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Comportement des usagers en regard des 5 usages de la RT 2012

Par Florence MOULINS - consultante, IFFI – INM/IFG

Le 12 octobre dernier s’est déroulé à la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette la 8ième convention sur l’Efficience Energétique du Bâtiment organisée par Cardonnel Ingénierie. La conférence portait sur les thèmes de la RT 2012, la pratique du résidentiel BBC, vers l’énergie positive. Parmi les thèmes abordés, c’est celui du « comportement vertueux des usagers » que nous avons choisi d’aborder ici.

Rappel du contexte RT 2012

La prochaine réglementation thermique - RT 2012 sera publiée au Journal Officiel en novembre 2010. Elle sera applicable aux bâtiments tertiaires, publics et zones ANRU fin 2011, et en janvier 2013 pour les bâtiments résidentiels.
Elle est issue de la loi « Grenelle 1 » qui demande une évolution technologique et industrielle significative afin de rendre les bâtiments neufs énergétiquement performants en mettant en œuvre un bouquet énergétique équilibré faiblement émetteur de gaz à effets de serre tout en préservant l’indépendance énergétique nationale.

Pour ce faire, la RT 2012 obligera à la construction de bâtiments dont la consommation énergétique ne devra pas dépasser 50 kWhep/m² SHORT et par an en moyenne, concernant les 5 usages que sont le chauffage, l’ECS, l’éclairage, la climatisation et les auxiliaires. Pour les bâtiments consommant plus, un apport par production photovoltaïque par exemple, devra ramener la consommation d’énergie primaire au seuil de 50 kWh ci-avant.

Pose de panneaux solaires

Le but est d’atteindre une diminution de consommation en énergie primaire de 150 milliards de kWh entre 2013 et 2020, et de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 13 millions de tonnes de CO2 (ou 35 selon la méthode utilisée).

Rappelons les 3 exigences de la RT 2012

Trois exigences de la RT 2012

Utilisations et comportement vertueux des usagers

Les professionnels du bâtiment et les industriels concernés ont d’ores et déjà entrepris de répondre à ce défi. Toutefois, il n’en reste pas moins qu’une incertitude plane sur la consommation réelle qu’aura le bâtiment, en ce sens que le calcul comme la construction sont basés sur des données non maîtrisées à terme, c’est-à-dire le mode opératoire qu’en fera l’utilisateur. Voici donc née la notion de « comportement vertueux des usagers ».

L'équipe

Des outils seront là pour limiter les dérives : ce seront essentiellement les moyens de mesure mis en place et la sensibilisation des dits usagers.

Les éléments de mesures se doivent de donner l’indication de la consommation par énergies et par usage sur les postes suivants : chauffage, refroidissement et production d’ECS, ainsi que le réseau prises électriques et autres (article 23 de la RT 2012 dans sa phase projet). La sensibilisation fera l’objet d’outils mis à disposition des usagers, et que l’on trouvera sous forme de CD et de documents entre autres sur les sites Internet dédiés au développement durable.

Comment jumeler construction énergétique et comportement vertueux ?

Penchons-nous sur le cas simple d’un logement individuel.

Le besoin d’économie d’énergie au sens large du terme pour la préservation de l’environnement est une notion aujourd’hui connue de tous, quelle que soit la manière dont chacun l’a abordée. Il n’en reste pas moins que nous sommes dans une société de consommation, qu’un phénomène de mode est là, et que celui-ci prend souvent (trop ?) largement le pas sur les bonnes intentions. Le comportement vertueux des usagers, c’est diminuer l’écart qui se met en place dès lors que notre mode de fonctionnement ne répond pas de façon homogène à un critère unique, vécu comme nécessaire dans un sens, mais comme contraignant dans l’autre. Autrement dit, c’est passer de la responsabilité collective à la responsabilité individuelle, c’est-à-dire de ce qui est imposé par la collectivité à ce qui dépend de nous, soit, vivre en conscience de façon cohérente.

La dérive possible des usages réglementés

En ce qui concerne le chauffage, deux points essentiels pourraient générer la dérive. Le premier est la température maintenue dans le logement. Au-delà de la réglementation, elle est le pont entre la consommation optimale du bâtiment et son mode de conception.

Mais quelle sera celle réellement réglée par l’usager ? L’étanchéité des bâtiments devrait mettre une barrière à cet effet, mais cela suffira t’il ? Comme la climatisation est arrivée dans les maisons après que nous nous y sommes habitués dans les grands magasins, puis les bureaux, puis la voiture, la température maintenue en hiver a malgré tout augmenté dans les logements. Pourquoi aurait-on moins de confort chez soi qu’ailleurs? Les modes vestimentaires de ces dernières années ont vu la mise en œuvre de matières et la conception de vêtements de plus en plus légers. Il est tellement plus commode de monter la température d’un ou deux degrés que de se couvrir davantage, ce qui au passage laisserait un peu moins de liberté corporelle. Pourtant, 1°C de plus dans le logement, c’est en moyenne 7% de consommation supplémentaire. Le deuxième point est relatif à la gestion du mode de chauffage. Une régulation appropriée, mise en place avec l’installateur, se devrait d’être suivie au plus près, mais à partir du moment où il devient sa propriété, l’usager n’est-il pas libre d’en faire ce qu’il veut ? Gérer les périodes d’occupation ou non du logement, les périodes jour/nuit, l’ouverture et fermeture des fenêtres, le chauffage pourquoi pas pièce par pièce si cela s’avère intelligent ? On entre alors dans une ère ou le logement passe de l’abri à un système vivant à gérer. Bien sur cela est non seulement possible mais souhaitable, il n’en reste pas moins que le défi est entier.

A propos de l’eau chaude sanitaire, le bât peut blesser encore plus. Actuellement, les besoins sont de l’ordre de 20 à 25 kWh/m2.an pour une consommation d’environ 70kWh/m2.an. Dans un bâtiment BBC, ce poste représente la plus grande consommation énergétique.

Le Pacte Ademe sur l’ECS a sélectionné 5 projets dont le but est d’atteindre un niveau de consommation de 15 kWhep/m2.an, obtenir un gain énergétique doublé par rapport à la technologie référente, avec des systèmes ayant une duré de vie d’au moins 15 ans, et rentabilisés sur la moitié. Une utilisation consciente de l’ECS répond non seulement à la notion de faible consommation dans les futurs logements neufs, mais aussi à une réduction dans l’existant. C’est une question de comportement vis-à-vis de l’eau en général qui est à considérer. La plupart des sensibilisations est connue, comme préférer douches aux bains, ne pas laisser couler l’eau pour rien, mais on peut aussi y ajouter la question à se poser s’il est vraiment nécessaire d’utiliser de l’eau chaude pour tel ou tel usage. À ce niveau, l’utilisation des robinets mélangeurs – et encore plus avec réglage de température, est à se poser. Certes, on perd certainement moins d’ECS en utilisant un mélangeur, mais dans ce cas, revient-il sur une position froide quand l’ECS n’est pas utile ou ne la garde t’on pas parce que c’est plus agréable ou simplement par négligence?

Paradoxalement, l’éclairage est probablement un des points les mieux maîtrisés, alors qu’il constitue la plus faible part de la consommation d’énergie liée au bâtiment. La RT2012 fixe la surface vitrée à installer à au moins 1/6 de la surface habitable. Parallèlement, la France retire du marché les lampes à incandescence selon le calendrier le plus ambitieux d’Europe et promeut l’utilisation de nouvelle génération de lampes consommant 4 à 5 fois moins d’électricité. En 2009, 74 millions de lampes basse consommation ont été vendues. Reste à penser à éteindre les pièces n’ayant plus aucune occupation lorsqu’on en sort, ce qui par ailleurs est valable dans l’existant.

Si un système de climatisation s’avérait installé, malgré les précautions prises à la construction pour s’en passer, celui-ci devrait faire l’objet d’une utilisation raisonnée, en termes de mise en service comme de réglage. Rechercher les effets naturels de courant d’air lorsque c’est possible reste la moins onéreuse et la plus naturelle des situations. Il n’en reste pas moins vrai que nombreux sont les particuliers ne sachant pas régler correctement un climatiseur. Gestion de températures de soufflage et direction de flux d’air sont des notions qui nécessitent une formation, aussi simple soit-elle. Il n’y a qu’à voir comment est utilisé la climatisation dans les voitures pour s’en convaincre.
Au-delà des points d’utilisation n’oublions pas non plus la maintenance qui assurera que les systèmes installés conservent leur performance optimale. Tout cela conduit à considérer la sensibilisation sur une autre dimension. Ce n’est plus une simple alerte, mais un code de bonne conduite du logement à appréhender et adopter.

Le comportement en général face aux dépenses énergétiques

Il reste un point important de consommation d’énergie, ne rentrant pas directement dans le cadre du bâtiment, mais faisant l’objet de la RT par son obligation à mesure, c’est le réseau de prises électriques.

La consommation des usages électriques est loin d’être neutre dans le bilan énergétique annuel

Argent et électricité

Il est particulièrement intéressant, car il est certainement celui qui est le plus près lié au mode de consommation, conséquence du mode de vie. D’une manière générale, nous sommes passés depuis quelques décennies d’une consommation de besoin à une consommation de désir. Une enquête de l’Insee de 2007 révèle que le volume d’achat des français a triplé en 50 ans. La part de l’alimentation est passée de 38 à 25% entre 1960 et 2007, celle de l’habillement a baissée de 14 à 9%. La part du budget dévolue au logement et au transport a augmenté, mais également sur les loisirs et services. Ce sont ces éléments qui nous intéressent. L’équipement en électroménager du logement a complètement changé. Aux équipements basiques, réfrigérateur, cuisinière, lave-linge et téléviseurs sont venus s’ajouter magnétoscopes et lecteurs DVD, chaînes hifi, fours à micro ondes, congélateurs, lave vaisselles, sèche linges, ordinateurs, … Et certains se multiplient même. La communication par boîtier a ajouté également une part de consommation d’énergie, à la prise téléphonique on ajoute désormais une prise électrique, les téléphones sans fils et portables doivent être rechargés … Certes, la consommation unitaire de tous ces appareils n’est pas forcément grande, mais le cumul et la consommation inutile que crée la veille, la rendent d’autant plus importante qu’elle n’est pas forcément nécessaire.

L’obligation de mesure du réseau de prises électriques mettra tout ceci en exergue. Il est déjà estimé actuellement que les dépenses énergétiques de tous ces appareillages représentent environ le tiers de l’énergie utilisée par les ménages. La part que cela prendra dans une construction BBC en sera donc encore plus importante.

Pour pallier ceci, c’est bien sur ce comportement vertueux qu’il faut compter : être attentif à l’étiquette énergétique quand elle existe lors de l’achat, éviter de laisser les appareils en veille, les utiliser en fonction du résultat recherché et plus par habitude, optimiser leur fonctionnement, …

Mais n’oublions pourtant pas qu’au-delà des réglementations et nécessités, il est une dimension par définition impossible à gérer à cause de sa nature, c’est l’être humain. La sensibilisation doit être renforcée pour gagner le défi environnemental et énergétique. Si elle amène les usagers à s’approprier ces valeurs, les bâtiments auront une consommation au plus près des attentes. La notion de « permis de conduite » du bâtiment, proche d’un permis de conduire de la route à été abordée, veillons quand même à ne pas entrer en croisade.

En résumé

Quelles que soient les dispositions réglementaires qui seront mises en place pour la sauvegarde de l’environnement, quel que soit l’engagement et /ou l’obligation des professionnels à les respecter, il faudra toujours faire face à l’inconnu que représente l’implication humaine. Celle-ci est avant tout individuelle, et l’évolution de notre société l’y a poussée. C’est aujourd’hui le plus grand défi face auquel nous sommes, concilier liberté individuelle et devoir collectif. Ceci est vrai à quelque niveau que ce soit, le sommet de Copenhague en a été la triste expression. Cependant ce n’est pas fini, et la France s’est dotée d’un outil redoutable, la réglementation RT 2012. C’est une chance à saisir, …., par bon sens ou par obligation !

Par Florence MOULINS, IFFI (Institut Français du Froid Industriel et de Génie climatique)
– INM/IFG
. Florence MOULINS intervient au travers de son expérience de plus de 20 ans
dans les métiers du froid, du génie climatique et énergétique.
flomoulins(at)yahoo.fr

Sources et liens

A lire, ou pour aller plus loin

Commentaires

  • Remi
    16/11/2012

    Bonjour, La visualisation des consommations est l'un des moyens évoqué par l'article 23 de la RT 2012 pour éduquer l'usager en lui donnant un retour mensuel. Nous sommes une équipe de 5 ingénieurs de la société Oyoma et avons essayé au moyen d'une enquête publiée sur notre blog de sonder le public sur la meilleure manière (média, fréquence de lecture des sous-compteurs etc...) de procéder. Nous vous invitons à consulter les premiers résultats sur http://www.oyoma.net/fr/blog/ voire participer à l'enquête dont nous publions les résultats au fur et à mesure de sa progression. J'ai trouvé votre article pragmatique (éclairage = faible consommation) et j'espère que vous allez continuer dans cette voie. Cordialement, Rémi Jonquières

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