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Vers une réarticulation majeure de nos métiers

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

26 mai 2008

Si les objectifs sont atteints, le Grenelle de l'Environnement pourrait bien avoir des conséquences très lourdes pour l'activité de nos entreprises (au sens large : architecture, ingénierie, installateurs, sociétés de service, etc...). Je pense à la séparation plus ou moins inévitable entre deux marchés qui vont devenir de plus en plus spécifiques : d'une part celui de la conception et de la réalisation des bâtiments neufs, d'autre part celui de l'amélioration des bâtiments existants. Avec une spécialisation plus ou moins inévitable dans l'un ou l'autre de ces secteurs. Et, probablement, une suppression progressive des traditions techniques et professionnelles adaptées aux marchés anciens. Je laisserai, pour le moment, de côté les problèmes supplémentaires liés aux évolutions en cours pouvant affecter les sociétés de service.

N'êtes-vous pas abusivement pessimiste ?

Ce n'est pas du pessimisme, c'est simplement la constatation de faits qui vont peut-être vous paraître peu évidents, du moins aujourd'hui. Mais ce sont, de toutes façons, des situations qui s'imposeront par la suite. Attention, je ne veux pas tomber dans l'excès qui consiste à parler de nouveaux métiers. Ce ne sont pas des nouveaux métiers qui sont à créer, mais de nouvelles habitudes techniques à acquérir. Les solutions les plus courantes ne seront pas du tout les mêmes dans chacun des deux secteurs que j'ai cités. Même si elles dérivent, sous une forme ou sous une autre, de nos solutions actuelles. Il ne s'agira pas tellement de techniques nouvelles, mais de techniques spécifiques à chacun des secteurs, aussi inattendu que cela puisse paraître. Pour le chauffage, par exemple, les solutions adoptées pour le neuf (du " chauffage de pointe " sans doute électrique) ne seront finalement pas - à mon sens - celles de l'existant (la correction des installations anciennes, souvent hydroniques). Les besoins de connaissances, d'outils, d'hommes et de femmes spécialisés seront, je le pense, assez différents, bien qu'issus d'un tronc commun. Il n'y aura pas, vraisemblablement, de nouveaux métiers à créer, mais de nouveaux cadres de travail à développer.

Ne vaudrait-il pas mieux insister sur ce qui est commun, plutôt que sur ce qui divise ?

Il ne s'agit pas, ici, de choisir telle ou telle présentation. Ni de " faire " deux lettres du Lundi. Il s'agit simplement de dire quelles sont les informations nécessaires à chaque secteur. Même si, éventuellement, il y a intérêt à mixer certains outils de travail.

Que voulez-vous dire par là ?

Prenons un exemple. Qu'on le regrette ou pas les dispositions de base (plus ou moins réglementaires) vont s'appuyer en France sur les consommations d'énergie primaire. Avec une méthode d'évaluation que l'on peut apprécier ou pas, mais qui s'impose matériellement : la méthode dite " Th CE ". Il faudra donc, dans bien des cas, appliquer cette méthode.

N'est-ce pas un peu lourd ?

Sans aucun doute puisque le document lui-même concerne aussi bien le thermique des bâtiments, l'eau chaude et l'éclairage tout autant que le chauffage et la climatisation, l'ensemble du texte faisant 96 pages. Sans aucun doute également car la méthode utilise une simulation horaire, avec des fichiers climatologiques assez lourds. Ce qui conduit inévitablement à un traitement informatique développé. Ceci dit, après quelques cafouillages, la situation juridique de la méthode est bien consolidée puisque le document figure en annexe d'un arrêté, celui du 19 Juillet 2006. Le seul contenu qui ne figure pas dans cette annexe ce sont les données climatologiques, celles-ci étant accessibles de la manière suivante (je cite textuellement l'arrêté) : Les fichiers contenant les données météorologiques annuelles de référence au pas horaire sont disponibles au CSTB sous l'intitulé "Données météorologiques de référence Th-CE 2005".

Qu'en concluez-vous ?

Que, dans bien des cas, il faudra passer par cette référence. Par exemple pour l'application du fameux 50 (ou même du moins fameux 80) kWh/m² an. Ceci dit les défauts de la Th-CE sont tels qu'il ne s'agit pas d'un véritable outil de conception en développement durable. Ce n'est, donc, qu'un outil de vérification ou de classement, assez souvent indispensable. Conduisant par exemple aux labels, dans la limite - d'ailleurs - où ceux-ci continueront à être utiles. Ceci dit j'espère qu'à partir du mois prochain nous dépasserons ces exigences formelles, afin de nous consacrer de façon plus constructive au moyen d'assurer le développement durable dont je viens de parler. Et ce au-delà de toutes les servitudes réglementaires, sans pour autant les négliger.

Roger CADIERGUES

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