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Au secours de la langue française ...

Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019

Un nombre croissant de textes réglementaires ou para-réglementaires (normes) font fi des exigences de tous les puristes de la langue française. Chacun peut estimer que c'est un peu secondaire. Voire, comme l'exemple que je vais traiter va vous le montrer.

Pourquoi cet appel ?

Parce qu'il existe des conventions bien précises en matière de langue. Des conventions qui peuvent parfois paraître superflues, mais qui sont parfois d'importances pratiques et juridiques incontestables.

Pouvez-vous citer des exemples ?

J'en choisirai trois, avec des répercussions pratiques incontestables dans au moins deux cas sur trois.

Le premier exemple est le suivant : il est indispensable de bien distinguer "gaines et "conduit (d'air)". Cette distinction est fondamentale pour les textes et commissions de sécurité. Dans le domaine de la protection contre l'incendie :
- il est possible de "couper" une gaine par un élément coupe-feu,
- il n'est pas possible de le faire pour un conduit d'air.

Ce qui induit des dispositions différentes de lutte contre l'incendie, que l'on a quelquefois de la peine à faire comprendre aux partenaires de la construction. Ne serait-ce que pour éviter (ce n'est pas un rêve car j'ai vu cette proposition d'un maître d'œuvre) de voir "couper" un conduit d'air par un opercule coupe-feu.

Vous avez promis d'autres exemples ?

Il s'agit du texte de la norme sur la ventilation que j'ai citée dans la lettre précédente :

- NF E 51-736 (Juin 2004). Ventilation des bâtiments. Méthodes de calcul pour la détermination des débits d'air dans les logements. J'ai en effet critiqué le français de cette norme, et en voici un exemple touchant directement le document que je viens de citer. Il s'agit du terme "aération" que la nouvelle norme précitée définit comme : "ventilation naturelle réalisée par l'ouverture des fenêtres". Or l'arrêté de 1982 (prévalent en la matière), consacré à l'aération, ne limite pas du tout le sens de ce terme à l'ouverture des fenêtres. Il y a donc contradiction absolue entre l'arrêté et la norme. Et c'est l'arrêté qui a raison : si je consulte le Dictionnaire de l'Académie (neuvième édition), "aération" y est défini comme l'action d'aérer, et "aérer" y est défini comme "assainir en renouvelant l'air". La définition de la nouvelle norme est donc tout à fait erronée.

N'est-ce pas la faute du Comité Européen de Normalisation ?

Hélas non. Il est en effet convenu, au niveau européen, que c'est l'AFNOR qui est chargée des textes français. Le moins qu'on puisse exiger est qu'ils soient corrects.

N'est-ce pas un cas particulier qu'il faut pardonner ?

Hélas, alors que jadis les normalisateurs se faisaient les défenseurs de la langue française, les dérapages deviennent maintenant de plus en plus fréquents ... Dans une récente commission de normalisation qui examinait la norme des déperditions, celles-ci étaient appelées "déperditions calorifiques". J'ai proposé de remplacer ce dernier qualificatif par "déperditions thermiques", ce qui fut accepté. Malheureusement la publication finale est revenue en arrière, et a retenu le vocable initial de "déperditions calorifiques". Ce qui signifie (Dictionnaire de l'Académie précité) "qui produisent de la chaleur". Et n'a, ici, aucun sens. Il en est de même des unités traitées avec beaucoup trop d'erreurs : dans la nouvelle norme française (et européenne) une différence de température est explicitement exprimée en °C, ce qui est complètement contraire à la normalisation internationale.

Ne pensez-vous pas, quand même, souhaitable que l'on tente de normaliser la terminologie ?

C'est une intention louable, et qu'il faut soutenir. En souhaitant que nos organismes de normalisation y attachent une beaucoup plus grande importance. Ceci dit, ce travail se heurte à une difficulté qui ne concerne pas que la langue française. Pour des raisons multiples l'essentiel du travail européen de normalisation s'effectue en anglais, chaque autre langue possédant un responsable de la traduction, l'AFNOR pour ce qui concerne le français. Il existe malheureusement un écueil à cette procédure, ce qu'une publication récente a traduit par le "Dictionnaire des intraduisibles". En clair, on peut tout expliquer, mais on ne peut pas forcément traduire chaque mot par un terme de même contenu. Et ce par suite d'une longue histoire de chaque langue.

Reprenez l'exemple cité plus haut : une nouvelle norme NF définit l'aération comme étant la "ventilation naturelle réalisée par l'ouverture des fenêtres". Or l'arrêté français de 1982 (prévalent en la matière), consacré justement à l'aération, ne confond pas du tout ce terme avec la simple ouverture des fenêtres, et lui donne un sens général. Il y a donc contradiction absolue entre l'arrêté précité et la norme. C'est l'arrêté qui a, en plus, linguistiquement raison. Si je consulte le Dictionnaire de 'Académie, "aération" y est définie comme l'action d'aérer, et "aérer" y est défini comme "assainir en renouvelant l'air".. Non pas "ouvrir les fenêtres". Il faut donc trouver autre chose qu' "aération" pour qualifier l'ouverture des fenêtres.

Roger CADIERGUES

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