Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Dans ma lettre précédente j'ai souligné l'apparition d'une nouvelle norme européenne relative à la ventilation des logements. Comment réagir face à ce texte, surtout compte tenu du texte réglementaire français existant en la matière ?
La normalisation que vous citez étant apparemment inexorable, la seule question qui se pose est de savoir comment l'appliquer ?
Voyons d'abord les détails, car cette norme présente quelques
caractéristiques qui lui sont propres :
- elle travaille en débit "réel", et non pas "en
débit normé" comme la réglementation française,
- elle travaille en dm3/s, pour cacher qu'il s'agit de litre par seconde [L/s]
(merci pour les techniciens français qui travaillent en m3/h).
Je rappelle que la réglementation française est fixée par
l'arrêté du 24 Mars 1982 relatif à l'aération des
logements, et qu'elle n'est finalement pas concernée par cette norme
(sauf sur un point très particulier de terminologie).
La cohérence réglementaire est-elle suffisante avec la nouvelle norme européenne ?
A peu près. L'arrêté français fixe en effet de simples
règles de choix des systèmes et des débits d'extraction
:
* (Article 1) "L'aération des logements doit pouvoir être
générale et permanente au moins pendant la période où
la température extérieure oblige à maintenir les fenêtres
fermées …". "La circulation de l'air doit pouvoir se faire
principalement par entrée d'air dans les pièces principales et
sortir par les pièces de service".
Quant aux débits d'extraction dans les pièces de service, ils
sont fixés dans l'arrêté, selon le nombre de pièces
principales du logement, par un tableau classique concernant les locaux en cause
: cuisines, salles d'eau, cabinets d'aisance. Rien, dans la nouvelle norme européenne,
ne vient remplacer, ou obliger à modifier ces dispositions.
Les normes et DTU actuels de la ventilation ne sont-ils pas concernés ?
Si l'on excepte les bouches d'entrées d'air et d'extraction (VMC), qui ne sont pas vraiment concernées par la nouvelle norme européenne, et si l'on excepte deux détails majeurs que nous aurons inévitablement à discuter, les dispositions françaises actuelles ne sont pas affectées par la norme, dont le niveau hiérarchique est d'ailleurs inférieur à celui de l'arrêté. La seule question qu'on peut se poser est celle du maintien de l'ex DTU 68-1, devenu norme expérimentale XP P50-410. Son intérêt n'est plus à priori très évident. En fait, il n'y a pas vraiment de contradictions entre la nouvelle norme et le DTU, la nouvelle norme abordant - malgré son titre - d'autres sujets.
Il n'y a donc aucune difficulté à appliquer la nouvelle norme européenne ?
Doucement, n'allez pas si vite, car il y a plusieurs problèmes derrière
cette norme.
1. Ses ambitions sont déplacées, "académiques",
et douteuses.
2. La méthode de calcul qu'elle recommande est très laborieuse.
3. Elle a une position maladroite (c'est le moins qu'on puisse dire) sur les
bouches "auto-réglables".
Qu'entendez-vous par "ambition déplacée" ?
Le texte normatif se veut précis alors qu'il repose sur des données (actions du vent et du tirage) dont le moins qu'on puisse dire est qu'il est difficile - sinon impossible - de les forfaitiser, surtout en ventilation naturelle. La principale raison de ce défaut en est (ce qui est, à mon sens, une mauvaise idée) la volonté de la norme de traiter simultanément la ventilation naturelle (alors que le vent et le tirage y sont les moteurs), et la ventilation mécanique (pour laquelle le vent et le tirage ne sont que des paramètres perturbateurs qu'on peut relativement bien maîtriser).
Pourquoi, selon vous, la méthode de calcul est-elle trop "laborieuse" ?
La méthode proposée, est - au sens mathématique - itérative. Ce qui signifie qu'elle est pratiquement inapplicable sans ordinateur, et que - même dans ce cas - les saisies et les calculs restent assez longuets. En clair, si l'on calcule des déperditions, il faudra passer beaucoup plus de temps (à l'ordinateur) à calculer les charges de ventilation qu'à calculer les autres composants, les échanges par les parois par exemple. Dans l'ensemble, au moment où les honoraires et les prix ont nettement tendance à se rétrécir, l'arrivée d'un calcul surchargé, qui se veut pourtant "précis" alors que c'est douteux, ne va sûrement pas faciliter la tâche des bureaux d'études d'ingénierie ou d'entreprise.
Y a t-il quand même moyen d'utiliser la démarche de calcul proposée par la norme ?
Outre le fait que la méthode utilise un classement assez spécial des logements, le plus gênant est qu'elle fait appel à une grande quantité d'équations (que les mathématiciens chevronnés diraient "transcendantes"), difficiles à exploiter. En clair, ne me demandez pas de vous exposer des formules relativement complexes, alors que je suis pas sûr que l'ensemble soit bien équilibré, et surtout bien adapté aux techniques françaises de VMC que, dans beaucoup de pays européens (et dans la norme européenne dans la foulée), on continue à ignorer.
Sur quels aspects particuliers porte votre troisième critique concernant les bouches ?
La méthode proposée semble simplement "oubliée"
les bouches auto-réglables. Je sais bien qu'avec un peu de bonne volonté
on peut adapter la méthode normalisée à ce cas assez fréquent
en France, mais c'est tout de même un sérieux défaut. D'autant
que les formules à adopter doivent être très différentes,
et ne figurent pas dans la norme. Je pourrais d'ailleurs y ajouter une quatrième
et une cinquième critiques :
- la méthode normalisée oublie également les inserts,
- la traduction française (l'AFNOR est pourtant responsable de ces traductions)
est de très médiocre qualité.
Ce dernier défaut n'est peut-être pas si grave ?
Permettez-moi d'en douter : ceci fera d'ailleurs l'objet d'une lettre ultérieure.
Dans ma prochaine lettre, j'aborderai les problèmes techniques et juridiques de la ventilation, un sujet qui semble susciter bien des confusions, qui est d'ailleurs suffisamment complexe pour que nous soyons obligés d'y consacrer plusieurs lettres.
Roger CADIERGUES
