Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Les décisions semblant devoir être appliquées en matière de maîtrise de l'énergie dans les bâtiments neufs ou existants, laissent - surtout après le Grenelle de l'Environnement - une impression de vœux compréhensibles et satisfaisants, mais également de vœux parfaitement pieux risquant sérieusement de passer à côté de l'objectif.
N'êtes-vous pas excessivement sévère ?
Il faut s'en expliquer. En ce début d'année 2008, alors que beaucoup de bons esprits se satisfont du "Grenelle de l'Environnement", les tribunes de presse deviennent parfois de plus en plus critiques. Je crains que ce ne soit qu'un début, car nous nous sommes lancés, là, dans des actions lourdes sans être véritablement accompagnés de bilans sérieux.
Que voulez-vous dire par là ?
Qu'avant de mener des actions aussi lourdes que celles qui sont désormais lancées, il eut fallu les asseoir sur des bilans précis. Nous en avions parfaitement le temps, mais la volonté publique semble avoir manqué. Trois bilans fondamentaux auraient dû être établis : le "bilan carbone", le "bilan réchauffement", le "bilan coûts".
Qu'entendez-vous par "bilan carbone" ?
D'abord qu'on arrête de parler en énergie primaire. Ce qui compte, pour l'effet de serre, c'est le dégagement de CO2 et de CH4, donc finalement le bilan carbone. Je n'aime guère les comparaisons entre pays, mais si vous vous basez sur l'énergie primaire ou si vous vous basez sur le bilan carbone vous n'obtenez pas les mêmes résultats. Parfois, même, loin de là. En énergie primaire un kilowattheure électrique correspond sensiblement à la même consommation finale que l'on soit en Allemagne ou en France. Par contre le kilowattheure électrique allemand produit deux fois plus de CO2 que le français. Abandonnez ici toute idée de supériorité d'un pays sur un autre, et constatez simplement à quel point les comparaisons qu'on vous dessert parfois peuvent être biaises. Ceci dit le bilan carbone français (qui aurait dû être national, sinon même dépendant du fournisseur) devrait être complet, incluant non seulement les énergies grises (ma lettre du 12 Février), mais également les coûts "carboniques" des surisolations. J'attends ce bilan complet, et je ne le vois jamais venir.
Vous parliez également d'un "bilan réchauffement" ?
Bien qu'il règne encore des incertitudes, le niveau du réchauffement climatique prévisible atteint, pour notre pays, quelques degrés. Un bilan prévisionnel devrait donc être établi, sinon nous risquons de passer à côté d'un paramètre essentiel. Il est absurde d'interdire plus ou moins la climatisation si, dans quelques décennies, le réchauffement climatique la rend inévitable. Un tel bilan est donc indispensable : ce qui compte, en développement durable, c'est le climat dans trente à cinquante ans, et non pas celui d'il y a vingt ans.
Vous parliez d'un troisième bilan : le "bilan coûts" ?
A ne pas vouloir l'aborder on s'engage dans une impasse. Les mesures dès maintenant prévues sont très coûteuses. Tôt ou tard nous ne pourrons pas l'ignorer. Et ce ne seront pas les discours lénifiants qui effaceront le problème. A l'allure où nous sommes partis nous allons nous heurter à un mur infranchissable, celui des coûts. On commence d'ailleurs à voir apparaître les premières réactions, j'en prendrai pour exemple un article (paru récemment dans le Figaro) intitulé : "Grenelle de l'environnement : vrais coûts et faux gains du plan bâtiment". On y trouve un début de bilan économique. Voici une affirmation contenue dans cette publication (je la cite sans l'entériner, et uniquement pour l'exemple) : "Le plan bâtiment ne réduit les rejets de CO2 que de 20 %. La politique officielle, dite du facteur 4, est de les réduire de 75%. Question : si réduire de 20% coûte 600 milliards, combien coûtera cette réduction de 75%". Mon objectif n'est pas, ici, de confirmer ou d'infirmer cette opinion, il est de souligner que le manque de bilan économique est si flagrant qu'il va inévitablement conduire à une impasse. Même, probablement, plus rapidement qu'on ne le pense. Pour moi c'est clair : vivre d'illusions et de slogans est le meilleur moyen de perdre le pari du développement durable. Et ce très rapidement.
Tout cela est bien négatif …
Absolument pas : c'est le refus d'aborder sainement le sujet qui est négatif.
L'exemple du "facteur 4", que j'ai fortement critiqué dans
ma lettre du 3 Mars, en soulignant qu'il n'avait pas de sens, le prouve très
clairement.
Ceci dit je voudrais, la semaine prochaine, revenir sur le bilan financier
: vous verrez pourquoi…
Roger CADIERGUES
