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Les conséquences techniques du risque légionellose (1)

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

Dans mes dernières lettres je vous avais promis de revenir sur les éléments fondamentaux du risque "légionellose". Voici la suite de cette présentation, en commençant par la mise au point datant de 1987.

Qu'entendez-vous par cette mise au point ?

La plupart de nos raisonnements techniques actuels reposent sur les connaissances concernant le développement des légionelles et des légionelloses, acquises pour l'essentiel dès 1986-87. Un congrès lyonnais a d'ailleurs regroupé, en 1987, un ensemble très complet d'études sur la légionellose (plus de 70 communications). Tous les exposés étaient biologiques et médicaux, à l'exception d'un seul (le mien) qui était technique et assez pauvre. Le plus surprenant, peut-être, était l'assez grand nombre d'études françaises. Le colloque était organisé par le Docteur Fleurette, et par son adjointe Nicolle Bornstein, qui - au sein du CNR de l'époque - avaient acquis une assez grande expérience, en particulier dans diverses stations thermales. Il est vrai également que nous avions eu, en 1986, une semaine de travail au sein de l'Organisation Mondiale de la Santé qui s'était traduite par un manuel de recommandations.

Pensez-vous, vraiment, que - dès cette époque - il était possible de faire le point ?

Absolument. Même si - plus tard - il nous a fallu acquérir une expérience plus précise du terrain. L'origine de cette réunion d'experts désignés par différents pays (une douzaine environ, dont votre serviteur pour la France, ainsi que Nicolle Bornstein) était une épidémie grave s'étant déclarée en Grande-Bretagne, à l'hôpital de Watford, sur des sujets en traitement ou venant consulter.
J'ai pu lire, à cette époque, le journal local de Watford. Sur cinq colonnes à la une (au sens strict, et non pas figuré), se trouvait au centre de la page une immense photographie du réfrigérant atmosphérique de la centrale électrique voisine ("déboutée" par la suite). Outre cette image sensationnelle par sa taille le journal avait choisi, pour l'article couvrant la totalité de la première page, le titre choc suivant : "LE VENT DE LA MORT". Cette présentation doit vous permettre de comprendre ce que fut, à cette époque, l'émotion du public, mais aussi des milieux médicaux et de l'OMS. Depuis lors, d'ailleurs, la Grande-Bretagne a considérablement élargi ses compétences en matière de légionellose, sous l'impulsion - en particulier - du Docteur Geoffrey Brundrett.

Quelles furent les principales conclusions. Sont-elles encore valables aujourd'hui ?

Je vais me limiter à un seul fait, très illustratif je pense pour ce qui nous concerne. Lors de la discussion de Copenhague, la crise de Watford fut d'abord attribuée à la centrale de climatisation de l'hôpital. Or jamais une telle source n'avait pu, jusque là et à mon sens, être mise en cause, la température régnant dans les centrales ne justifiant pas le développement des légionelles. J'avais suivi de très près toutes les expériences possibles, car ce sujet était crucial pour la climatisation, et n'avais finalement jamais recueilli de cas où la centrale de climatisation était directement responsable.

L'explication adoptée pour Watford était donc surprenante, d'autant que la légionellose y avait atteint des sujets venus en consultation qui n'avaient pas fréquenté la zone climatisée. Devant ces difficultés j'ai demandé au Docteur Brundrett de nous décrire les installations, et en particulier la tour de ruissellement qui desservait l'installation de climatisation. Cette tour artisanale était assez mal placée, et j'ai alors indiqué - en le soulignant par un schéma - qu'il pouvait y avoir un rabattement important du panache, y compris vers les fenêtres de la zone non climatisée. Ce n'était qu'un début d'explication. Mais, une fois retournée au pays, l'équipe britannique fort "sportivement" a décidé de procéder à l'analyse des panaches grâce à l'injection de traceur. Elle a, alors, retrouvé l'explication indiquée plus haut, attribuant la contamination au rabattement de panache : la tour était manifestement responsable, et non pas l'installation de climatisation elle-même.

Peut-on en conclure que, seules, les tours sont responsables ?

Certainement pas. Je ne prends ici les tours que comme exemple.

Roger CADIERGUES

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