Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Retour sur le tertiaire et professionnel.
Dans ma lettre précédente
j'ai indiqué comment le Conseil Supérieur d'Hygiène avait
abordé le sujet de la ventilation. Ce que j'ai dit concernait essentiellement
les locaux sans fumeur. Pour les locaux avec fumeurs, la situation était
toute différente. Bien qu'étant l'auteur des propositions finalement
retenues je ne les ai jamais considérées comme satisfaisantes. Les
conditions de cette époque en sont doublement responsables.
1. Le Ministre de la Santé de l'époque (Simone Veil) avait simultanément
proposé une loi concernant le tabac, loi volontairement modérée.
Il était manifeste qu'il fallait, progressivement aller plus loin. Ce qui
fut d'ailleurs fait, un peu plus tard, par un autre ministre de la Santé,
Claude Evin. Dans les deux cas la loi n'a pas été réellement
appliquée, ce qui fait que - tôt ou tard - la situation basculera,
et nous nous retrouverons devant des obligations et des contrôles sévères,
comme c'est déjà le cas dans certains pays. Il faudra bien, alors,
revoir nos obligations en matière de ventilation.
2. A l'époque de la présentation de mon rapport au Conseil Supérieur
d'Hygiène, le directeur de l'Agence pour les Economies d'Energie avait
insisté pour que je ne prévoie que des débits raisonnables
d'air neuf. Pour les locaux avec fumeurs la convention était difficilement
tenable. J'ai dû me limiter au minimum, les débits proposés
étant basés sur le dégagement de monoxyde de carbone (CO)
des fumeurs. C'était déjà, et ce l'est plus encore maintenant,
insuffisant : la fumée de tabac contient des milliers de molécules
polluantes, dont nous connaissons (et connaissions à l'époque de
la préparation des règlements) les natures et les caractéristiques.
Outre du monoxyde de carbone (50 à 60 mg par cigarette moyenne), de l'ammoniaque,
des aldéhydes, des composés organiques volatils multiples, sans
compter les particules respirables (10000 à 15000 par cigarette).
Plus les études sur la qualité de l'air intérieur avancent,
plus nous allons vers l'interdiction de fumer dans bien des lieux, et la recommandation
instante de ne pas fumer dans les logements. J'ignore ce que seront les décisions
définitives, mais il est bien certain que les problèmes de ventilation
des locaux avec fumeurs ne pourront pas être indépendants de la législation
générale sur l'usage du tabac.
Revenons aux polluants gazeux autres que la fumée de tabac.
Dans la campagne officielle qui vient d'être lancée, et dont j'ai parlé plus haut, il est prévu de surveiller une trentaine de polluants gazeux, radon exclu. Je ne vais pas examiner tous ces polluants : je voudrais me concentrer sur les aldéhydes et le benzène, pour des raisons bien précises.
Vous ne parlez pas du CO2 alors que vous y faisiez allusion à propos de la réglementation actuelle.
Dans le rapport que j'ai établi, justifiant les débits d'air neuf adoptés réglementairement, le CO2 est pris comme mesure indirecte des odeurs d'origine humaine, donc de la densité d'occupation, travail physique pris en compte. Le CO2 n'est pas considéré comme un polluant : il ne l'est qu'à des teneurs qui ne sont pas ici en cause.
Roger CADIERGUES
