le coût d'une telle méthode, ou sur les risques accrus de concussion. En fait les coûts s

Différentes interventions récentes ont pu laisser croire que la passation des marchés sous la forme dite "conception-construction" constituait une nouveauté regrettable. Qu'en est-il exactement ?

Quels sont, alors, les défauts du système ?

La majorité des objections que j'ai pu entendre reposent sur le coût d'une telle méthode, ou sur les risques accrus de concussion. En fait les coûts sont nettement à l'avantage de la méthode "conception-construction" (j'y reviens plus loin), et les risques ne sont probablement pas très différents. Ceci dit, reste aux entreprises qui abordent ces types de marchés d'opérer les conversions nécessaires. Je conseillerai même, avec le temps, la création de filiales spécialisées, et l'appel fréquent à la sous-traitance, comme dans l'industrie automobile.

Peut-on "contrer" ce système ?

Sur ce point je pense que c'est l'exemple britannique suivant qui est le plus intéressant. La solution proposée est appelée "team-working (travail d'équipe), et ressemble fort à la manière dont les opérations s'effectuaient en France dans la première moitié du vingtième siècle. Pour éviter toute philosophie inutile je vais prendre un exemple. Dans ce cas le choix du "team-working" est revenu au maître d'ouvrage. En 1995 la société Glaxo, voulant construire un nouveau laboratoire et de nouveaux bureaux, fit appel à cette procédure. Voici quelles furent les conclusions de l'opération.

1. Réduction de 18 % des coûts et de 40 % des délais

2. Atteinte de tous les objectifs de la société, et satisfaction des occupants

3. Disparition totale des surcoûts non seulement de nombreux avantages que l'on peut classer comme "psychologiques" concernant tous les intervenants.

En quoi est-ce différent du système "conception-réalisation" ?

La différence est évidemment faible. Dans le système classique :

- il est fait appel à des soumissionnaires au moyen d'un cahier des charges,

- l'installateur est largement choisi sur la base du prix (d'installation) proposé.

En "conception-construction", il y a également appel d'offres, mais pour une prestation totale de conception et de construction. Avec le team-working, l'entreprise est choisie plus par référence technique que par prix proposé. Elle se joint, pratiquement dès l'origine, à l'équipe de conception, le rôle technique de l'architecte et de l'ingénierie subsistant complètement. Chaque partenaire participe ainsi à la définition, et au choix des solutions. La différence avec le mode classique est double :

- pas de cahier des charges, ni d'appel d'offres,

- une ambiance de décision complètement différente.

Ces procédures vont-elles se développer, en particulier en France ?

Il faut d'abord noter que la procédure dite joliment du "team-working" existe déjà dans notre pays, pour certains marchés professionnels, surtout hors de la région parisienne. Il faut bien avouer également que certaines obligations nouvelles en matière d'énergie ne sont aisément satisfaites qu'en "conception-construction".

Qu'entendez-vous par là ?

Prenons l'exemple de la RT 2000. La responsabilité de son respect appartient au maître d'ouvrage, qui - si les contrats sont normalement conçus - va en déléguer (?) la responsabilité au maître d'œuvre. Comme l'application des nouvelles règles implique un dimensionnement des installations, donc des choix précis de composants (chaudières, etc...), le cahier des charges va peut-être renvoyer sur l'installateur le respect des obligations RT 2000. Avec des ambiguïtés inévitables qui n'existent évidemment pas si le marché est de type "conception-construction". C'est ainsi que la loi risque d'aider à une évolution par ailleurs soutenue. Les perspectives d'indice de performance énergétique, remplaçant la RT 2000 pour respect des directives européennes, ne feront qu'aggraver cette situation. Sans d'ailleurs qu'apparemment les rédacteurs de nos nouveaux textes s'en soient réellement rendu compte.

Toutes ces démarches vont-elles jouer sur l'évolution de nos métiers ?

Sans préjuger de l'avenir c'est à peu près certain, avec une remontée de compétence technique inévitable des entreprises de construction. Mais aussi - c'est l'exemple japonais et américain - un recours accru à la préfabrication. Reste que la démarche classique, avec son système français d'assurances, est fortement ancré dans nos habitudes.

Dans notre prochaine lettre,nous aborderons un sujet "porteur d'avenir" : celui des piles à combustible. Comment s'y reconnaître et que peut-on en attendre ?

Roger CADIERGUES

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