Par Roger CADIERGUES le 04 Juillet 2019
Pour des raisons diverses 2006 devrait constituer, pour nos métiers, une année charnière. Il est un peu trop tôt pour parler de "révolutions", mais on peut, au minimum - parler de "demi-révolutions".
Vous aviez annoncé trois "révolutions" : laquelle sera aujourd'hui notre objectif ?
Il s'agit d'une évolution sur laquelle il ne faudrait pas se tromper. Vouloir régler uniquement par la réglementation les problèmes dont je vais parler n'est certainement pas la bonne solution. Il faut, dans l'optique dont je vais parler, une initiative continue et ardente des professionnels couplée avec une adhésion forte des consommateurs. Cette initiative de tous, éventuellement prise en compte par les certificats blancs, est celle de ce que nous nommerons symboliquement le développement intensif des "services d'accompagnement".
De quoi s'agit-il réellement, la notion de service n'étant pas nouvelle ?
Vous avez parfaitement raison, mais examinons ce qui se passe dans nos installations techniques : la réalisation dure quelque mois alors que la vie réelle s'étend sur des dizaines d'années. Quelle que soit la qualité initiale de la conception, chacun sait que les performances finales sont liées, parfois très étroitement, aux accompagnements majeurs : mise au point, conduite correcte, maintenance préventive et corrective, diagnostics performants, modernisations et refontes éventuelles. La vie d'une installation est finalement beaucoup plus longue que celle de son accouchement. C'est de cette vie essentielle de l'installation qu'il faut d'abord se préoccuper. Et cela concerne plus encore l'existant que le neuf.
Que peut-on faire ?
Surtout pas des lois ou des normes, mais favoriser et aider l'émergence de davantage d' hommes et de femmes responsables et formés ou expérimentés. L'habitude s'est trop facilement prise d'agir en fonction de textes gouvernementaux, quitte même à ne pas les appliquer. Il s'agit maintenant de redonner toute sa valeur à la responsabilité technique et économique des intervenants. C'est devenu si inhabituel que je n'hésite pas à parler de "mini-révolution".
Pouvons-nous maintenant aborder votre "troisième révolution" ?
Ne parlez pas, là aussi, de révolution, car il s'agit plutôt d'une évolution potentielle, celle des outils mis à la disposition de nos métiers. Cette notion d'outils est très importante, car l'ensemble de ce dont nous disposons a manifestement beaucoup vieilli. J'ai eu l'occasion, en 2004-2005, de me pencher sur les informations et les outils du génie climatique disponibles en France comme en Europe ou aux Etats-Unis. Le résultat n'est pas, dans l'ensemble très brillant au plan européen. Il est d'ailleurs assez facile de déceler l'une des difficultés majeures de l'Europe sur ce sujet : le coût de mise au point des données et des outils du génie climatique est trop élevé pour être facilement accepté dans chaque langue et chaque pays sans des compensations financières souvent trop élevées. Même si l'on surmonte cet obstacle (ce qui n'est d'ailleurs pas facile), il est clair que l'informatique et Internet joueront un rôle clé. Reste à savoir si ces recours suffiront à résoudre le problème, je crains que non.
Tout ceci semblant conforme à des évolutions normales, pourquoi parlez-vous de "révolution 2006" ?
Il ne s'agit pas de révolution, mais d'évolution encore incertaine. La plupart des intervenants de nos métiers ne travaillent pas seuls, et opèrent au sein de communautés diverses : entreprises, bureaux d'études, etc. Va t-on enfin voir se développer des "réseaux d'entreprise", telle est l'une des premières questions qui se posent aux développeurs d'outils. Je pense que cette tendance vers les réseaux internes est inexorable et souhaitable, sous réserve d'opter de préférence pour le mode "client-serveur". Avec un partage de responsabilités logiques entre serveur et postes clients.
Y-a-t-il là source de modifications fortes ?
Oui sur le plan matériel dans bien des cas. Mais une fois le cap passé - ce qui n'est plus très difficile étant donné les efforts actuels en faveur des PME par exemple - reste à définir comment doivent être conçus les outils finaux.
Les logiciels bureautiques et techniques actuels ne sont-ils pas suffisants ?
C'est tout le problème qui va se poser en 2006. Surtout (ce qui peut vous surprendre) par suite des évolutions bureautiques prévisibles. Aujourd'hui la majorité des postes sont équipés de Microsoft Office, Word pour l'essentiel, Excel également dans d'assez nombreux cas. Le "risque" c'est que tout continue dans cette voie, séparant la "bureautique" et le "technique".
Qu'entendez-vous par là ?
Mettons triplement les choses au point. en examinant la bureautique.
1. Microsoft Office n'est plus seul sur le marché : il existe un concurrent
redoutable OpenOffice (.org), pratiquement gratuit, qui remplace déjà
Office dans d'assez nombreuses administrations publiques.
2. Mais ce qui est le plus important c'est que nous allons voir apparaître
la deuxième édition d'Open Office, laquelle fait plus que concurrencer
Office 2003 dans les fonctions de base (traitement de texte, tableur) tout autant
que dans les fonctions associées (base de données, dessin, etc.).
Bien qu'Open Office 2.0 n'existe encore qu'en version bêta on peut déjà
en constater les très nombreuses avancées qui en font un produit
beaucoup plus puissant que Microsoft Office 2003.
3. Dernière touche : OpenOffice version 2.0 (version finale) paraîtra
vraisemblablement en 2006, mais Microsoft Office lancera alors sa version 12,
qui est une version très concurrente d'OpenOffice 2, sur certains points
même supérieure, concurrence violente oblige !
Tout cela ne concerne que la bureautique ?
Absolument pas, et c'est là où est le piège, Open Office comme Microsoft Office pouvant devenir le support direct de nos outils techniques de travail, et non plus seulement bureautiques. Le changement dans le mode de travail peut être profond, c'est la raison pour laquelle quelques développements supplémentaires sur ce sujet sont nécessaires.
C'est la raison qui fait que dans la prochaine lettre,je reviendrai sur ce problème des nouveaux modes de travail éventuels.
Roger CADIERGUES
