Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Comme je l'ai indiqué dans ma dernière lettre, nous utilisons désormais une grande quantité d'acronymes. Tout se passe comme si chaque technologie n'est "moderne" que si elle peut être désignée par un acronyme. Un moyen de protéger les connaissances des spécialistes, mais plus que cela sans doute. Après les MEMs nous allons maintenant apprendre ce que sont IPv6, XML et SOAP.
Pourquoi tous ces nouveaux termes ?
Abandonnons la structure des MEMs pour un instant, et passons maintenant aux normes de communication, par suite de la prédominance des échanges entre les MEMs.eux-mêmes ou entre les MEMs et les opérateurs. C'est un domaine qui peut paraître complexe, c'est pourtant relativement simple.
Les multiples techniques de communication que nous connaissons actuellement ne vont-elles pas alourdir les techniques dont vous vantez la taille microscopique et le faible coût ?
Je ne le pense pas, pour de multiples raisons. La principale raison tient, à mon sens, au développement général des liaisons sans fil, hors MEMs pour l'essentiel. Là aussi j'ai bien peur que nos composants prennent un retard excessif, malgré les apparences, tant nos investissements climatiques sont finalement lourds et souvent dépassés. Il est vrai, également, que le domaine des communications modernes est étrangement chahuté. Mais ce ne sont pas des raisons suffisantes pour désespérer. Même face à un certain désordre apparent.
Que voulez-vous dire ?
Simplement que nous sommes actuellement en permanence secoués par des évolutions qui paraissent sans fin. Rien que pour assurer des communications locales sans fil autour des ordinateurs, des assistants numériques (PDA) ou des téléphones mobiles (y compris les "smartphones"), j'ai vu, ces derniers mois, le marché changer tous les mois. Les techniques à succès, l'infrarouge, puis les ondes radio (avec Bluetooth), se sont finalement vues doublées par "WiFi", une technique qui semble prévaloir de plus en plus, avec un contenu d'ailleurs plus ou moins confus. La question que l'on peut se poser est de savoir si c'est la fin des retournements. Sans parler, bien entendu, du retournement des liaisons avec fil : câble, téléphone ou même "CPL".
Dans votre discours vous semblez privilégier WiFi. De quoi s'agit-il ?
Il s'agit en fait de plusieurs procédés utilisant la même
convention de base : Wireless Ethernet. Ces systèmes ont connu plusieurs
"versions" successives : assez récemment 802.11b, puis 802.11g
maintenant. Passons sur ces nuances, et disons tout simplement "WiFi"
pour parler comme les commerciaux et pour désigner une technique semblant
gagner du terrain de façon rapide et prédominante, avec des applications
:
- à très faible distance (entre ordinateurs ou appareils intelligents),
- à distance moyenne (au sein d'un bâtiment : maison individuelle
ou hôtel par exemple),
- dans les campus universitaires ou au sein des communautés urbaines
(quartiers ou villes).
Il s'agit de communications radio à des fréquences (autorisées)
bien déterminées. Le "sens" initial de "WiFi"
a été un peu oublié, mais il n'est pas malséant
de rappeler ce que signifiait WiFi à l'origine. Voulant utiliser le succès
du terme "Hi-Fi", les auteurs du procédé l'ont appelé
: "Wireless Fidelity".
Reste un piège : tout ce développement des communications "matérielles"
est le bienvenu, mais encore faut-il que l'on n'échange pas n'importe
quoi. Et c'est là où il nous faut dépasser le domaine matériel
des communications, pour aborder celui de l'organisation des messages.
Qu'entendez-vous par là ?
Pour qu'on puisse utiliser sainement toutes ces techniques de communication, encore faut-il que les messages soient normalisés. Il faut, en dehors du choix "physique" (par exemple WiFi), faire un choix "intellectuel", celui de l'organisation des échanges. Lequel passe par deux conventions principales : la normalisation des adresses, la normalisation des structures des messages.
Pensez-vous vraiment qu'on puisse "normaliser" les adresses ?
Absolument, et c'est très simple : il suffit de recourir au système d'adressage Internet. Le système d'adressage actuel (IPv4) étant surchargé, se met en place un nouveau protocole (IPv6) qui modifie profondément la situation. Grâce à ce protocole nous allons pouvoir dépasser nos habitudes actuelles, où l'adressage ne concerne que les "humains". Nous allons pouvoir développer un adressage visant les "matériels" : chaque objet communiquant (chaque équipement pour ce qui nous concerne) pourra recevoir désormais une adresse. En effet, nous passons d'un système d'adressage (IPv4) de l'ordre de quatre milliards d'adresses à un système (IPv6) couvrant trois milliards de milliards de milliards de milliards (3.1038) d'adresses. C'est un changement de dimension profondément révolutionnaire.
En quoi pensez-vous qu'il s'agit d'un changement profond pour nos techniques ?
Tout simplement, comme je l'ai dit, parce qu'on va pouvoir adresser sans problème la plupart des composants de nos installations. Et non plus seulement les humains possesseurs d'une liaison Internet.
Vous avez également fait allusion, outre l'évolution de l'adressage, à la normalisation de forme des échanges. Qu'entendez-vous par là ?
D'une disposition dès maintenant acceptée par tous, analogue à
une véritable norme internationale qui fut d'abord destinée à
Internet : le "langage" XML. Il s'agit de structurer les messages
de façon à les rendre parfaitement compréhensibles partout
et par tous. Ajoutez-y la convention, également universelle, d'échange
entre plate-formes différentes au moyen du protocole unifié SOAP
(Simple Object Access Protocol) qui permet d'exécuter des procédures
sur des unités distantes.
Détailler XML et SVG (XML pour les dessins techniques), ainsi que SOAP,
dépasserait les limites de notre lettre d'aujourd'hui. Je vous propose
donc que nous nous arrêtions là.
Dans ma prochaine lettre, j'interromprai la série que nous venons d'engager sur les "nouvelles technologies" afin de me consacrer à une déferlante immédiate et préoccupante, celle des directives et des normes européennes concernant nos métiers, particulièrement la certification énergétique.
Roger CADIERGUES
