Le pays du désordre (2)

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

Qu'est t-il arrivé ?

Tout simplement le fait que les deux arrêtés précités ne fixent que les débits d'extraction, laissant au concepteur le soin de choisir les débits de soufflage assurant l'équilibre. Donc pas d'indication réelle quant aux débits de soufflage … et l'obligation, pour mon interlocuteur, de réfléchir tout seul afin de répondre à sa question de départ. Ce qu'il aurait d'ailleurs pu faire sans rien consulter, s'il s'était davantage méfié des normes et des règlements.

Ne s'agit-il pas d'un cas très particulier ?

Pas tellement. En fait nous accumulons, en France, une telle quantité de textes qu'il est extrêmement facile de s'y perdre. Et qu'on comprend le découragement de ceux dont le métier est déjà rendu difficile par les contraintes économiques de toutes sortes. Il s'agit là d'une plainte fréquente concernant les incohérences multiples dans l'organisation de nos textes de base. Car il s'agit de l'organisation, plus encore que des textes eux-mêmes. Prenez l'exemple des normes. Certains secteurs sont amplement garnis, même un peu trop dans certains cas. Alors que d'autres secteurs sont complètement négligés, et ne contiennent pratiquement rien. On a l'impression d'un caléidoscope dessiné au hasard. Ce n'est malheureusement pas tout d'ailleurs, le classement en différentes catégories étant également en cause.

Qu'entendez-vous par là ?

Que ce qui pourrait être couvert par des normes peut l'être par des arrêtés ou des circulaires. Par exemple, en désenfumage, ne cherchez pas une norme mais une circulaire. Toute cette organisation semble adoptée dans le plus complet désordre, au hasard du choix préféré des rédacteurs, soumis manifestement à des contraintes de délais et de formes. En gros, face à quelque problème que ce soit, vous ne savez plus où chercher. Il n'y a pas de plan précis : tout peut se trouver partout. C'est un peu comme si on vous disait : voici le labyrinthe, à vous de vous y retrouver. La situation n'est pas nouvelle, mais elle s'est très fortement aggravée ces dix dernières années. En particulier sous l'influence des obligations découlant de la normalisation européenne. Alors que le statut juridique français de la construction est assez particulier les normes sont adoptées sans en tenir compte..

Que peut-on y faire ?

Quand j'ai lancé cette lettre c'était avec des intentions bien précises d'information générale. Ces intentions se sont trouvées complètement débordées par le nombre et les demandes croissantes de ce que j'appelle ici mes "interlocuteurs". Quand j'essaie de résumer la demande de ces derniers, l'essentiel se résume à un appel à l'aide, modéré dans les termes, mais en réalité très profond, face à un désordre beaucoup trop croissant dans nos métiers. C'est à cet appel à l'aide, discret mais réel, que je vais tenter progressivement de répondre.

Dans ma prochaine lettre, j'essaierai d'expliquer pourquoi, à mon avis, il convient d'abord de se préparer au futur immédiat avant de passer aux actions quotidiennes, sur lesquelles nous reviendrons par la suite.

Roger CADIERGUES

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