Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
1er Septembre 2008
Ces dix dernières années notre environnement a fortement évolué : aujourd'hui il n'est plus seulement question de répondre aux difficultés quotidiennes, mais de plus en plus souvent de répondre aux défis du futur. Pour l'essentiel ceux du développement durable, un développement largement justifié par les risques liés au réchauffement climatique. Nous pouvons avoir l'impression qu'à travers les décisions publiques les problèmes sont résolus. C'est en particulier le cas avec les décisions résultant du récent Grenelle de l'environnement. Malheureusement cela risque d'être inadéquat.
Si je comprends bien vous critiquez les décisions en cours …
Il s'agit tout simplement de voir au-delà. Le besoin d'un plan climat n'est pas contestable, et les intentions du Grenelle de l'Environnement sont louables. Le problème n'est donc pas d'en mettre en cause les objectifs. Encore faut-il savoir si les décisions prévues seront suffisantes et adéquates. Si elles sont raisonnables et si elles ne risquent pas d'être vouées à des échecs plus ou moins lourds. Or il faut bien avouer que ces démarches souffrent de multiples faiblesses.
Quelles sont donc ces faiblesses ?
Il faut bien reconnaître que, même si elles ouvrent des perspectives nouvelles d'activité, les décisions publiques sont devenues de plus en plus inquiétantes. Avec un alourdissement des coûts dont nous ne savons pas comment il sera couvert. Tôt ou tard une telle situation risque d'aboutir à des crises économiques graves, dont le résultat sera de bloquer finalement les initiatives en cours, y compris les plus utiles. Risque de s'y ajouter des coûts liés à certaines incohérences. Par exemple - pour justifier ses choix - la Communauté indique que le recours aux énergies renouvelables ne fera augmenter le prix de l'électricité que de 15% : il s'agit d'une moyenne européenne risquant de donner des idées fausses. Les tarifs européens de l'électricité sont en effet suffisamment hétérogènes pour qu'en France, au lieu de 15%, l'augmentation prévisible (sur les mêmes bases) soit de 25 ou 30%. Si vous ajoutez que le chiffre "européen" de 15% est lui-même relativement contestable, les conséquences nationales risquent d'être très lourdes. Et bien au-delà de celles annoncées par la Communauté. Il faut, hélas, constater que l'idée d'une optimisation économique globale et valable semble souvent échapper à nos décideurs. Et qu'on accepte d'opérer, vis à vis des coûts, avec beaucoup de légèreté.
Peut t-on vraiment optimiser ?
Je ne prendrai ici qu'un exemple : celui lié à la récupération du méthane dégagé par la décomposition des décharges d'ordures ménagères, un domaine qui est loin d'être énergétiquement négligeable. Et qui a fort bien été analysé (dans une publication récente) par Benjamin Dessus, Bernard Laponche et Hervé Letreut. Comme indiqué dans leur étude cette récupération aurait, en France (à maîtrise égale du réchauffement) le même poids que trois réacteurs nucléaires EPR, ou que l'isolation thermique de 400 000 logements anciens par an pendant 25 ans ! A des frais vraisemblablement beaucoup moindres. Ce n'est, malheureusement pas un cas isolé. Et c'est bien là l'indice flagrant de ce que nous n'utilisons pas forcément les bonnes démarches.
Que voulez-vous dire par là ?
Lors d'un récent mini-colloque sur le développement durable, et sur son évolution depuis une dizaine d'années, je n'ai pu cacher mes profondes désillusions pour ce qui concerne la France. Alors que, malgré quelques controverses, le réchauffement climatique reste notre principal défi, les décisions françaises ont souvent sombré dans l'utopie et - pratiquement toujours - dans l'incohérence économique. En même temps que l'on s'obstine dans l'adoption de critères absurdes et ahurissants. C'est le cas, par exemple, du choix comme base de décision de l'énergie primaire qui n'a absolument rien à voir avec notre problème : celui du dégagement des gaz à effet de serre. De plus, avec l'accroissement d'isolation des bâtiments, les consommations de chauffage deviennent de plus en plus dépendantes des comportements. Tout comme le sont déjà la production d'eau chaude, l'éclairage, ou la climatisation. Il n'existe pas de méthode, même savante, qui permette de traduire avec sécurité le comportement des usagers, mais il faut néanmoins essayer d'en tenir compte dans nos modes de calcul. Sans négliger un certain nombre d'apports internes actuellement oubliés. Un beau travail en perspective, avec des aspects probabilistes que nous n'avons pas le droit d'escamoter. Et des soucis d'optimisation économique qu'on ne peut passer sous silence. Sans oublier, en plus, de tenir compte du réchauffement inévitable qui nous attend ces 20 à 30 prochaines années, un réchauffement qui s'est déjà partiellement manifesté ces vingt dernières années comme je le montrerai ultérieurement.
Roger CADIERGUES
