Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Vous semblez insister sur les panaches, alors que l'administration et les textes administratifs français semblent insister sur la maintenance ?
Très honnêtement, je regrette que la maintenance soit considérée comme la solution miracle, même si elle est, à mon sens, plus que nécessaire : indispensable. Tout comme est nécessaire, et au minimum souhaitable dans bien des cas, le contrôle régulier des concentrations de légionelles dans les eaux. Mais attention : ni les contrôles, ni la maintenance ne vous mettent à l'abri (j'expliquerai plus loin pourquoi).
Faut-il, vraiment, indépendamment des contrôles, procéder à une maintenance systématique ?
Contrairement à une information tenace une "bonne" maintenance (qui reste un peu à définir) ne constitue pas une garantie totale. C'est néanmoins une disposition plus que "recommandable".
Dans certains cas l'administration décide de l'arrêt des tours. Cette décision étant insupportable dans un bon nombre de cas, que faire ?
C'est, là encore, une raison de plus de souligner qu'une tour de ruissellement peut desservir de nombreuses installations autres que de climatisation. Il est exact que l'arrêt peut être fonctionnellement inadmissible, dans le cas par exemple d'une installation de climatisation desservant un centre informatique de fonctionnement critique. Dans ce cas c'est au concepteur de l'installation de faire correctement son travail, et de prévoir cette situation d'urgence. Il ne faut pas oublier qu'il est possible de recourir à des refroidisseurs secs, ou sans panache. Ils sont, certes, plus coûteux en énergie, mais constituent une solution sûre. Ce n'est là, bien entendu, qu'une suggestion, pas une obligation. Faites-en tout de même votre profit, même si la technique du refroidissement sec est difficilement généralisable.
Revenons maintenant au contrôle et à la maintenance, dont vous avez affirmé que les procédures ne fournissaient pas une garantie totale ?
La raison en est très simple : les légionelles arrivent par le
réseau d'eau froide (où elles se protègent en partie dans
de véritables cocons de protéines). Elles s'incrustent plus ou
moins dans les dépôts du système, surtout dans les dépôts,
microbiens ou non, susceptibles de les nourrir. Elles vont ensuite se développer
avec la chaleur. L'illusion est de croire qu'il suffit de nettoyer et de stériliser
(en apparence) pour que la situation devienne saine. Prenons le cas du traitement
à base de chlore. Ce désinfectant va attaquer tous les dépôts
microbiens, en privilégiant d'abord les plus faciles. Malheureusement
les légionelles sont parmi les moins fragiles, et seront attaquées
vers la fin, sous réserve qu'il reste encore du chlore libre. Il se peut
très bien qu'il n'y en ait pas assez pour tout nettoyer … et pour
atteindre toutes les légionelles. Il se peut très bien que les
zones froides et stagnantes continuent à contenir des légionelles
sous leurs "cocons". Il se peut très bien que l'eau froide
du lendemain ré-alimente le circuit en légionelles. Tout le traitement
peut ainsi "s'effondrer".
Voici une autre illustration de ces incertitudes, dont je reconnais qu'elle
est inquiétante. Lors de la réunion OMS de 1986, tous les experts
se sont facilement mis d'accord sur les traitements à recommander (ils
figurent dans le rapport de 1987). Tout semblait donc en ordre …sauf à
tenir compte de la dernière remarque. Celle-ci portait sur le cas suivant,
traité selon ce qui avait été décidé :
- l'application du traitement "normalisé" s'est révélée
insuffisante le premier jour,
- et la même action, le deuxième jour, n'a pas été
non plus suffisante.
Quand je vous disais que les légionelles sont des êtres un peu
spéciaux, j'espère que vous en conviendrez, et que vous en tirerez
les conclusions qui s'imposent.
Dans notre prochaine lettre, j'aborderai le problème de la
stérilisation de l'eau, une solution qui m'a été plusieurs
fois suggérée par certains interlocuteurs.
Dans la lettre suivante, j'abandonnerai ces sujets afin de répondre
à différents correspondants qui se posent des questions sur les
réglementations énergétiques françaises ou européennes,
existantes ou à venir.
Roger CADIERGUES
