Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
19 mai 2008
En 2050 vaudra-t-il mieux avoir des isolations très poussées et des systèmes complexes plutôt ou davantage de centrales électriques éoliennes. Je ne répondrai pas, mais j'aimerai bien que, dans les discussions européennes, qui deviennent de plus en plus absurdes, on regarde un peu mieux ce qui peut se passer au regard du développement durable et de l'effet de serre. Et surtout qu'on n'oublie pas de tenir compte des effets du réchauffement climatique. Et surtout qu'on n'oublie pas de tenir compte de l'équipement dont chaque pays européen dispos, ou peut disposer. Je ne suis pas le seul à dénoncer ces incohérences.
Que voulez-vous dire par là ?
Les affirmations concernant le réchauffement climatique résultent
généralement des publications du Groupe d'experts intergouvernemental
sur l'évolution du climat (GIEC), chargé de regrouper les études
sur le réchauffement climatique et l'effet de serre. Alors que les conclusions
du groupement sont souvent loin d'être définitives et parfaitement
circonstanciées, un certain nombre de publications font état d'une
affirmation prétendue du GIEC selon laquelle "l'élévation
des températures doit être limitée à 2°C".
C'est déborder très largement du texte du GIEC et de ses objectifs.
De plus, nos décisions ne peuvent pas totalement ignorer si ce qui est
proposé est vraiment possible, ce qu'il coûte, et si c'est véritablement
viable. L'ennui c'est que l'Union Européenne a plus ou moins adhéré,
depuis 1996, au slogan du réchauffement de 2°C. Or aucun bilan, avant
cette publication, n'a jamais vraiment été établi.
C'est là votre opinion personnelle ?
Absolument pas. Bien que ma critique ne soit pas adoptée universellement (peut-être par suite du privilège politique apparent qu'elle donnait aux USA) elle rencontre un nombre croissant de supports.
Lesquels par exemple ?
Je citerai essentiellement l'équipe de huit économistes renommés, dont trois prix Nobel, qui se sont regroupés au sein du "Consensus de Copenhague". Leurs conclusions sont claires : rien ne prouve qu'un réchauffement climatique un peu plus élevé serait très dangereux pour l'humanité. De plus, tout semble prouver que nous ne pourrons jamais atteindre l'objectif qu'on tente de nous assigner. Les antécédents de Rio (1992), et surtout ceux de Kyoto (1997), avec des objectifs 2010 qui ne seront pas tenus - loin de là - le prouvent. Le plus gênant tient au fait que les bilans économiques - assez imparfaits je le reconnais, mais indispensables - sont très sévères quant à l'objectif des 2°C limites.
Quels sont ces bilans ?
Avec toutes les réserves qui s'imposent, et en regrettant que les messages du GIEC ne se soient pas toujours correctement interprétés, voici les premières estimations issues du " Consensus de Copenhague ", à propos de la limitation du réchauffement à 2°C : un coût (mondial) tournant autour de 55 à 60 milliers de milliards d'euros, pour un bénéfice économique qui ne devrait pas dépasser environ 8 milliers de milliards d'euros. C'est tout ce qu'on peut dire aujourd'hui, avec pas mal de précautions, sur le bilan objectif des coûts, un bilan dont je me suis déjà plaint qu'il soit absent des discussions et des présentations (ma lettre du 17 Mars).
Les conclusions de votre groupe de Copenhague sont très décourageantes
Absolument pas, et on retrouve ce que j'ai déjà dit à propos des manques de bilans. Si on analyse les situations on aboutit à la conclusion qu'il faut d'abord tenter de développer des techniques énergétiques plus satisfaisantes, mais ce à des prix raisonnablement tolérables. Sous une forme ou sous une autre ce sont les efforts de développement qui devraient être notre chance. Si l'on suit les recommandations du groupe de Copenhague, une dépense mondiale de 25 milliards d'euros par an devrait déjà donner des résultats. Entre temps considérez que limiter arbitrairement le réchauffement à 2°C fait partie de ces mots magiques qui participent à la détérioration de notre secteur. Et qui conduiront certainement à des échecs.
Roger CADIERGUES
