Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
De quoi s'agit-il ?
Revenons d'abord à la situation issue des observations faites à Philadelphie, où s'était déclenchée la première épidémie de légionellose recensée ensuite comme telle. La climatisation étant nommément en cause (nous ne savions pas encore comment), il fallait se préparer à stériliser les circuits de climatisation. Il se trouvait que j'avais, un certain nombre d'années plus tôt, été impliqué dans ce type de sujet. J'avais, en effet, initié et piloté, une étude sur la stérilisation des circuits d'air par ultraviolets, étude qui devait déboucher sur une publication signée par l'auteur de la recherche, Pierre Barrucand. En fait une étude passée pratiquement inaperçue, mais qui ouvrait alors un nouveau terrain d'application. C'est d'ailleurs un sujet (celui des "microbophobes") sur lequel je reviendrai, mais il permettait déjà, en 1977, d'envisager sérieusement de traiter les réseaux contre les légionelles.. En fait vous allez voir que le recours à la stérilisation des eaux n'était probablement pas la bonne réponse. Les installations de conditionnement d'air sont pourtant, depuis lors, restées la cible courante.
Pour quelles raisons, la climatisation était-elle généralement en cause ?
Dès 1976 les équipes d'Atlanta ont pu découvrir que l'épidémie constatée à Philadelphie, due à une bactérie "nouvelle", était "transportée" par les installations de climatisation, vous imaginez aisément notre inquiétude. Nous ne pouvions laisser passer cette information sans regarder de très près ce qui apparaissait alors comme une situation presque catastrophique pour le génie climatique. Dans ces conditions toutes les expériences (d'ailleurs peu nombreuses) ont été, par la suite et autant que possible, soigneusement suivies. Pendant une dizaine d'années le silence a été de rigueur, l'objectif étant d'éviter les paniques auxquelles nous ne savions pas porter remède. D'où l'impression (inexacte en fait) que nous nous désintéressions du sujet. A cette époque deux organismes nous servaient d'appui : le CDC (Center for Diseases Control) d'Atlanta, et le CNR (Centre de Référence de la légionellose) à Lyon. Grâce en particulier à ces organismes, mais aussi à bien d'autres équipes, la décennie 1976-1986 a été cruciale sur le plan du développement de nos connaissances..
Quel fut l'essentiel de ce développement ?
1. Une analyse des accidents in situ, qui a démontré le principal
en matière de conditionnement d'air.
2. Un accroissement considérable des études, en laboratoire et
in situ, des conditions de développement et de guérison des légionelloses.
Qu'entendez-vous par conclusions essentielles en matière de conditionnement d'air ?
Un peu à ma propre surprise, les observations in situ et les études
en laboratoire ont progressivement démontré que les équipements
de climatisation proprement dits (les batteries froides et les humidificateurs)
n'étaient pas impliqués. Alors que le risque se concentrait sur
les tours de ruissellement qui, seules, possédaient des températures
favorables au développement des légionelles. J'y reviendrai ultérieurement,
car cette période a également été marquée
par un très grand nombre d'études biologiques et médicales
sur les légionelles et la légionellose. En fait, deux réunions
ont marqué cette période :
- la réunion d'une douzaine d'experts pendant une semaine à Copenhague,
en Septembre 1986, sur l'initiative et l'encadrement de l'Organisation Mondiale
de la Santé (OMS),
- un colloque plus large, surtout biologique et médical, réuni
à Lyon en 1997.
La première réunion permit de fixer des recommandations OMS qui
furent publiées en 1987. La seconde permit de faire le point sur les
connaissances biologiques et médicales d'alors. J'y reviendrai prochainement,
car les conclusions à en tirer sont essentielles.
Dans notre prochaine lettre, je reviendrai sur ces réunions
essentielles et sur les équipements susceptibles d'être des sources
de risques en matière de légionellose.
Dans la lettre suivante, je reviendrai sur les recommandations pouvant
être faites en matière de maintenance, afin de minimiser le risque
légionellose.
Roger CADIERGUES
