Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Avec tous ces regroupements qui vous paraissent inévitables, pourquoi
ne pas aller tout droit vers l'entreprise tous corps d'état, comme le sont
de plus en plus les bureaux d'études et les services ?
C'est une évolution certainement envisageable, mais il nous faut, alors,
aller jusqu'au bout.
Qu'appelez-vous "aller jusqu'au bout ?"
Tout simplement aller vers le système "conception-construction". Quand Jean Nouvel a triomphé au concours d'architecture de la grande tour de Tokyo, il s'attendait manifestement à des suites. Or on l'a gentiment remercié, ne retenant que son thème architectural. L'ensemble a été ensuite confié à un consortium "conception-construction, chargé de concevoir et aussi de réaliser la tour.
Cela signifie-t-il que nous allons vers cette solution totalement intégrée ?
Il est manifeste que, dans les pays anglo-saxons ou sous forte influence anglo-saxonne, le système "conception-construction" se développe lentement, mais plus ou moins inexorablement. Sous l'influence (surtout) du Japon et des USA. Bien qu'on n'en parle pas, la France est également touchée. En solution classique la multiplication des intervenants, même si elle paraît logique, s'accompagne d'un alourdissement des coûts et d'un manque croissant de coordination efficace : c'est là, à mon sens, le risque le plus sérieux. C'est du moins ce que les multiples anecdotes que j'ai pu recueillir m'ont nettement démontrées.
Pensez-vous que c'est la solution d'avenir ?
C'est en tous cas, la transposition de ce qui se pratique en fait dans presque toutes les autres industries : nos constructeurs automobiles ne font pas autrement, ils conçoivent et ils réalisent. Dire que le bâtiment, et l'architecture ne relèvent pas de la même conception, c'est largement se boucher les yeux et les oreilles : l'exemple de la tour de Tokyo est là pour le démontrer.
N'y a-t-il pas moyen de lutter contre cette tendance ?
Aux USA, et surtout en Grande-Bretagne on tente effectivement de s'y opposer en proposant de nouvelles solutions. La technique "anglaise", celle qui peut nous servir d'exemple, c'est ce que les Britanniques appellent le teamworking. Elle consiste à faire travailler ensemble le plus tôt possible, et sans acte juridique, les différents intervenants (de la préconception à la réalisation). A ma connaissance l'origine de cette démarche vient d'une étude des années 90 mettant en évidence les graves défauts et dysfonctionnements des méthodes classiques de construction, et ce à travers un rapport célèbre de Sir Michael Latham, souvent cité en Grande Bretagne, le "rapport Latham". Son titre constituait déjà la proposition de base, puisqu'il était intitulé : "Constructing the Team". Depuis c'est une nouvelle publication, de Sir John Eagan, qui est venue conforter cette tendance, avec un titre encore plus explicite : "Rethinking Construction". Différentes opérations britanniques réelles sont venues conforter les bénéfices de cette procédure, aussi bien sur le plan des délais que sur celui des coûts, sans compter une bien meilleure adéquation aux besoins. Faut-il "importer" cette idée, c'est la question que se posent, en France, quelques professionnels du génie climatique. J'ignore quel en sera le succès.
D'autres pays ont-ils adopté cette méthode ou proposé d'autres solutions ?
Je sais qu'aux USA plusieurs sociétés, d'ingénierie comme d'installation, s'y sont intéressées, mais sans qu'il soit encore très clair ce qu'en sont les résultats. Le plus intéressant, mais le plus mystérieux, dans ce pays, est ce qu'un des conseillers du syndicat des installateurs appelle "l'entreprise virtuelle", une sorte de montage du travail en équipe de tous les intervenants sous une forme rappelant le système "conception-construction", mais sans structure juridique réelle. Ne m'en demandez pas plus maintenant, j'attends des informations plus précises.
Roger CADIERGUES
