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Productions décentralisées : la biomasse est-elle une solution ? ...

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

9 juin 2008

Dans ma lettre précédente j'ai tenté de présenter la question qui agite actuellement de nombreux pays européens : faut-il, oui ou non, décentraliser les productions de chaleur et d'électricité. Dès lors apparaît une solution séduisante, celle qui consiste à utiliser la biomasse en énergie locale tous usages.

N'est-ce pas, finalement, la meilleure solution ?

Peut-être, encore faut-il ne pas trop rapidement verser dans les illusions, beaucoup d'autorités estimant un peu facilement qu'en recourant à la biomasse on supprime automatiquement l'effet de serre. Ce qui n'est peut-être pas tout à fait vrai. Et, de toutes façons, ne va pas sans problèmes.

Qu'entendez-vous par là ?

L'idée fondamentale la plus courante est que, lorsque vous brûlez de la biomasse, vous ne faites qu'accélérer le processus de dégagement de CO2, qui se ferait de toutes façons lors de la disparition naturelle du produit en cause. Le bilan carbone est donc nul. C'est là, en fait, l'une des premières erreurs éventuelles, car la remise du CO2 à l'atmosphère sans combustion (par exemple par putréfaction) est extrêmement lente, parfois même très lente. De plus, brûler écologiquement du bois implique que des arbres ou arbustes équivalents vont être replantés. Et ce en quantités suffisantes pour compenser le bois brûlé, mais également l'énergie consommée à abattre, préparer et transporter ce bois, les opérations de préparation étant particulièrement importantes quand il s'agit de brûler des plaquettes (les fameuses "pellets"). S'y ajoute le fait que, dans la combustion compensée par les plantations, le cycle du carbone n'est pas parfait, des pertes d'au moins 5% étant prévisibles. Il faut donc faire appel à un bilan vraiment complet pour prendre valablement position. Ce n'est, hélas, pas du tout le cas comme de multiples applications le prouvent. C'est ainsi que, par exemple, on oublie que la combustion du bois (en particulier dans les chaudières) donne lieu à des productions solides et gazeuses gênantes, parfois dangereuses.

En quoi dangereuses ou gênantes ?

Dans le cas le plus favorable, où le transport et le stockage sont sans défaut, il s'agit des obligations de ramonage des conduits, pour " évacuer " (où ?) des dépôts gênants. Reste également le problème des cendres, qu'on peut certes recycler, mais en proportion relativement faible.

Pourquoi ?

Le recyclage des cendres consiste généralement à les utiliser comme fertilisants. Malheureusement, pour des raisons diverses, ce recyclage n'est que très partiel. On en trouve la preuve dans les pays qui utilisent fréquemment le bois comme combustible, par exemple la Suède ou la Finlande. Dans ces pays il n'y a guère que 10% des cendres qui sont recyclées. Et ce en particulier par suite des précautions portant sur certaines cendres dangereuses contenant des métaux lourds tels que le cadmium.

Vous avez également parlé de "risques", cela se limite-t-il aux cendres ?

Si vous prenez l'exemple de la combustion des plaquettes l'une des précautions essentielles consiste à éviter la production de monoxyde de carbone (CO), ce qui exige beaucoup de précautions techniques. De toutes façons les fumées contiennent - outre éventuellement des gaz carcinogènes tels que le benzopyrène - des particules très fines qui pénètrent profondément dans les poumons. On retrouve là un problème analogue à celui de la fumée de tabac, mais ici aggravé si l'on en croit l'EPA (l'Agence gouvernementale américaine) pour laquelle le risque de cancer à partir des émissions de poêles à bois est 12 fois celui que l'on constate avec la fumée de tabac. Je ne veux pas dire qu'il faut arrêter de brûler du bois, je veux simplement dire qu'en approfondissant cet usage j'ai rencontré beaucoup plus de difficultés que prévu. Et surtout qu'annoncées.

Toutes ces considérations condamnent finalement les énergies renouvelables …

Absolument pas : elles exigent simplement que nous tenions compte de tous les paramètres. Par exemple, plus j'analyse l'énergie grise (récolte, préparation, transport) correspondant à l'usage du bois comme combustible plus je constate que c'est une valeur de loin non négligeable. Mais ce n'est pas une conclusion générale. Si je fais la même étude pour le solaire thermique je constate que l'énergie grise (fabrication, transport, installation) s'amortit très rapidement, en moins de 3 ans en général. Donc, encore une fois, ne mélangeons pas toutes les énergies renouvelables : chacune a ses avantages et ses défauts. Ceci dit, toujours dans le même axe, la semaine prochaine je reviendrai sur le photovoltaïque et l'éolien, là où les controverses inévitablement ne vont pas tarder à devenir plus violentes.

Roger CADIERGUES

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