Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Dans mon avant- dernière lettre je vous avais promis de revenir sur les éléments fondamentaux du risque "légionellose". Voici la suite de cette présentation.
Nous allons revenir sur les sources potentielles de contamination, sans oublier les deux difficultés majeures que j'ai déjà énumérées,
ces deux difficultés étant - je le rappelle - les suivantes : - selon les périodes, c'est telle ou telle source de contamination qui est "à la mode", source potentielle systématiquement mise en cause, souvent sans preuve incontestable, - il n'est pas rare, en plus, que l'on fasse allusion à des risques qui n'existent pas.
Comment peut-il y avoir une "mode" dans l'énumération des sources ?
C'est évidemment surprenant, mais c'est ainsi. En 1986, un des CHU régionaux
les plus connus a organisé un colloque intitulé "la maladie
des climatiseurs": il s'agissait, en fait, de la légionellose. Or
il n'y a jamais eu de maladie des climatiseurs. Pire même, l'INSERM, malgré
la demande d'Uniclima, a maintenu ce titre fallacieux dans le compte-rendu final
du colloque ! Le couple "climatiseur-légionellose" est alors
"devenu à la mode". Avec, à la base, un manque de sérieux
scientifique qui, dans le domaine de la médecine, est difficilement pardonnable.
Depuis quelques années ce sont les tours de ruissellement qui sont toujours
mises en cause, assez souvent sans preuve, dans une grande ville du Sud-Ouest
par exemple. Alors qu'il y a manifestement d'autres sources qui peuvent être
mises en cause, mais dont il vaut peut-être mieux ne pas parler. Si vous
regardez les statistiques récentes, vous y verrez toujours, ou presque,
que le "coupable" est une tour de ruissellement desservant une installation
de climatisation.
En voici un autre exemple. En 1986, lors du colloque régional dont j'ai
parlé, un grand hôpital parisien a mis en cause l'installation
de conditionnement d'air, et sa tour de ruissellement. En fait, une fois tous
les contrôles exécutés (après appel inutile aux équipes
américaines), il fallut avouer que c'était le service d'eau chaude
qui était responsable. Comprenez moi bien : je ne prends pas ici la défense
de la climatisation, je dis simplement qu'il est infiniment regrettable de se
tromper, et de tromper les tiers.
N'est-ce pas une "mode" dépassée que celle qui consiste à mettre systématiquement en cause des équipements bien déterminés ?
Hélas non, et en voici un exemple : la "mode" qui consiste, depuis quelques années, à rendre responsables les tours de ruissellement alimentant des installations de conditionnement d'air. Malgré tous mes efforts je n'ai pu que très récemment obtenir que l'on comprenne qu'il s'agit d'installations de refroidissement d'eau n'étant pas obligatoirement rattachées à des installations de conditionnement d'air. Les accidents récents sont, hélas, en train de démontrer la pertinence de cette réserve, en mettant en cause des tours desservant des processus professionnels ou industriels. Ce qui est irritant c'est qu'il aura fallu plus de 15 ans pour y parvenir.
Vous faisiez également allusion à des "risques qui n'existent pas" ?
Le plus criant concerne la climatisation. Même encore maintenant, à la télévision par exemple, certaines images ou certains commentaires entretiennent cette erreur. Je suis formel : il n'y a pas de crise de légionellose qui soit due à la climatisation elle-même. Qu'il s'agisse de refroidissement par machine frigorifique, ou de refroidissement par eau (les fameux "laveurs" de nos prédécesseurs) aucun d'entre eux n'est à la source du développement de légionelles. La raison en est simple : la température à laquelle fonctionne ces équipements. Là encore il ne s'agit pas de défendre la climatisation, mais simplement de ne pas se tromper de diagnostic. Pour le montrer je vais reprendre l'affaire très en amont, en retraçant l'historique de nos craintes.
Dans notre prochaine lettre, nous poursuivrons sur le risque de la légionellose.
Roger CADIERGUES
