Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
10 Novembre 2008
Les conditions extérieures de base, dans notre pays, sont traditionnellement fixées par les normes ou par les Recommandations type AICVF. Ces bases étant parfois remises en cause il m'a paru nécessaire de faire le point … ce qui va, d'ailleurs, nous ramener historiquement en arrière.
Vous voulez parler sans doute des températures de base de chauffage ?
Pas exactement : je veux parler uniquement des conditions extérieures, mais d'été aussi bien que d'hiver. Commençons par celles d'hiver. Il y a quelques quatre-vingt ans il existait, en France, des règles empiriques fixant, pour chaque région, une température extérieure dite "de base". Avec un objectif juridique : celui de fixer les conditions du contrat constitué par chaque marché de chauffage. Durant les années 1930, et même pendant la dernière guerre (au sein des " Comités d'Organisation ") on a tenté de rationaliser le choix de ces températures de base en faisant intervenir les relevés météorologiques, et en adoptant une fréquence de définition, par exemple 2 jours par an. Dès lors, le choix des conditions de base est devenu, au moins en principe, basé sur les probabilités fournies par les relevés météorologiques. A la fin des années 1940 l'étude était très avancée, mais les décisions encore un peu floues. J'ai eu, alors et durant les années 1950, à reprendre cet examen, et à fixer pour les Documents Techniques Unifiés, les règles de base. C'est à ce moment là que mon avis a changé.
Que voulez-vous dire par là ?
En examinant les données en détail, démontrant parfois des variations un peu surprenantes, je me suis rendu compte de ce que cette confiance aveugle dans les relevés météorologiques pouvait, en fait, cacher des variations occultées par l'emplacement des observatoires. Cela me parut rapidement d'autant plus évident que l'une des villes de la Côte d'Azur avait réussi à faire déplacer plusieurs fois son observatoire afin "d'obtenir des températures plus satisfaisantes" (j'entends sur le plan touristique). Il m'a paru, de ce fait, qu'il fallait également tenir compte de l'expérience locale, et c'est ainsi que furent établies les températures françaises de base (pour l'hiver) : un mélange de données météorologiques et de données empiriques. Jusqu'ici ces choix n'ont pas été remis en cause, malgré leur fragilité intrinsèque aujourd'hui aggravée par le réchauffement climatique dont je reparlerai ultérieurement. Quoi qu'il en soit il ne s'agit pas là du point le plus important.
Quel est donc ce point important ?
Tout ce qui concerne les conditions de base d'été : la température
maximale, l'oscillation journalière, les flux d'ensoleillement direct
et diffus, l'humidité. Là les conventions sont multiples, et il
n'y a pas de normes mais seulement des Recommandations AICVF (Guide n° 2).
A la mise au point de ce dernier guide ce qui était le plus important
concernait l'ensoleillement. Durant les années 1950, lors de la préparation
du premier Guide AICVF sur le sujet, le président André Desplanches
avait adopté des valeurs maximales de flux direct et réfléchi.
Le résultat en fut que nous aboutissions à des charges de climatisation
excessivement élevées, en particulier face à celles fournies
par d'autres méthodes. Lors de la nouvelle édition du Guide AICVF
sur ce thème j'ai donc proposé que nous adoptions une convention
d'ensoleillement moins sévère, celle choisie aux USA, ce qui conduit
à des charges plus raisonnables. C'est ce qui fut accepté.
Reste le problème des températures. Le choix du Guide AICVF actuel
ne serait pas remis en cause si, dans son nouveau Guide, l'association américaine
(l'ASHRAE) n'avait pas pris l'initiative de publier des conditions de base détaillées
pour le monde entier. En particulier pour la France, en se basant sur les relevés
des nombreuses stations météorologiques françaises ayant
pu fournir des tables de fréquence en saison chaude. Je regrette de ne
pas accepter cette décision américaine, qui repose sur une utopie
selon laquelle les valeurs (surtout d'été) des stations météorologiques
sont significatives. A mon avis les données choisies par l'ASHRAE pour
la France ne sont pas du tout valables.
Pourquoi cette position ?
D'abord pour les mêmes raisons que celles indiquées pour l'hiver. Mais surtout en me basant sur les observations et réflexions que je commenterai la semaine prochaine.
Roger CADIERGUES
