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Flexibilité et évolutivité des bâtiments durables

Par René CYSSAU - Consultant équipement du bâtiment, ex ingénieur en chef du COSTIC

Préconcevoir, prédisposer, pré-équiper - maîtriser l’efficacité énergétique des bâtiments, c’est prévoir.

Les installations énergétiques des bâtiments présentées comme des modèles de frugalité ou d’efficacité de captation ne mettent pas - ou pas assez - des qualités de flexibilité et d’évolutivité dans leurs listes d’excellences.

1 - Evolutivité pour profiter des possibilités énergétiques

C’est au moment de la conception des bâtiments que devraient se poser les questions de l’évolutivité. Dès les premières ébauches de conception du bâtiment, il est bien utile que le maître d’ouvrage connaisse les possibilités – et les impossibilités – de mettre en place ultérieurement d’autres sources d’énergie que celle à la conception : la réserve pour un éventuel conduit de fumée, la possibilité d’affecter un volume pour une chaufferie ou une sous-station, par exemple, etc, …

C’est la notion de « reconvertibilité » de la loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie : loi n° 96-1236 du 30 décembre 1996 qui semble maintenant tombée dans l’oubli.
Son article 22 donne pourtant une indication pertinente qui mérite un rappel: «Prescrire l’obligation d’équiper les immeubles d’habitation…de dispositifs permettant le choix, à tout moment de la vie du bâtiment, de tout type d’énergie».

13 ans après, cette disposition n’a pas reçu de règlement d’application, mais il reste la bonne logique de cette «reconvertibilité» et les bonnes pratiques qui peuvent consister à appliquer opportunément ce principe.
Avec les possibilités de choix d’un type d’énergie, il est aussi judicieux d’indiquer les dispositifs qu’il sera possible de placer pour capter des énergies environnantes, les installations qui pourront être mises en œuvre dans et autour d’une construction.

Sera-t-il possible de mettre en place, par exemple :

  • Une PAC sur air extérieur ou une éolienne en considérant des possibles risques de gène acoustique ?
  • Des capteurs solaires thermiques et/ou photovoltaïques en toiture, en façade ou sur le terrain ?
  • Un puits canadien ou des capteurs géothermiques sur le terrain – jusqu’à quelle profondeur ?
  • Sera-t-il aisé de raccorder un réseau de chaleur, comme un réseau de quartier ? Une éventualité qui peut devenir réalité dans des zones semi-urbaines ou semi-rurales.

Cette liste n’est pas limitative…
Qui aurait pu prévoir, il y a 10 ans, les surfaces de capteurs solaires thermiques et électriques qui se posent actuellement sur les bâtiments ?

Dans les immeubles, une organisation de tous les réseaux dans une infrastructure commune
facilite la maintenance et les reconversions.


organisation de tous les réseaux dans une infrastructure commune

2 - Evolutivité des réseaux, de tous les réseaux

Après les structures et l’environnement du bâtiment, c’est au niveau des équipements techniques et de leurs réseaux que cette évolutivité réclame des précautions au moment de leurs conceptions.
Quels que soient les augures des futurologues, restons assurés qu’il faudra placer, remplacer et étendre des canalisations, des câbles et des conduits dans les bâtiments, et ce de plus en plus.
Les réseaux sont souvent les parties les plus difficiles à reprendre pour pouvoir mettre en œuvre des nouvelles solutions techniques qui pourront apparaître ou des services qui répondent à de nouveaux besoins, comme le maintien des personnes âgées à domicile.
Pour cela, il faut éviter des branches de réseaux inamovibles dans des cheminements encastrés.
Il existe plusieurs solutions qui permettent une très grande flexibilité des réseaux aux prix d’interventions minimales : les plinthes à caissons, les doubles cloisons ou cloisons actives, les doubles plafonds, comme illustré ci-dessous.

Dans l’habitat, il existe des solutions techniques pour intégrer les réseaux, faciliter leurs changements.

solutions techniques pour intégrer les réseaux

3 - L’évolutivité, dans le bon sens

Les prédispositions des bâtiments aux réseaux et à leurs futurs équipements techniques relèvent du talent de l’architecte, du BET ou de l’entreprise, mais elles relèvent aussi, chez chacun d’eux, du bon sens.

C’est un bon sens qui consiste à dépasser le cadre formel d’une conception ou d’une proposition d’installation et qui permet de valoriser une offre.

En résumé …

Un bâtiment qui relève du développement durable ne devrait-il pas être aussi - et même principalement - un bâtiment évolutif ?
Une évolutivité qui se concrétise ainsi :
A l’extérieur des murs : connaître les réelles possibilités de captation des énergies naturelles, de raccordement à un réseau de quartier…
A l’intérieur : assurer une flexibilité suffisante des réseaux, de tous les réseaux. Prédisposer pour permettre de mettre en place des nouveaux réseaux, voire des nouveaux équipements.
Des informations fortes utiles et des précautions souvent simples qui relèvent du savoir des professionnels. Encore faut-il qu’elles soient explicites, dans les cahiers des charges et dans les offres et en premier lieu dans les mentalités.

René CYSSAU
Consultant équipement du bâtiment, ex ingénieur en chef du COSTIC, René CYSSAU est l’auteur d’ouvrages techniques dans la régulation et la gestion technique du bâtiment

→ POUR EN SAVOIR PLUS

  • Deux ouvrages en librairie et un document à télécharger rassemblent des indications utiles.
    Fluides et réseaux dans le bâtiment, planifier les infrastructures

    Un ouvrage rédigé par le COSTIC, produit par ADDI, Editions Eyrolles, 1999, 132 pages.
    Cet ouvrage donne des indications concrètes sur le sujet de l’architecture technique intérieure, une étape délicate de la conception des immeubles : bâtiments d’habitation et de bureaux. Il rassemble sous la forme de fiches illustrées des indications concrètes pour réserver les surfaces ou les volumes qui seront nécessaires à la mise en place initiale ou future de tous les équipements et de leurs réseaux : génie climatique, électricité, information, sanitaire ainsi que le désenfumage. Une seconde partie rassemble des extraits des règles techniques issues des références bibliographiques et réglementaires qui s’appliquent à tous ces services techniques ; les réseaux d’air et d’eau, conduits de fumée, réseaux câblés…
    Ces réseaux doivent en effet bénéficier d’une infrastructure coordonnée, prévue dès les premières étapes de conception.
  • Prédisposer les espaces de vie, pour la flexibilité des réseaux dans le bâtiment
    Un ouvrage rédigé par le COSTIC, produit par CFE et ADDI, 2002, 122 pages
    Un habitat individuel - la maison ou l’appartement qui se construit ou se rénove - doit accueillir des réseaux et des équipements de diverses natures qui évolueront dans les décennies à venir. Leurs mises en œuvre et leurs modifications ultérieures doivent, évidemment, être prises en compte dès les premières ébauches du projet de construction.
    Comme l’ouvrage fluides et réseaux dans le bâtiment, des indications concrètes sont présentées en fiches, elles traitent de tous les réseaux qui se trouvent dans l’habitat. Le guide cite aussi les extraits des textes pertinents, les bonnes règles qui concernent les diverses techniques qui coexistent dans les bâtiments à usage domestique. Elles se trouvent généralement réparties dans un grand nombre de documents, ouvrages, normes ou règlements, elles ont été résumées et regroupées ici dans un seul ouvrage.
  • Mémento du COMMISSIONNEMENT
    Un document réalisé par le COSTIC avec les soutiens de l’ADEME, l’UCF-FFB, l’Union Européenne et avec la collaboration de professionnels de l’AICVF et de du GCCP.
    Disponible en téléchargement sur le site du COSTIC
    Ce fascicule rassemble des recommandations destinées aux professionnels : maître d’ouvrage, BET, entreprise, pour viser des équipements techniques adaptés aux besoins clairement exprimés, mis au point attentivement et aux performances attestées, maintenues dans le temps par des interventions facilitées.
    Les performances énergétiques et les qualités d’usage viennent pour beaucoup de la complétude des spécifications dans les marchés, incluant la documentation technique détaillée qui doit accompagner la fourniture d’une installation. Des dossiers techniques insuffisants grèvent la maintenance, l’exploitation, les futures adaptations et changements des équipements.

→ SOURCES & LIENS

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