Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Il est manifeste que les discussions ayant lieu, depuis un an, sur les risques liés aux "canicules" comportent un pourcentage trop élevé de réactions subjectives, accompagnées de nombreuses erreurs parfois très grossières. Nous allons essayer, progressivement, de les corriger.
Quelle est, finalement, la position que vous souhaitez prendre ?
Essentiellement de ne pas mettre tout dans un même moule, et d'essayer de ramener chacun à un peu de rationalité. Ce qui n'est pas toujours facile.
Pouvez-vous en donner un exemple ?
Comme il y en a d'assez nombreux, je vais en choisir un, dû à un de mes correspondants auquel je ne sais pas si vous pouvez répondre mieux que moi. Voici, résumée, la proposition. Dans une maison individuelle du sud-ouest de 120 m2 environ, je souhaite installer une petite climatisation dans la salle de séjour (en fait un climatiseur certifié), que je n'utiliserai, bien entendu, que lors de très grandes chaleurs, moins de 200 heures par an (sur deux mois environ). Or c'est un "scandale" au regard d'un "spécialiste" officiel implanté dans ma région, car cela correspond à un gaspillage d'énergie inadmissible. J'ai fait quelques calculs (sous-entendu "je souhaiterais votre avis") : si je réalise cette installation de climatisation j'aurai augmenté ma dépense beaucoup moins que si j'avais doublé le volume de mon réfrigérateur, et surtout moins que si j'avais construit un pavillon de 130 m2 (avec chauffage de ces 10 m2 supplémentaires) au lieu des 120 que j'ai prévu. Est-on sous le règne des allocations limitées ? Alors, si oui, qu'on interdise de dépasser, par famille, une certaine surface de logement et un certain volume de réfrigérateur - sans compter les lave-vaisselle et autres objets utiles. Que voulez-vous que je réponde à cette demande… Je n'ai pu qu'opiner. En me gardant bien de poser des questions supplémentaires, par exemple sur les modèles de voitures utilisées par ce ménage.
L'exemple est effectivement perturbant
Il est surtout indicatif de beaucoup de confusions. En voici une autre, due à une globalisation excessive. Lors d'une étude des fréquences de températures, sur une très longue durée, j'ai été conduit à étudier les fréquences très basses, ce qui m'a fait déboucher sur des résultats qui n'ont jamais été publiés, mais que je vais vous indiquer. Et ce au moyen du diagramme que vous trouverez ci-après.

Ce diagramme fournit les fréquences des températures maximales
très élevées dans différents sites (en nombre de
jours par an). L'avantage d'un tel diagramme est de permettre un classement
des sites plus précis que les classements habituels. Laissez de côté
ce qui concerne Nice (données douteuses). Vous constatez alors que la
France peur être découpée en quatre régions assez
homogènes.
1. La région de Brest (le Finistère) est nettement moins chaude
que le reste. Si j'avais pu inscrire sur ce diagramme les données relatives
à Londres ou au Royaume-Unis, vous y auriez trouvé des contours
très proches.
2. La plupart des régions de France (sauf au Sud) possèdent des
fréquences de hautes températures très voisines. Voyez
: Nancy, Nantes, Paris, Strasbourg. Vous y trouveriez Berlin, et vous y trouveriez
une grande partie de l'Europe continentale.
Se situent ensuite deux zones Sud, que l'on ferait aisément coïncider,
mais qui sont différentes.
3. Une zone relativement chaude la plupart du temps, mais méditerranéenne
(Marseille, Montpellier), le voisinage de la mer faisant que les canicules (fréquences
nettement inférieures à 1 jour par an) y sont relativement plus
rares que pour les suivantes.
4. Une zone Sud-Ouest, plutôt moins chaude en moyenne l'été
que la précédente, mais aux canicules plus fortes et plus fréquentes,
avec des profils tels que ceux de Lyon, Bordeaux ou surtout Toulouse (le record
français de température, antérieur à 2003, se situe
à Bergerac).
Par comparaison vous trouverez les valeurs d'Alger (mais toute l'Algérie
n'est pas du tout dans ce cas), et de Madrid ou Grenade (la partie centrale
de l'Espagne, alors que Barcelone est plus proche de Marseille que de Madrid).
Un simple examen de ces profils (n'oubliez pas que le risque existe dès
que nous approchons de 40 °C), suffit à faire comprendre pourquoi,
dans le cas de situation d'exception (0,1 jour par an par exemple) le site géographique
peut jouer un rôle important. Et pourquoi la climatisation de pointe (de
chaleur) peut être très différente en durée d'utilisation
selon le site. Extrapolez les courbes vers le bas, sachant qu'à 0,1 jour
par an (que vous ne voyez pas sur le diagramme) correspond 1 jour tous les dix
ans ! Tout cela, c'est le diagramme qui peut vous le suggérer.
Dans ma prochaine lettre,j'aborderai un thème qui vous paraîtra peut-être commun, celui des calculs économiques. Attendez-vous, quand même, à quelques surprises.
Roger CADIERGUES
