Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Les réformes de la ventilation résidentielle.
La Suède
avait connu ce problème, pour l'habitat collectif, dès avant la
dernière guerre, à la fin des années 1930. Dans ce pays relativement
froid, où la maîtrise de la ventilation est une nécessité
forte, les constructeurs et l'organisme central de recherches avaient tenté
de mettre au point un système de ventilation des logements collectifs permettant
de maîtriser les débits d'air. Ce fut la "KontrollVentilation",
la ventilation "contrôlée". Les résultats furent,
assez rapidement défavorables aux solutions "naturelles", et
conduisirent à recourir assez systématiquement aux solutions mécaniques,
dites alors - dans la foulée des expériences suédoises -
de "ventilation mécanique contrôlée". Une technique
qui nous est restée en France sous le sigle "VMC". La première
transposition dans notre pays, de la technique suédoise, fut tentée
à Paris, en 1963, par Louis Voillot, qui eut alors l'amabilité de
m'en entretenir avant de lancer la réalisation définitive. Pendant
ce temps, Pierre Jardinier, au CSTB, mettait au point de nouvelles techniques
d'introduction d'air neuf qui allaient faire de la VMC, dans notre pays, une technique
très particulière.
C'est ainsi qu'est née, en France, la ventilation résidentielle
telle que nous la connaissons, basée surtout sur la lutte contre les humidités
intérieures.
Les réformes des ventilations tertiaires et professionnelles.
Le développement de la ventilation dans les locaux tertiaires et professionnels a pris une toute autre tournure, et s'est effectué sous l'autorité du Ministère de la Santé, alors que Simone Veil était ministre. C'est au sein du Conseil Supérieur d'Hygiène qu'ont eu lieu les travaux, qui se sont terminés très rapidement, sauf pour les hôpitaux où il a été impossible d'obtenir un consensus. J'ai d'autant plus de facilité à fixer les origines des règles adoptées que j'ai été l'auteur du rapport et des propositions qui ont été transformées en texte du règlement sanitaire type, puis plus tard du code du travail.
Quels sont les avantages, ou les désavantages de cette nouvelle réglementation ?
Un regret d'abord, celui des unités. Alors que tous les pays du
monde expriment les débits en mètre cube (ou en litre) par seconde,
le règlement actuel l'exprime en mètre cube par heure. Mon projet,
et les premiers textes réglementaires utilisaient bien la seconde, mais
- pour faire plaisir à un grand nombre de "techniciens" français
- les valeurs ont, ensuite, été transformées en mètre
cube par heure. Regrettable au plan international. Par contre une quadruple
satisfaction pour ce qui me concerne.
1. Les valeurs que j'ai proposées, basées sur des données
précises en matière de respiration, ont été depuis
lors celles qui ont été adoptées (à peu de choses
près) dans un très grand nombre de pays.
2. Ces valeurs sont restées stables, au contraire de celles adoptées
"à la hâte" dans certains pays, à certains moments
(je pense aux USA), qui ont dû ensuite revenir en arrière.
3. Grâce à l'intelligence des responsables du Code du travail,
les mêmes bases ont été adoptées par ce Code, ce
qui fait que, dans beaucoup d'enceintes il n'y pas de difficultés d'application,
par exemple dans un magasin où coexistent des clients (règlement
sanitaire) et des vendeurs (code du travail).
4. Le critère choisi (le CO2) permet de moduler la ventilation si l'on
veut bien utiliser les techniques basées sur l'emploi de capteurs adéquats.
Un regret, toutefois, ce que je viens de dire ne concerne - pour l'essentiel
- que les locaux sans fumeur. Je reviendrai, dans ma prochaine lettre, sur les
locaux avec fumeurs. Je commencerai, également, à examiner le
cas de certains polluants parfois mal contrôlés, les aldéhydes
et le benzène, sans parler du radon, qu'il faudra sans doute traiter
un jour.
Dans notre prochaine lettre nous continuerons à aborder le problème de la qualité de l'air.
Roger CADIERGUES
