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Le génie climatique face à ses crises ... mais aussi face à son avenir

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

Avant d'engager de nouveaux thèmes, dont je vous reparlerai bientôt, il m'a semblé nécessaire de recadrer l'avenir de nos métiers du génie climatique, sans en cacher pour autant les crises actuelles. Plaidoyer d'un révolutionnaire pour que le génie climatique recouvre la liberté qu'il n'aurait jamais dû perdre : peut-être …

Qu'entendez-vous par là ?

Il s'agit de faire un bilan très simple, mais aussi très prospectif des métiers du génie climatique. Depuis 40 ans les installateurs, puis l'ingénierie, victimes de coûts croissants et d'une bataille de prix excessive, se sont progressivement déshabillés de leur rôle, un très petit nombre d'entre eux seulement réussissant à en éviter les pièges. D'où la question qu'il me semble normal de poser : désormais le génie climatique de qualité va t-il ressurgir, oui ou non, et sous quelle forme ?

La situation est-elle, selon vous, si mauvaise ?

Mauvaise, oui. Parce que, dans un trop grand nombre de cas on est obligé d'obvier aux fuites de responsabilités multiples qui jalonnent un grand nombre de marchés actuels du bâtiment. Et ce sous la forme de cataplasmes du genre "commissionnement". Ou sous la forme d'un flot de règlements et de normes accompagné de circulaires ou de notices techniques, qui visent à "remplir les vides", ou à corriger les insuffisances. En superposant éventuellement les contrôleurs et les règlements les uns après les autres.

N'est-ce pas exagéré, et que faire ?

Je ne pense pas que ce soit exagéré. Par contre, plusieurs initiatives récentes me permettent d'espérer de vrais retournements.

Qu'entendez-vous par là ?

Des retournements de différents niveaux : l'évolution même du génie climatique d'abord (sur laquelle je vais revenir), le renouvellement des hommes et des femmes de ces métiers (un sujet qu' il nous faudra bien un jour reprendre), le renouvellement des outils (dont j'espère également, un jour prochain, vous entretenir avec des propositions concrètes). Avant de revenir sur le génie climatique il n'est d'ailleurs pas mauvais de voir si l'on peut vraiment en définir les futurs contours.

Pensez-vous vraiment que ces contours puissent évoluer ?

Lorsque j'ai lancé ce terme "génie climatique" au début des années 60, sans prévoir son succès :

- c'était pour éviter de traîner une désignation abusivement longue : "chauffage, ventilation, conditionnement d'air et techniques connexes …",
- mais c'était surtout pour essayer de regrouper rationnellement l'ensemble des "climats artificiels" en y incluant par exemple l'éclairage.

Cette définition élargie n'a eu aucun succès immédiat, mais la situation a, depuis, beaucoup changé.

Dans de nombreux pays, par exemple en Grande-Bretagne avec le CIBSE (Chartered Institude of Building Services Engineers), il y a plus de 20 ans que l'effort de regroupement de l'ensemble de l'équipement technique (Building Services) est réalisé, éclairage compris bien sûr, mais aussi "ascenseurs" par exemple. Ce qui prouve bien que, progressivement, les contours évoluent.

Si je vous comprends bien vous voulez dépasser les frontières actuelles du génie climatique en songeant à celles de l'équipement technique ?

Je vais bien au-delà, car je ne suis pas convaincu que les frontières "équipement technique" elles-mêmes seront tenues. Je me demande si d'autres considérations ne vont pas encore élargir l'horizon technique de ce qui fait encore partie du bâtiment, mais qui pourrait bien, tôt ou tard, s'en éloigner, sinon s'en séparer clairement. Et ce pour deux raisons, mais en distinguant bien le résidentiel du non-résidentiel.

Qu'entendez-vous par là ?

Comme nous l'avons vu par exemple en ventilation, les objectifs et le cadre réglementaire normal ne sont pas identiques selon qu'on se trouve en résidentiel (individuel ou collectif), ou en tertiaire et professionnel. Dans ce dernier cas une prise en compte économique correcte oblige à ne pas considérer le bâtiment comme un investissement neutre et à long terme, mais comme un outil de production. Faisant alors partie intégrante d'un capital évolutif dans son contenu matériel le bâtiment n'est plus une dépense de fond, c'est une partie intégrante de la gestion. A partir de là, l'investissement en cause se scinde naturellement en deux :
- ce qui va "rester" plus ou moins tel quel, les structures pour l'essentiel,
- ce qui va "vivre", et souvent évoluer afin de s'adapter aux futurs besoins ou aux évolutions des techniques, l'équipement technique bien sûr, mais bien au-delà.

Ce n'est pas une utopie, car je vois ces remises en cause croître dans l'esprit des économistes d'entreprise, voulant à tout prix distinguer les investissements (passifs) et les outils (actifs). C'est une véritable révolution, quoi qu'on en pense. Et bien que le génie climatique n'ait vraiment été rattaché au bâtiment que depuis à peine plus de cinquante ans, sa position réelle va de nouveau se poser. Une perspective, en tous cas, à ne pas oublier dans nos examens ultérieurs.

C'est dans cet esprit que, dans ma prochaine lettre, je reviendrai sur ce thème, mais en me concentrant sur les aspects matériels que nous allons progressivement développer.

Roger CADIERGUES

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