Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
8 Décembre 2008
La semaine dernière j'ai indiqué le danger de spécifications brutales et collectives concernant les qualités de notre environnement quotidien, en l'occurrence de notre environnement thermique. Nous allons en voir un autre exemple.
Vous parliez d'un deuxième piège ?
Les mesures envisagées pour la RT concernent les constructions elles-mêmes, neuves ou existantes, mais les constructions seules et les équipements. Restent la maintenance ainsi que la gestion et le comportement des occupants. Plus nos exigences techniques sont fortes plus ces paramètres sont importants. Et risquent même de devenir prédominants (ce n'est pas une théorie mais un constat). Sans oublier d'abord que l'environnement climatique évoluant, les besoins risquent également d'évoluer. Notre température extérieure moyenne d'hiver constatée croissant de 1°C tous les vingt ans notre acclimatation risque de légèrement se modifier : là où 20-21°C paraissait suffisant pour les sujets courants, il faudra peut-être prévoir 22°C sinon plus, l'expérience des USA étant d'ailleurs témoin de ce glissement dans les exigences. Cette observation a, en plus, d'autres conséquences.
Que voulez-vous dire par là ?
Qu'avec l'évolution des techniques telle que la réduction très forte des apports dus à l'éclairage ou à des équipements électroniques, et la réduction très forte due à l'isolation très améliorée des bâtiments, notre tendance à se centrer uniquement sur le chauffage devra être abandonnée alors que les prévisions des autres consommations sont de plus en plus fragiles. Sans compter que beaucoup de méthodes de calculs actuelles restent dangereusement collées sur le passé.
Mettez-vous en cause les méthodes ou les bases ?
Les bases. Dans 15 ans les températures extérieures de base normales pour l'hiver seront supérieures de 2°C aux valeurs actuelles, les températures extérieures de base pour l'été également. Dans 15 ans les degrés-jours ne seront plus ceux de 1975. Dans 15 ans les apports gratuits dus à l'éclairage seront probablement moins du quart de ce qu'ils sont maintenant. Et ainsi de suite. Le travail effectué par le Grenelle de l'environnement est louable, mais je crains qu'il n'y manque deux volets, celui de la prise en compte des utilisateurs (dont le profil des âges sera de plus en plus significatif), et celui de la prise en compte du futur avec des bases et des puissances très différentes. Mais attention, là aussi, aux positions trop théoriques : les utilisateurs ne se comporteront peut-être pas comme nous voulons l'entendre.
Que voulez-vous dire par là ?
Pour ne pas être trop long je vais prendre un exemple : celui de l'éclairage. Comment peut-on y faire des économies : en modernisant les installations (essentiellement en changeant de lampes) et en utilisant le mieux possible les installations à notre service.
Mais tout ceci est couvert par les intentions réglementaires actuelles ?
Pas comme vous le croyez. Prenons l'exemple de la première suggestion
: changer de lampes, ce qui veut dire en clair remplacer les ampoules à
incandescence par des lampes fluocompactes. J'ai eu très rapidement sous
les yeux le piège tendu. Alors que l'efficacité lumineuse passe
de l'ordre de 10 lumens par watt (incandescence) à 60 lumens par watt
(fluo) le remplacement d'une ampoule incandescente de 50 W (500 lumens) pourrait
se faire avec une lampe fluocompacte de 8 W. Malheureusement l'un des principaux
fournisseurs du marché du bâtiment, qui propose bien des lampes
basse consommation, les caractérise uniquement par leur puissance en
watt. Dans ces conditions, catalogue en main, deux utilisateurs que j'ai interrogés
remplaceraient l'ampoule initiale de 50 W par une lampe basse consommation seulement
" un peu moins puissante ", de l'ordre de 15 W par exemple (au lieu
des 8 rationnels). C'est dire qu'il est difficile de prôner des économies
qui paraissent fortes et suspectes. Quand j'ai indiqué qu'en plus il
serait important de nettoyer les luminaires (qui perdent une forte proportion
de leur efficacité avec la poussière) je n'ai guère rencontré
qu'un certain scepticisme. Surtout que mes interlocuteurs avaient entendu à
la télévision que ces nouvelles ampoules fluocompactes pouvaient
être dangereuses pour la santé. Si je prends ces exemples c'est
pour souligner à quel point il ne faut pas rester sur les mesures autoritaires
et technocratiques : il faut inventer un moyen de faire participer davantage
les usagers finaux, la même situation se retrouvant aussi bien dans les
bureaux que dans les logements. Sans cette action volontaire et individuelle
une grande partie des efforts risque d'être totalement vaine.
A la semaine prochaine ….
Roger CADIERGUES
