Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
17 Novembre 2008
Les conditions extérieures de base, dans notre pays, sont traditionnellement fixées par les normes ou par les Recommandations AICVF. J'ai indiqué la semaine dernière l'origine de ces valeurs. Il se trouve qu'assez récemment l'association américaine ASHRAE a publié des données de base pour le monde entier, en particulier pour la France et pour l'été : je ne suis pas d'accord avec ces valeurs et nous allons expliquer pourquoi.
Quel est votre argument essentiel ?
D'abord le fait qu'il soit extrêmement délicat de fixer un seuil de probabilité acceptable pour l'été. Le vrai problème est de pouvoir faire face convenablement (même si ce n'est pas parfait) aux canicules, et non pas à la situation se produisant x jours par an. Il est, de plus, extrêmement dangereux de se baser (surtout dans des pays comme la France, l'Italie ou l'Espagne) sur les relevés des stations météorologiques, surtout en été. Je puis vous donner plusieurs exemples dans ce sens.
Lesquels ?
Il y a trois ans, un jour de canicule, je me trouvais - en début d'après-midi - dans la vallée de la Dordogne. La température, à l'ombre, était insupportable : 40°C au thermomètre. Je me suis déplacé d'un kilomètre, sans changement important d'altitude : la température "n'était plus" que de 39°C. A 20 km plus au nord, sans changement très important d'altitude (150 m) la température était un peu supérieure à 38°C. Mais ces variations ne sont pas tout. Le même jour, à la station météorologique la plus proche (20 km), à Gourdon, la température maximale était de 36,5°C, soit 3,5°C de moins qu'à 20 kilomètres de là, au bord de la Dordogne. Ce n'est pas un cas exceptionnel. Si j'adopte les recommandations ASHRAE (qui n'ont d'ailleurs prévu pour la région que Bordeaux) je devrais prendre une température de base de 32°C. Et si j'adopte les Recommandations AICVF une température de 33°C. Il est bien évident qu'avec toutes ces recommandations on est loin du compte (40°C réel). Les conditions extrêmes d'été étant surtout importantes pour la protection des personnes âgées, on voit qu'il n'y a pas lieu de modérer nos bases (comme le suggère l'ASHRAE) : il devrait plutôt s'agir de les aggraver, et de ne pas trop se baser sur les relevés météorologiques trop localisés. D'autant que, dans les discussions précédentes, je n'ai pas pris en compte le réchauffement climatique, qui n'est pas une utopie.
Voulez-vous dire qu'il nous va falloir réviser les températures de base par suite du réchauffement ?
En examinant les degrés-jours établis par le COSTIC on constate
le phénomène suivant :
. une température hivernale moyenne sensiblement constante jusqu'aux
années 1970,
. depuis lors un accroissement de l'ordre de 1 [°C] tous les dix ans, rien
ne permettant de croire que le mouvement va s'arrêter. Je ne serais donc
pas surpris qu'une révision devienne souhaitable pour la température
de base d'hiver. Mais ceci est, bien entendu, encore plus grave pour les conditions
de base d'été. Dans la zone considérée (zone C des
Recommandations AICVF) cela conduirait à adopter une température
de base d'été, non pas de 33°C, mais d'au moins 35 à
36°C.
Ceci ne concerne finalement que les personnes âgées ?
Détrompez-vous : dans nos régions (où nous ne sommes pas acclimatés aux grandes chaleurs) le niveau dont je parle concerne physiologiquement à peu près les personnes de tous âges, avec un gravité certes plus importante pour les plus jeunes et les plus âgées. Et ce niveau ne concerne pas que les locaux équipés de climatisation.
Que voulez-vous dire par là ?
Je me suis, un moment, demandé si je ne devrais pas titrer cette lettre
: " Et si nos maisons devenaient invivables ". Ce n'est pas une plaisanterie.
A mon avis, en portant l'isolation thermique des bâtis à des niveaux
dont nous n'avons pas l'habitude, et avec des apports normaux, les températures
intérieures d'été risquent de devenir insupportables. Surtout
dans les zones urbanisées où, pour des raisons acoustiques, il
n'est pas possible de compter sur l'ouverture des fenêtres. Ce que je
regrette c'est que, dans l'enthousiasme du prétendu écologique,
l'on n'est pas étudié sérieusement cet aspect. C'est encore
une question à revoir : si nous continuons, dans 20 ans il risque d'être
trop tard. Ne comptez pas sur les calculs (fallacieux) d'inertie thermique.
A la semaine prochaine en tous cas, où je risque d'être encore
plus virulent.
Roger CADIERGUES
