Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Je crains qu'au plan européen comme au plan français on ait un peu traité les problèmes d'été avec quelques idées fausses. De mauvaises surprises nous attendent, qui sanctionneront tôt ou tard ces erreurs.
Pouvez-vous vous expliquer ?
Quand des textes réglementaires ou normatifs ne tiennent pas compte des réalités, la sanction est immédiate : les textes ne sont pas appliqués ou sont détournés. Nous avons connu cette situation lorsqu'il a été rendu obligatoire de ne pas dépasser dans le chauffage des logements la température de 19°C, ce que les exploitants de chauffage ont dû respecter immédiatement. Dans les premières semaines d'application il s'en est suivi une déferlante d'acquisitions de convecteurs électriques d'appoint pour tous les appartements en cause. Des faits analogues risquent de se produire en matière de climatisation, une technique pour laquelle les erreurs sont fréquentes.
De quelles erreurs voulez-vous parler ?
En la matière et à mon sens les idées erronées sont
au nombre de cinq, ce qui est tout de même beaucoup :
1. l'idée qu'en climat français la climatisation est inutile,
opinion aujourd'hui moins affirmée que jadis par suite des nombreux décès
dus à la canicule que nous avons connue il y a quelque temps ;
2. l'idée que l'inconfort d'été n'est dû qu'aux conditions
extérieures, alors que les spécialistes savent bien que les charges
de climatisation ne sont pas seulement liées aux apports extérieurs,
mais sont liées également aux apports intérieurs : occupants,
éclairage, etc ..., surtout dans les locaux contenant des équipements
bureautiques ou analogues ;
3. l'idée que l'on peut lutter contre les grandes chaleurs rien qu'en
ventilant, ce qui est absurde lorsqu'il fait plus de 28 ou 29°C à
l'extérieur, l'usage de l'air extérieur ne permettant pas alors
de rafraîchir ;
4. l'oubli que nous devrons faire face à un phénomène crucial
malgré nos efforts : le réchauffement progressif du climat, quelques
2 à 4°C de plus suffisant à modifier complètement nos
problèmes d'été ;
5. l'idée qu'il existe des méthodes valables de calcul prévisionnel
des consommations de climatisation, alors que - dans nos climats - beaucoup
d'incertitudes, en particulier sur les comportements, font que bien des méthodes
(celles de la RT largement comprises) peuvent fournir des résultats très
erronés.
Les méthodes de calcul de consommation sont, là, tellement fausses
qu'au moins un pays - l'Angleterre - a reconnu qu'on ne pouvait opérer
là comme en chauffage.
Quel est donc ce constat ?
Comme je viens de l'indiquer un pays au moins - l'Angleterre - a reconnu qu'on ne pouvait opérer en climatisation comme en chauffage. Dans ce pays comme en France, les premières réglementations thermiques se sont limitées aux locaux chauffés. Là où les difficultés ont commencé c'est lorsqu'il a fallu établir une version valable pour les locaux climatisés. Après divers contre temps les rédacteurs britanniques du texte sur les locaux climatisés ont eu le courage d'avouer leur impuissance à fixer des objectifs.
Quel a été cette conclusion ?
Elle a été la suivante (je cite) : "L'intention d'origine
du Code était de permettre de comparer les consommations moyennes électriques
et thermiques durant une année complète de 8760 heures, et de
fixer des objectifs permettant au concepteur de sélectionner le système
de climatisation le plus efficace pour le bâtiment en cause. Avec cette
intention dans l'esprit, et en vue d'aider à simplifier les analyses,
les variables du système ont été le plus possible normalisées,
en veillant à ne pas perturber la conception. Néanmoins, malgré
toutes ces précautions, il s'est avéré impossible de fixer
des objectifs à atteindre. La raison en est que les systèmes de
climatisation sont complexes dans leurs principes, dans la manière dont
ils sont régulés, et dont ils sont gérés".
Finalement le Code britannique a limité ses ambitions aux bureaux et
aux hôtels, des recommandations complémentaires concernant d'autres
applications, en nombre limité. Par contre le Code anglais - au contraire
de la RT - ne prétend pas régler le problème du confort
d'été, c'est-à-dire la prévision des températures
intérieures dans les locaux non climatisés. Sur ce point les risques
d'erreurs liées à l'application de la RT sont si considérables
qu'il faudra que nous y revenions. Tout comme il faudra que nous revenions sur
les conséquences, en matière de climatisation d'été,
des réchauffements climatiques dès maintenant prévus.
Roger CADIERGUES
