Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Je dois avouer que j'ai beaucoup de mal à me faire comprendre sur les problèmes de ventilation. Certains de mes interlocuteurs vont même jusqu'à rêver d'une réglementation unique qui réglerait tous les problèmes. A mon avis, ce serait globalement l'inverse, et ce pour des raisons techniques aussi bien que juridiques.
Qu'entendez-vous par là ?
Pour aborder ce problème je me propose de le scinder en trois domaines
assez différents :
- la ventilation résidentielle d'abord,
- la ventilation générale tertiaire et professionnelle ensuite,
- les ventilations que je dirai "spécifiques" (cuisines, piscines,
ateliers spéciaux, salles propres, etc...).
Commençons par la ventilation résidentielle, où - en France
- nous avons choisi comme critère de conception et de calcul l'humidité
des locaux desservis.
Passons donc à ce premier domaine
La ventilation résidentielle, comme les autres techniques de ventilation,
pose deux problèmes essentiels, le deuxième étant fréquemment
mal interprété :
1. le choix du critère permettant de fixer les débits de ventilation,
2. le choix du cadre juridique le plus adéquat.
Commençons donc par le critère de calcul des débits
Pour ce faire d'abord un rappel "historique". Tout au début
des années 1960 les Houillères du Nord ont souhaité que
j'examine les problèmes qui leur étaient posés par de nouveaux
corons qu'ils suspectaient de fautes de construction. Il s'agissait de maisons
individuelles en bandes, d'environ un an d'âge, construites au moyen de
grands panneaux préfabriqués en béton. C'est ainsi que
j'ai visité un peu plus d'une vingtaine de maisons individuelles, toutes
les mêmes à l'extérieur, habitées surtout par des
familles polonaises immigrées dont le chef de famille était mineur
aux Houillères.
J'ai très rapidement constaté, à l'intérieur de
ces maisons, une très grande variété de situations. L'une
de ces maisons était tenue comme un vrai bijou, très propre et
très claire. A l'autre extrême une autre était couverte
de moisissures dans les chambres et dans la salle de séjour, cette dernière
étant d'ailleurs occupée par le tas de charbon que les Houillères
offraient à ces mineurs. Entre ces deux cas extrêmes, toutes les
situations étaient possibles, mais avec une très forte proportion
de maisons rongées par les moisissures, surtout dans les coins. Il apparaissait
très nettement que la variété des situations n'était
pas un problème de construction : c'était un problème de
comportement des occupants.
Trois éléments se conjuguaient pour rendre les situations parfois
inacceptables :
- dans les mauvais cas une très médiocre ventilation (pas d'ouverture
systématique de fenêtre, pas de dispositif de ventilation : nous
étions encore loin de la réglementation en la matière sauf
à faire appel aux foyers ouverts et aux "cheminées"
qui n'existaient pas dans ce site),
- dans les mauvais cas un chauffage très insuffisant, par souci d'économie
et par habitude, allant jusqu'à recourir au seul "chauffage"
par la cuisinière de la cuisine, avec son café dormant en permanence,
- et, enfin, dans tous les cas un défaut d'isolation, les grands panneaux
en béton contenant bien une couche isolante mais le cadre de ces panneaux
étant en béton, ce cadre dont les bords étaient justement
les préférés des moisissures.
Quels ont été les remèdes ?
Essentiellement des conseils de comportement, car il n'était guère possible d'aller au-delà. Mais il était possible d'en tirer des conclusions qui allaient nous servir dans l'avenir.
Etait-il, par exemple, possible de supprimer les ponts thermiques ?
Pratiquement pas sur cet ensemble, mais oui dans l'évolution ultérieure du système constructif. De plus l'année suivante le Manuel des Industries Thermiques proposa, pour les déperditions, un mode simple de prise en compte des ponts thermiques au travers de la méthode russe (calcul basé sur les dimensions extérieures). Plus tard les ponts furent introduits dans les DTU sous une forme voisine de celle que vous connaissez, même si les coefficients ont beaucoup changé - un point sur lequel il faudra bien que nous revenions.
Etait-il également possible d'améliorer la ventilation ?
Pratiquement seule l'amélioration du comportement était envisageable. Ce n'est que par la suite que furent tirées les conséquences de cette situation, assez dramatique dans certains cas je le reconnais..
Dans ma prochaine lettre, je continuerai à aborder les problèmes techniques et juridiques de la ventilation.
Roger CADIERGUES
