Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Dans ma dernière lettre je vous avais promis de revenir sur les éléments fondamentaux du risque "légionellose". Voici la promesse tenue.
Avant de commencer, et pour éviter les critiques des "puristes" :
quand, pour simplifier, je parle de légionelles il s'agit de "Legionella pneumophilla". Ceci dit, passons maintenant à l'examen du comportement et du rôle de ces bactéries.
Dès le départ les légionelles ont marqué leur spécificité.
Dès que les équipes d'Atlanta ont pu découvrir que la maladie en cause était due à une bactérie jusque là inconnue, celle que nous appelons "la légionelle", les données s'éclairèrent. L'ignorance (jusque là) de la bactérie fut assez vite expliquée, même si pour beaucoup d'entre nous elle parut surprenante : le milieu de culture servant classiquement à dénombrer les colonies bactériennes ne convenait pas aux légionelles, et ne les "détectait" pas. Celles-ci exigeaient un autre milieu. Dès lors on devait, très vite, découvrir que ces bactéries étaient présentes dans presque toutes les eaux.
Comment, dans ces conditions, a t-on pu tant tarder à "découvrir" qu'il y correspondait une maladie spécifique, la trop célèbre légionellose ?
Tout simplement parce que cette maladie était
encore "inconnue". Et qu'elle ne se développe pas sans que
plusieurs éléments interviennent simultanément, ce qui
en circonscrit très fortement les risques et le nombre de cas :
- une température d'eau suffisante, disons pour simplifier 20 à
55 °C,
- une insertion de la bactérie dans des gouttelettes de dimension adéquate,
afin de parvenir aux alvéoles pulmonaires,
- une diffusion de ces gouttelettes dans l'atmosphère, la maladie n'étant
"contagieuse" que par voie aérienne, d'une source technique
vers l'homme (et pas d'homme à homme).
Cette dernière clause, celle d'une taille adéquate, exclut les
gouttes trop grosses (> 5 à 6 µ) ou trop fines (< 1 à
2 µ), et provoque in fine un "filtrage" biologique fondamental
dans la diffusion de la maladie. Seules les alvéoles (et pas les autres
voies respiratoires "plus grosses") peuvent être affectées,
ce qui contribue à circonscrire le risque.
Pourquoi la maladie se traduit-elle, dans certains cas, par des décès ?
Là aussi le développement de la légionellose relève
de circonstances très particulières. Schématiquement, ce
sont surtout le personnes âgées, dont le système immunitaire
est plus ou moins défaillant, qui risquent la mort. Les sujets adultes,
même si les légionelles pénètrent jusqu'aux alvéoles,
résistent normalement. Sous réserve - il est vrai - d'un traitement
adéquat.
C'est là aussi qu'existe une risque particulier : la faute éventuelle
de diagnostic. La légionellose ressemble, en effet, à une pneumonie,
et peut facilement être confondue avec elle, sinon avec la grippe. Les
tests sont, de plus, assez longs, et spécifiques.
S'y ajoute le risque lié au traitement. Même si la maladie peut
être attaquée par un antibiotique, il s'agit d'un antibiotique
spécifique, différent de ceux adoptés pour les pneumonies
courantes.
On comprend, dans ces conditions, que la maladie soit très incertaine,
tout en pouvant être parfois très dangereuse. En fait, deux cas
peuvent se présenter :
- ou bien le sujet dispose d'un système immunitaire en bon état
(c'est souvent la cas des jeunes), et la guérison est relativement rapide,
surtout si le diagnostic est correct,
- ou bien le sujet dispose d'un système immunitaire plus ou moins défaillant,
et la maladie peut devenir grave, et même mortelle.
D'une manière générale ce classement que je vous propose
pour évaluer les risques reste relativement fiable, mais on ne sait toujours
pas pourquoi il y a nettement plus de malades masculins que de malades féminins
(c'est là l'un des autres mystères de la légionellose).
Dans notre prochaine lettre, nous poursuivrons la description de ces risques.
Roger CADIERGUES
