VMC ou pas VMC ?

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

Dans ma dernière lettre j'ai raconté l'histoire des "corons du Nord" telle que je l'ai connue, sans l'image idyllique de Pierre Bachelet, mais avec l'image angoissante de dizaines de logements rongés par les moisissures. D'autres spécialistes, avec d'autres exemples, devaient connaître des situations analogues, mais un peu moins graves. En fait nous n'eûmes, par la suite, aucune difficulté à parvenir à un ensemble de propositions cohérentes.

Pouvez-vous citer d'autres exemples que ceux cités dans la précédente lettre ?

Ce serait possible, mais sans intérêt immédiat. Ce qui est important c'est qu'à l'époque envisagée d'autres organismes que le COSTIC, le CSTB en particulier, et d'autres "experts" furent confrontés à des cas analogues. D'où l'idée clé qu'en matière d'habitat le critère de ventilation devait être l'humidité. Ce qui donna lieu plus tard à la mise au point par Pierre JARDINIER de la ventilation dite "hygroréglable". C'est d'ailleurs à Pierre JARDINIER que l'on doit l'essentiel des propositions qui aboutirent auparavant à la "VMC" "à la française", avec des bouches d'entrée d'air dites "autoréglables". En fait, il fut alors décidé d'adopter en France un système mis au point en Suède, mais en l'accompagnant de dispositions particulières.

Quel est ce système suédois ?

Essentiellement conçu pour les logements collectifs, l'une des premières réalisations pour lesquelles ce système suédois m'a été présenté concrètement date de 1963. A cette époque Louis VOILLOT est venu me consulter car il prévoyait une application du système "suédois" à la ventilation d'un immeuble collectif en construction à Paris. Il est bien évident que je ne pouvais qu'être favorable, d'autant que le système suédois ne devait rien au hasard, ni à une initiative purement commerciale. Fallait-il importer ou pas, très vite la question fut dépassée.

Qu'entendez-vous par-là ?

Les faits suivants vont certainement vous éclairer. Quelques années après cette visite, il m'a semblé qu'il fallait faire connaître en France l'expérience suédoise. J'ai, pour cela, fait appel à John RYDBERG, un des meilleurs spécialistes suédois du génie climatique de cette époque. Malheureusement John RYDBERG a été, et reste largement méconnu hors des pays scandinaves alors qu'il a conçu le meilleur ensemble d'outils du génie climatique. En chauffage par rayonnement par exemple où il fut l'un de premiers à fournir une méthode de calcul valable. J'ai demandé à John RYDBERG de présenter, dans le cadre des journées organisées avec André MISSENARD, un exposé sur les techniques suédoises de ventilation, ce qu'il fit fort gentiment, avec sa modestie habituelle.

Qu'en est-il sorti ?

Une présentation très claire des expériences sur logements collectifs menées à la fin des années 1930 (je dis bien "1930") en Suède. Les pertes aérauliques en climat froid, face à une isolation thermique des parois renforcées, constituaient déjà un défi, un défaut contre lequel il était indispensable de lutter. Pour ce faire, il était nécessaire de maîtriser les débits de ventilation. Ainsi est née, en Suède et à la fin des années 1930, la "Kontrollventilation", autrement dit la ventilation contrôlée. La majorité des tests fut effectuée en ventilation naturelle, avec des conduits verticaux. Au bout de plusieurs années il devint manifeste que la solution "naturelle" n'était pas satisfaisante, et qu'il fallait passer à la ventilation mécanique, dont plusieurs tests avaient déjà prouvé la validité. Ainsi naquirent, en Suède, d'abord la ventilation "contrôlée" (naturelle), puis la "ventilation mécanique contrôlée", la seule reconnue comme véritablement efficace en collectif. C'est ce que nous avons appelé la "VMC".

En clair une solution, devenue par la suite réglementaire, cernant parfaitement le problème

Oui pendant bien des années, mais avec une mauvaise surprise ces derniers mois : la norme européenne dont j'ai parlé dans mes lettres précédentes.

Pourquoi ce désordre ?

Une raison très simple et très curieuse : les pays scandinaves et la France, depuis plus de 40 ans, vivent avec une ventilation résidentielle bien précise, que semble largement "ignorer" la majorité des autres pays européens. Ce fut toujours, pour moi, une surprise que de constater ce décalage. Que vous aurez peut-être de la peine à croire, mais qui est bien réel. Le résultat c'est que nous aboutissons aujourd'hui à une norme européenne - celle dont j'ai déjà parlé - qui se traduit pour nous plus par une régression que par un progrès. Je ne veux pas dire que la ventilation mécanique est ailleurs inconnue, mais je veux dire que la manière de l'aborder n'est généralement pas cohérente avec la nôtre. De toutes façons il faut bien constater une confusion très fréquente entre :
- d'une part la ventilation des maisons individuelles, qui reste souvent en France "simplifiée",
- et d'autre part la ventilation des logements collectifs, où - comme en Suède - le recours à la VMC reste la solution la plus raisonnable.

Dans ma prochaine lettre, je continuerai à aborder les problèmes techniques et juridiques de la ventilation, mais en me concentrant cette fois sur le tertiaire et le professionnel.

Roger CADIERGUES

Newsletter : Abonnez-vous !
En validant ce formulaire, vous acceptez que les informations saisies soient transmises à l’entreprise concernée dans le strict respect de la réglementation RGPD sur les données personnelles. Pour connaitre et exercer vos droits, vous pouvez consulter notre politique de confidentialité