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Retour sur la qualité de l'air (4)

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

Revenons donc aux aldéhydes et au benzène, et aux aldéhydes d'abord.

Les aldéhydes ont "l'avantage" d'être des vapeurs odorantes. C'est également leur inconvénient. Mais le plus grave c'est qu'on les soupçonne d'être cancérigènes. Elles se dégagent des panneaux agglomérés. Depuis plusieurs décennies les fabricants européens de ces panneaux ont adopté une discipline limitant la teneur en aldéhydes qui a eu des résultats positifs, même s'il faut aujourd'hui être plus exigeant. Au Canada et aux USA on n'a pas, pendant très longtemps, adopté cette discipline. A un point tel que certains locaux neufs y ont été inhabitables : c'est une grande partie des bâtiments malsains (sick buildings). Les aldéhydes posent, surtout en Amérique du Nord, un problème fondamental : celui du dégagement de polluants par les matériaux.

Quel est ce problème ?

Le problème est simple : certains voudraient que nos débits de ventilation tiennent compte du dégagement de polluants par les matériaux de construction, ou par les produits divers utilisés dans les locaux.. Je considère, personnellement, que c'est une position absurde. Dans ce cas, en effet, il n'y aurait plus de limite, et la ventilation devrait se charger de tout. Il y a quelques années, la Grande-Bretagne, la France et la Belgique se sont opposées efficacement à une proposition danoise qui (à travers les "olfs" et les "décipols") visait à augmenter très fortement nos débits de ventilation, pour tenir compte de ces dégagements de polluants. Notre position a fait obstacle à cette demande que je considère inacceptable. A mon avis la bonne discipline c'est d'interdire aux matériaux de construction des dégagements significatifs de polluants. C'est le cas, bien entendu, du dégagement d'aldéhydes, mais aussi d'autres polluants potentiels. Et peut-être d'autres produits que la campagne en cours va peut-être nous révéler.

Voyons maintenant le problème du benzène.

Le benzène appartient à la catégorie des produits organiques volatils qui sont le cœur des études sur la qualité de l'air intérieur. Mais le rôle du benzène est très particulier parce qu'il s'agit du composé volatil sûrement le plus cancérigène. J'ai eu, récemment, de très fermes discussions avec des membres du corps médical qui accusaient les matériaux de construction de ces dégagements de benzène. Il est vrai que certains panneaux de particules sont dans ce cas, comme certaines colles ou certains mastics, mais il s'agit là du cas général des matériaux de construction : il suffit d'interdire ce genre de production. Beaucoup de personnes pensent que la présence intérieure de benzène en concentration supérieure à celle de l'extérieur est l'indice de cette pollution : c'est une erreur. Car une des sources de benzène c'est nous-mêmes, aussi surprenant que cela puisse paraître. Nous dégageons, en effet, près de 20 micro-grammes par heure de benzène. La teneur de l'air extérieur étant proche de 10 micro-grammes par mètre cube, on voit que les ordres de grandeur sont les mêmes. En clair, il est normal que la concentration en benzène soit, à l'intérieur, supérieur à ce qu'elle est à l'extérieur : ce n'est pas un indice de pollution, sauf si la différence est très importante, devenant alors dangereuse.

Quelles conclusions pratiques ?

1. Si la teneur intérieure en benzène est de quelques dizaines de micro-grammes par mètre cube, même supérieure à celle de l'extérieur, il n'y a pas lieu d'accuser une pollution intérieure particulière.

2. Si cette teneur intérieure atteint quelques centaines de micro-grammes par mètre cube, c'est qu'il y a incontestablement pollution intérieure, par les matériaux ou par d'autres produits, des mastics ou des colles par exemple.

3. Si cette teneur s'approche du milligramme par mètre cube, alors nous entrons dans une zone incertaine où les risques d'action cancérigène deviennent sérieux, sans qu'il soit aujourd'hui possible d'être plus précis du moins à ma connaissance. Voilà pour ce qui concerne le benzène. Si nous mettons de côté les problèmes d'odeurs, et le cas du radon (pour les niveaux en contact avec le sol) les problèmes de qualité de l'air intérieur se limitent apparemment à la présence de suspensions inertes ou vivantes (poussières et microbes), ce qui relève d'une toute autre catégorie de problèmes, où le débit et la qualité de l'air "neuf" y jouent un rôle manifestement secondaire.

Dans notre prochaine lettre, je reviendrai sur le problème de la légionellose, avec deux épidémies spectaculaires.

Roger CADIERGUES

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