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Une deuxième remontée dans le temps ...

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

20 Octobre 2008

La semaine dernière j'ai choisi de vous raconter une histoire vieille de soixante ans. En voici une plus récente, mais qui date quand même de près d'une quarantaine d'années.

De quoi s'agit-il ?

A l'époque dont je parle le Ministère de la Santé envisageait de refondre les textes sur la ventilation existant dans le Règlement Sanitaire. Inquiet des conséquences éventuelles de cette révision l'Ademe m'a demandé de participer au Conseil Supérieur d'Hygiène chargé de la révision. Avec la mission de veiller à ce que les débits choisis ne soient pas excessifs. En fait je n'ai pas eu à le faire, car le Conseil m'a tout simplement laissé le soin de faire tout le travail, et d'établir le rapport qui permettait de modifier le texte existant. Comme il n'existait pas de base totalement incontestée pour fixer ces débits, il fallait en choisir une : c'est ce que j'ai fait.

De quelle base voulez-vous parler ?

Je me limite ici aux locaux tertiaires les plus courants, pour lesquels il n'existait guère que deux bases pour fixer les débits de ventilation : une base ancienne (c'était son défaut apparent), une autre assez récente mais scientifiquement douteuse. Si on élimine les dégagements liés aux revêtements ou aux produits de toilette ou de nettoyage (à traiter séparément) la ventilation générale a, en fait, pour objet d'éliminer les odeurs d'origine humaine. C'est par là que débute la première procédure dont je viens de parler.

Quelle est cette procédure que vous qualifiez d'ancienne ?

Il s'agit de celle proposée par Max Von Pettenkofer, qui date quand même de 1858 (c'est d'ailleurs là l'occasion de dénoncer l'ignorance du passé qui caractérise un peu trop certaines études récentes). C'est le principe proposé par Pettenkofer que j'ai adopté pour le rapport au Conseil Supérieur d'Hygiène. Mon raisonnement est le suivant : on peut logiquement admettre que le dégagement d'odeurs humaines est directement lié à l'activité physique des occupants, cette activité physique se mesurant par la consommation d'oxygène et - encore mieux - par le dégagement de CO2 de ces occupants. Grâce à nos connaissances sur les phénomènes physiologiques en cause il est possible de lier le dégagement de CO2 au métabolisme (en watt) caractérisant l'activité physique. C'est la procédure que j'ai adoptée. Fort heureusement les ingénieurs de l'INRS (Ministère du Travail), qui participaient à la réunion, ont par la suite, utilisé les mêmes bases, et modernisé ainsi le Code du Travail. Ceci dit, ma proposition contenait également une partie consacrée aux locaux avec fumeurs. A cette époque nos connaissances sur ce sujet étaient encore assez faibles. Depuis, avec tout ce que nous savons, ma proposition sur les locaux avec fumeurs (encore dans les textes) est totalement inacceptable. Outre ce défaut j'ai, depuis la diffusion de ce texte, trois motifs supplémentaires d'insatisfaction.

Lesquels ?

Dans ma proposition, et dans les textes initiaux du Règlement Sanitaire, pour rester conforme aux accords internationaux, les débits étaient exprimés en mètre cube (ou litres) par seconde. Quelques années plus tard certains intervenants ont réussi à faire modifier les unités du Règlement en faisant exprimer les débits en mètre cube par heure. Le résultat est plutôt piteux : la France est, désormais (merci pour le pays du système métrique) le seul pays au monde qui n'exprime pas ses débits d'air en mètre cube (ou litre) par seconde.

Vous parliez de trois motifs d'insatisfaction…

Le deuxième motif est le suivant : j'ai toujours regretté que mon rapport préliminaire et justificatif n'ait pas été publié. Non pas par vanité d'auteur, mais parce qu'il ouvrait la porte - de façon parfaitement consciente, n'en déplaisent à ceux qui pensent qu'il s'agit aujourd'hui d'une nouveauté - à la régulation des débits d'air par mesure de CO2. C'était là ma véritable réponse à la demande de l'Ademe de maîtriser les débits d'air. Il est loin d'être trop tard pour le mettre en application.
Reste le troisième motif : celui d'une interprétation erronée des deux textes, pourtant cohérents : le Règlement Sanitaire pour le tertiaire proprement dit, le Code du Travail pour les salariés. Les deux textes dépendant de deux ministères différents la liaison n'a jamais pu être faite de façon suffisamment explicite : j'y reviendrai la semaine prochaine.

Roger CADIERGUES

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