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L'approche RT 2012 à rebrousse-poil

11 Mars 2013

Par Christian CARDONNEL - CARDONNEL Ingénierie
Expert en Confort Durable du Bâtiment

Pour l'application de la RT 2012, je pense qu'il faut dans un premier temps réaliser une conception cohérente et pragmatique avec le maître d'ouvrage, d'œuvre et l'ingénierie spécialisée dès le départ du projet. C'est un point essentiel qui progresse et qui permet de gagner en efficience. Dans cette étape, il faut bien intégrer les souhaits du maître d’ouvrage et les différentes obligations de la réglementation construction complexe et parfois contradictoire.

L'autre étape c'est bien sûr la construction de qualité, avec des entreprises qualifiées, des produits certifiés ..... Malheureusement compte tenu de la conjoncture le résultat n'est pas toujours au rendez-vous, mais attention les contrôles en fin de chantier vont être plus importants et les évolutions vers la garantie de performance, l'affichage des consommations qui va conduire les usagers à vérifier les résultats avec une demande de confort de plus en plus important.

C'est pour cela que le commissionnement (réglages des équipements, informations des usagers, maintenance et suivi dans le temps ...) va devenir incontournable pour rendre les bâtiments et les usagers plus vertueux, économes en énergie et en ressources.

Dans le résidentiel, pour l'application de la RT 2012 au niveau de référence, ou d’un label HPE ou THPE, je pense qu'il faut travailler à rebrousse-poil.

La RT ou niveau de label souhaité donne les valeurs BBio et Cep à ne pas dépasser en fonction de la zone climatique, des éléments du programme (surface SHON RT en particulier, énergie utilisée ...).

label RT2012

Ainsi par exemple, pour le Cep avec une valeur de 60 kWhep/m².an, j'estime d'abord le besoin d'éclairage (environ 5 kWhep/m².an), puis les consommations des auxiliaires de ventilation chauffage et ECS (choix de la VMC Hygro avec un ventilateur basse conso) souvent moins de 5 kWhep/m².an, puis on analyse le système ECS.

C'est maintenant un point essentiel avec bien souvent une consommation de chaleur de 20 à 30 kWhep/m².an pour un besoin initial aux robinets de 20 kWh/m².an. Pour cela il faut travailler toute la chaine ECS : points de puisage avec mitigeur, réseaux de distribution ECS courts et bien isolés, stockage performant et au niveau génération prise en compte d'un système avec EnR : Chauffe-eau thermodynamique, récupération de chaleur sur les eaux usées, PAC, CESI ou solaire (mais attention le coût reste important et pas toujours pertinent. Le choix ECS est donc essentiel, si on arrive à une consommation de 30 kWh/m².an on arrive à un total de 5 + 5 + 30 = 40 kWhep/m².an pour 60 et il reste donc 20 kWhep/m².an pour le chauffage.

Avec 20 kWhep/m².an de consommation chauffage, il faut optimiser la chaine chauffage : émission, gestion-régulation, distribution et génération avec ou sans apport EnR, sans oublier que chaque kWh d'énergie électrique utilisée c'est 2.58 d'énergie primaire.

Pour les équipements chauffage et les solutions courantes on arrive à travailler avec un plan d'expérience et aboutir à une estimation du besoin chauffage en fonction de la consommation chauffage souhaitée.

Ce besoin de chauffage, c'est le résultat du bilan : Déperditions - Apports Gratuits (Internes et Solaires) récupérés.

Les apports internes sont donnés par la RT 2012 et les apports solaires sont fonction du climat et des surfaces des baies vitrées (règle du 1/6), des facteurs solaires Sw et de l'orientation/inclinaison des baies.

La récupération des apports gratuits dépend de l'inertie thermique du bâtiment et aller vers un bâtiment de forte inertie permet de gagner sur la récupération des apports, réduire la consommation chauffage et améliorer le confort d'été.

En fait à partir du besoin chauffage et la récupération des apports gratuits, on arrive à déterminer les déperditions chauffage (dans notre cas on arrive à 41 kWh/m².an) et donc le coefficient H global du bâtiment (W/K). Ce coefficient H c'est les déperditions de chaleur divisé par la somme des degrés-heure du projet (kKh/an) et les pertes de la ventilation, des baies vitrées et des différentes parois opaques (planchers, murs y compris les ponts thermiques).

Avec ce H de déperditions maxi on va continuer l'approche inverse :

Le choix du mode de ventilation (simple flux hygro-réglable, double flux ....) et bien sûr le niveau de perméabilité de l'enveloppe permet d'estimer le débit de ventilation et donc le H ventilation à déduire du total,

Le deuxième point, va être les baies vitrées : la surface est donnée par les règles (valeur 1/6 à minima) et le projet architectural, le niveau Uw (W/K.m²) pondéré peut être estimé en fonction du choix de la menuiserie, du vitrage et des protections thermiques et solaires.

Le solde c'est en fait les déperditions par les parois opaques y compris l'impact des ponts thermiques. Bien souvent en fonction de la forme générale du bâtiment (coefficient de périmètre, nombre de niveaux, superposition des niveaux ....) on arrive à déterminer rapidement les surfaces des parois et les longueurs des ponts thermiques.

Il est alors possible de prendre en compte des hypothèses sur l'isolation thermique (typologie des murs, structure, traitement des ponts thermiques ....) et aboutir à des valeurs bien adaptées et optimisées.

Dans cette approche pour chaque étape, on peut bien sûr estimer le niveau de coût et trouver la meilleure solution technico-économique, au fil des billets, je reviendrais sur les détails de la méthode à rebrousse-poil pour vous permettre de gagner en efficience.

Christian CARDONNEL
chc(at)cardonnel.fr - Site web - Site eeb 2012

J’anime CARDONNEL Ingénierie, une structure spécialisée dans le confort durable du bâtiment résidentiel.

Avec un grand père charbonnier, des parents exploitant en combustibles et installateur en chauffage, j’ai suivi la filière … et après mes études à Maximilien PERRET, j’ai créé avec Francine il y a plus de 30 ans, Etude Solaire devenu CARDONNEL Ingénierie qui compte aujourd’hui plus de 30 collaborateurs.

Je suis curieux, passionné, avide de concepts, d’outils, de solutions simples et pertinentes pour aboutir au confort durable du bâtiment résidentiel, économe en énergie et en ressources.

Depuis les années 90, j’ai participé à l’élaboration des réglementations thermiques RT 89, 2000, 2005, RT Existant, DPE et désormais 2012, …., que je préfère appeler RE comme Réglementation Energétique, Environnementale et Economique. Bien des choses ont été réalisées, structurées mais d’autres restent à faire et il faut trouver un juste équilibre entre l’image conventionnelle des méthodes de calcul et la vraie vie du bâtiment, le besoin de confort des usagers.

Au fil du temps, j’ai beaucoup appris, pratiqué, connu des aléas, des modes et je suis un lecteur assidu des revues et des articles techniques de Roger CADIERGUES, Gérard PORCHER, Pierre FRIDMANN, René CYSSAU, … et bien d’autres.

Transmettre un savoir-faire, partager des expériences permet à tous de gagner en efficience et optimiser les moyens mis en œuvre pour obtenir le meilleur résultat possible, un Graal pas si facile par ces temps complexes.

Avec XPair.com et ses billets ponctuels, je souhaite partager avec vous ma passion, mes expériences, mes points de vue, faire simple et robuste, pour participer à cette dynamique du confort durable.

Bonne lecture, n’hésitez pas à commenter et à partager ce « billet » et au mois prochain !


Commentaires

  • jean yves
    0
    15/04/2013

    travailler sur l'ECS , c'est aussi travailler sur les économies d'eau (réducteur de pression, choix des mitigeurs thermostatiques notamment , équipements sanitaires et techniques, consommations d'entretien ballon eau chaude, calorifugeage des canalisations


  • Gilles
    0
    29/03/2013

    Bonjour,
    Je pense qu'aujourd'hui il ne faut pas oublié les consommations des systèmes audio et info. en effet, beaucoup d'efforts sont faits sur l'ECS, le chauffage mais le plus gros consommateur d'électricité est le site audio/informatique. et ne pas oublier l'électroménager, car plus on travaille sur certains points et plus les autres deviennent important (pourcentage) et surtout premier poste de consommation.
    Energétiquement,
    Gilles Lefranc


  • Anthony
    0
    26/03/2013

    Dans l'habitat neuf soumis à la RT 2012, c'est bien le poste ECS qui fera la différence en conception comme en consommations réelles. Je trouve que les solutions industrielles devraient plus travailler le poste ECS avec plus de systèmes de RECUPERATION d'énergie, et avec de plus une gestion technique ou régulation sophistiquées (gestions prioritaire heures creuses, gestions des niveaux de températures, ....)


  • Jean Christophe
    0
    21/03/2013

    Le bureau d'étude CARDONNEL géré par Christian est un BET des plus compétents, merci de lui donner la parole. C'est un des maîtres des RT!
    Je conseil à tous de se rendre au pavillon BALTARD à NOGENT SUR MARNE, pour le rassemblement de La Convention de Efficience Énergétique du Bâtiment 2 jours à ne pas manquer sous aucun prétexte!!!
    Bien à tous
    JC PARMENTIER de la STE TECHNI CHALEUR SERVICES à VIEUX THANN (68)


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