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Coût global énergétique : l'étude est payante !

Par Véronique BERTRAND - consultante en énergétique

Tel ou tel choix énergétique ou de système de chauffage n’échappe pas aujourd’hui à l’approche du coût global. Un investissement intégrant un bâti bien conçu sur le plan thermique avec des équipements thermiques optimisés intégrant les énergies renouvelables, sera toujours moindre en coût initial qu’en coût d’utilisation sur la durée de vie de l’ouvrage. Alors pourquoi continuer à raisonner à court terme ? Les choix de développement durable ne peuvent échapper pour être viables à une approche en coût global.

1) LE COUT GLOBAL TIENT COMPTE DE TOUT

La notion de coût global sera de plus effective tant sont importantes les dépenses ou les économies faites durant la durée de vie d’un bâtiment. Au-delà même de l’aspect énergétique, maitre d’ouvrages, maitre d’œuvre et autres acteurs de l’acte de bâtir ne peuvent désormais s’empêcher de penser « durable ». Quelles sont les économies d’énergie obtenues par tels système solaire ? Et sur quelle durée de vie ? Quel sera le coût de remplacement ? Quels sont les frais d’entretien et de maintenance ? Les gaines de ventilation sont-elle accessibles et nettoyables ? Mais également, la minuterie de la cage d’escalier doit-elle être commandée par des boitiers encastrés non vandalisables ? Faciles à remplacer ? La réponse à ces questions a une incidence sur le coût de construction et sur les dépenses d’exploitation et de maintenance, donc sur le coût global de l’ouvrage.


C’est la conception même des systèmes qui détermine pour longtemps leurs coûts de gestion, d’entretien et d’exploitation. D’où la nécessité de raisonner en coût global dès les premières réflexions, dès les premières esquisses.

75% des dépenses sont souvent négligées !







Exemple de coût global pour un lycée


En anglais, la notion de coût global s’appelle LCC, life cycle cost ou coût du cycle de vie pour bien montrer qu’on considère toutes les dépenses depuis la conception jusqu’à la mort ou la démolition dans le cas d’un bâtiment

2) EN NEUF COMME EN REHABILITATION, L’ETUDE EST PAYANTE !

Le préalable à toute démarche en coût global est donc de définir les objectifs et de préciser les attentes. Sur la durée de vie de tel système A par rapport à B, même s’il est plus onéreux au départ, qu’en est-il au bout de 15 ans ? Une norme existe pour cadrer le coût global, il s’agit de la norme ISO 15686-5 qui propose un cadrage et une méthode de calcul

- Téléchargez le « Calcul du Coût Global selon la Norme ISO/DIS 15686-5 » 23 pages

Comparaison solution A (plus chère à l’investissement) et B
Conclusion sur 20 ans, durée de vie des équipements thermiques, la solution A est plus rentable





3) LE CALCUL EN COUT GLOBAL

Le calcul du coût global énergétique demande de se projeter sur toute la durée de vie du bâtiment ou du système à étudier soit entre 10 et 30 ans pour les équipements thermiques et entre 50 et 80 ans pour la durée de vie d’un bâtiment

- Soit à lister en détail toutes les dépenses « D » ou les revenus « R »

Exemple revente de l’électricité photovoltaïque.

- Dépenses d’investissement des systèmes énergétiques et des éléments du bâti qui y sont liés,
- Dépenses annuelles de conduite, d’exploitation et de maintenance,
- Dépenses de gros entretien et de remplacement des équipements en fin de vie,
- Dépenses annuelles d’énergie,
- Revenus dès la conception, exemple crédit d’impôt, aides, …
- Revenus durant la durée de vie des équipements, exemple revente d’électricité photovoltaïque,
- Revenus autres,
….

- Et à actualiser les résultats car il faudra additionner durant la durée de vie du système les dépenses initiales d’investissement à celles qui sont ultérieures et différées de chaque année. On ne peut additionner des €uros de 2010 avec des €uros de 2025, la valeur de l’argent évolue et il faut donc corriger les dépenses à venir pour les ramener à une même époque en tenant compte

- de l’actualisation : c’est le taux de l’argent, de l’emprunt, …Un €uro en 2020 vaudra moins qu’en 2010.
- de l’inflation, c’est la variation des prix économiques pour un même produit ou service,
- du glissement de certains prix difficilement prévisibles comme le prix des énergies, des combustibles, …

Formule de calcul

COUT GLOBAL = INVEST + DEPENSES-REVENUS (année 1) + DEPENSES-REVENUS (année 2) + DEPENSES-REVENUS (année 3) + DEPENSES-REVENUS (année 4) + ….. DEPENSES-REVENUS (année « n »)

Schéma des occurrences des coûts sur le cycle de vie d’un bâtiment









Exemple d’actualisation de coût cumulé sur 60 ans


Exemple simplifié et concret de comparaison de 2 solutions thermiques :

Solution A : chauffage avec chaudière gaz à condensation

Solution B : pompe à chaleur avec panneaux solaires thermiques et capteurs photovoltaïques


Solutions à comparer



Investissement



Dépenses / Revenus annuels


Chauffage avec chaudière gaz
à condensation

20 000 €

Entretien : 200 €
coût énergie : 700 €

Pompe à chaleur avec panneaux solaires thermiques et capteurs photovoltaïques

40 000 € - aides = 30 000 €

Entretien : 300 €
coût énergie : 300 €
Revenus (PV) : 200 €

Sur la base d’une durée de vie de 20 ans, d’un taux d’actualisation de 4% et d’un taux d’inflation de 2%

Solution A : 20 000 € + 16.413* x (200 + 700) = 20 000 + 14 771 = 34 771 euros

Solution B : 30 000 € + 16.413* x (300 + 300 -200) = 30 000 + 6 565 = 36 565 euros

(*) obtenu à partir de formules d’actualisation ou de tables donnant ce coefficient

L’indexation des prix de l’énergie est importante et joue sur le facteur inflation.

Avec un taux qui passerait de 2 à 6%, le calcul ne donne plus les mêmes résultats et met en avant la solution intégrant plus les énergies renouvelables.

Solution A : 20 000 € + 24.576* x (200 + 700) = 20 000 + 22 118 = 42 118 euros

Solution B : 30 000 € + 24.576* x (300 + 300 -200) = 30 000 + 9 830 = 39 830 euros


En résumé …

La notion de coût global sur le plan énergétique est une approche nécessaire si l’on considère la durée de vie des équipements et si l’on veut comparer telle ou telle installation performante entre elles. Nous constatons que le coût global uniquement énergétique ou thermique est lié à une incertitude qu’il y a lieu d’affiner avec des scénarios plus complexes que l’exemple précédent. Par exemple, avec une stabilité plus marquée de l’énergie électrique par rapport aux énergies dites fossiles. Les énergies renouvelables quant à elles, ne souffrent pas de problèmes d’actualisation puisqu’elles sont par définition gratuites dans l’environnement. De plus, il faut insister sur les interconnexions des équipements climatiques (accessibilité, nettoyage, facilité d’entretien, bonne qualité d’air, absentéisme, …) avec le reste du bâtiment qui, lui, a une durée de vie de 75 ans ou plus, et là, les écarts entre solutions plus ou moins performantes et durables se creusent.

Véronique Bertrand Consultante en énergétique
Véronique Bertrand est ingénieur consultante en énergétique et travaille en amont des projets, de la phase programmation aux cahiers des charges. Elle rédige également des chroniques techniques tous les mois sur www.climamaison.com.

→ SOURCES & LIENS

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