Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
La performance énergétique des bâtiments neufs est le sujet favori des communications actuelles. Malheureusement je constate que les informations qui m'arrivent ne sont pas réellement cohérentes, les discours lénifiants du style "tout va très bien" ne collant pas vraiment aux réalités.
Nous avons pourtant un excellent départ : le fameux accord de Kyoto ?
Malheureusement, même si les intentions sont bonnes, les responsables gouvernementaux de tous pays devraient y regarder à deux fois avant de signer de tels engagements : ils ne sont réellement applicables que s'ils sont praticables et organisés. Au lieu d'occulter ce qui se passe, il suffit de regarder le bilan fourni par l'Agence Européenne de l'Energie (EEA) : seules la Grande Bretagne et la Suède ont actuellement respecté les objectifs. J'attends donc de voir ce qu'on va faire, y compris dans ces deux pays, avant de décider. Et combien de temps on va se contenter de mots, au lieu de réalités.
Nous avons pourtant un excellent atout avec la réglementation française, la fameuse RT 2000.
C'est extrêmement pénible à dire, mais j'accumule les protestations d'interlocuteurs sur ces prétendues "règles de progrès". Le plus gênant est l'exemple qui m'est fourni par un correspondant qui, sur un cas particulier, produit un ensemble de bâtiments moins performants, au plan énergétique, que s'il avait appliqué la réglementation 1988 au lieu d'appliquer la RT 2000. Sans compter, bien entendu toutes les difficultés rencontrées par de nombreux bureaux d'études pour le tertiaire. Il suffit de consulter les numéros récents de deux revues ("Vecteur Gaz" n°56 de Janvier/Février 2004, "CVC" n°827 de Janvier/Février 2004) pour s'en convaincre. Je n'ai aucun conseil à donner sur ce sujet, sauf de faire le mieux possible, sans trop se préoccuper des textes. Je regrette que cette réglementation soit très souvent l'occasion de ne rien faire. C'est là, à mon avis, une très mauvaise conséquence des procédures actuelles.
En clair, que conseillez-vous ?
C'est, au moins, d'appliquer la RT 2000 avec intelligence. Voici un exemple.
Dans la réglementation de 1988 la règle de l'échantillonnage
obligeait à rendre conformes les 20 % de logements les plus défavorisés.
Dans la RT 2000, par le jeu des compensations on peut faire autrement. Ce qui
peut conduire, pour des logements défavorisés, à des résultats
très médiocres. A mon avis faire ainsi c'est - dans ce cas - une
faute du concepteur, et non pas de la réglementation.
Quant à l'évolution des logiciels c'est un problème qui
ne me concerne pas : je considère comme non recevable un règlement
"boîte noire" qui ne sait pas s'exprimer en langage clair. Voyez,
par exemple, la réglementation britannique, très facile à
appliquer avec Excel, mais qui, de toutes façons, s'appuie sur des relations
parfaitement exprimées en clair dans le texte réglementaire. Ce
devrait être une obligation.
En tous cas mon conseil est simple : respectez la RT 2000 autant que vous pouvez,
mais c'est un minimum insuffisant. Faites le mieux possible sans vous accrocher
aux textes.
Nous avons, par ailleurs, un excellent atout qui se prépare avec la certification énergétique européenne.
Détrompez-vous, non pas pour des raisons de délai comme on semble le supposer en France, mais pour des raisons de choix, celui qui a été adopté entraînant des impasses quasi-inévitables. A mon avis aucun pays n'est sorti clairement du sujet sans faire appel à des produits logiciels très développés, testés entre eux pendant plus d'une dizaine d'années : je veux faire allusion aux Etats-Unis, pour lesquels (quoi qu'on en pense) l'environnement général est souvent plus simple. Si vous prenez l'Europe, l'Allemagne ou la Grande-Bretagne par exemple, pays où les professionnels sont intervenus pourtant plus profondément, les cas aberrants s'imaginent facilement au sein des règlements actuels. Même si les textes sont plus clairs, les résultats incohérents sont à votre portée. Tout provient de l'illusion qu'il suffit de mettre au point des méthodes d'évaluation des consommations plus ou moins simples, en climatisation et en éclairage par exemple.
Dans notre prochaine lettre, nous poursuivrons sur les performances énergétiques.
Roger CADIERGUES
