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Efficacité énergétique du bâtiment : les missions du commissionnement

Par René CYSSAU - Consultant équipement du bâtiment, ex ingénieur en chef du COSTIC

Après la précédente chronique de présentation du commissionnement, passons à l’objectif concret, celui des missions avec un zoom particulier sur la mise en service et la passation de « performances », point essentiel pour garantir et pérenniser l’efficacité énergétique du bâtiment.

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1°) Commissionnement et phase « Travaux » : Réalisation + Réception + Mise en service

Comment garantir les performances étudiées sur le papier au niveau des études de projet ? Comment assurer cette passation énergétique en premier lieu avec le metteur en œuvre qu’est l’installateur et ensuite l’exploitant. Cette chaine ne peut être discontinue sans déperditions majeures tant sur le plan thermique qu’économique.

Trois missions fondamentales du commissionnement et inter-liées entre elles s’attachent à la phase travaux :

  • Des études de réalisation (ou études d’exécution) complètes de l’installateur, après les études de projet de la maîtrise d’œuvre.
  • Des mises au point (MAP) précises, après les travaux d’installation proprement dite
  • Des mises en service adaptées aux usages réels avant et après la réception des travaux.

Trois missions fondamentales du commissionnement

2°) Missions chantier du commissionnement

A chaque phase travaux depuis les études d’exécution jusqu’aux tâches qui doivent suivre la réception, les missions du commissionnement cadrent le niveau de performance énergétique de l’installation de génie climatique.

L’absence de ces missions peut provoquer :

  • Un processus de réalisation moins maîtrisé, tout comme l’exploitation future
  • Des aléas de fonctionnement, une réduction significative des performances assignées au projet sont à redouter. Si l’objectif est de réaliser un BBC, seul comptera sa consommation énergétique réelle et la facture correspondante, significative de sa performance.

missions commissionnement

1/ ETUDES D’EXECUTION

Les études de projet ou de conception doivent à la fois exprimer les performances en termes d’économies d’énergie et d’usages (fiabilité, maintenabilité, durabilité)
Sur cette base, des études de réalisation désignées et même détaillées sont demandées à l’installateur dans le marché. Il doit apporter dans ces études d’exécution sa compréhension de la performance énergétique et des usages, comme s’il devait maintenir lui-même l’installation.

2/ TRAVAUX D’INSTALLATION

Sur cette base, des études de réalisation désignées et même détaillées sont demandées à l’installateur dans le marché. Il doit apporter dans ces études d’exécution sa compréhension de la performance énergétique et des usages, comme s’il devait maintenir lui-même l’installation.

3/ MISE AU POINT (MAP)

C’est une mission fondamentale du commissionnement qui atteste de la qualité énergétique de l’installation thermique.
La mise au point - MAP – consiste à Vérifier + Mesurer + Régler.
C’est pourquoi ces vérifications, mesures et réglages doivent être transcrites dans des fiches de mise au point ou MAP qui font partie des pièces du dossier technique de l’installation.

Le metteur au point doit effectuer ces prestations comme s’il devait en assurer la maintenance future.
Paragraphe à supprimer, les exploitants sont sensibles sur ce sujet. Je suis d’accord avec le principe de cette assertion L’entreprise doit si possible être consultée pour assurer la maintenance avant la fin des travaux. Le marché de maintenance doit de préférence lui être confié, sans que cela soit une obligation, à minima la première année.
A noter que la MAP est réalisée en 2 étapes : la mise au point statique (montage, réseaux étanches, raccordements électriques, sens de rotation moteurs, …) et la mise au point dynamique (mesures, équilibrage, réglages, …)
Notons enfin que les tâches de MAP conduisent à la connaissance concrète, détaillée, de l’installation traitée. Ces compétences sont fort utiles pour mener la maintenance de l’installation.

4/ RÉCEPTION DES TRAVAUX

La réception des marchés privés
Dans les marchés privés, la réception est l’étape importante où le maître d'ouvrage prend possession des travaux réalisés. La réception des travaux est prononcée par le maître d'ouvrage, elle est unique et contradictoire, elle peut être assortie de réserves (article 1792-6 du Code Civil).

Les OPR (Opérations Préalables à la Réception) des marchés publics
Dans les marchés publics, la procédure de réception des travaux est décrite par le CCAG Travaux de 1976 : articles 41 et suivants. Les OPR sont menées sous la responsabilité du maître d’œuvre qui propose au maître d’ouvrage de réceptionner avec ou sans réserves. C’est lui qui fixe la date d’achèvement des travaux.
C’est à ce moment que sont remis les documents spécifiés dans le marché, , en particulier :

  • Les dossiers spécifiés dans le marché, comme les DOE dossier des ouvrages exécutés, DIUO dossier d’interventions ultérieures sur l’ouvrage, et le DUEM dossier d’utilisation d’exploitation et de maintenance
  • Les résultats des essais prévus selon les procédures décrites dans les pièces écrites,
  • Les P.V. des contrôles techniques.

5/ PRESTATIONS DE POST RECEPTION

Mise en place de la maintenance

La mise en place d’une maintenance est nécessaire dès le lendemain de la réception pour préserver les garanties de chacun et l’efficacité énergétique de l’installation

L’installateur, suivant son devoir de conseil, doit proposer un contrat de maintenance. Cela n’est pas suffisant et le dédouane pas en cas de sinistre. Le conseil qu’il donne au maître d’ouvrage doit consister en indications claires d’obligations (cf document type DUEM)

Les modalités de la maintenance doivent être prévues bien avant le jour de la réception par le Maître d’Oeuvre et l’entreprise d’installation (ils sont les principaux rédacteurs du DUEM : Dossier d’Utilisation d’Exploitation et de Maintenance remis à la réception)

Les premières années de la vie d’un bâtiment déterminent beaucoup celles qui suivront. Avant d’atteindre un régime d’exploitation de croisière, une durée de deux, trois années, voire même plus, peut être nécessaire.

L’entreprise qui a mené les études et a réalisé l’installation en possède une connaissance approfondie. Elle est d’autant mieux capable d’en assurer la maintenance qu’elle l’a conçue en vue de mener cette maintenance efficacement.
Comme pour la réalisation des installations, le choix du prestataire de maintenance ne doit pas consister pas à chercher le moins coûteux.

Mise en service pour les usagers

Ces services ne peuvent pas être menés au moment de la réception pour les raisons, le responsable d’établissement et ses services ne sont pas tous connus au moment de la réception, les modalités de l’utilisation des locaux peuvent rester encore indéterminées le jour de la réception, l’organisation des services techniques n’est pas toujours fixée au moment de la réception. De plus, il peut exister un délai conséquent entre le jour de la réception et celui de l’entrée dans les lieux, une période durant laquelle il faut prévoir les risques liés à des dégradations, pollutions, salissures.

Exemples :

  • Adaptations des modules et des terminaux aux cloisonnements des espaces de travail,
  • Réglages ou parachèvement des réglages des régulateurs, programmateurs, et autres automatismes, zone par zone, pièce par pièce, au plus près des profils des usages connus,
  • Mise en service de la télégestion ou de la gestion technique intégrée,
  • Formation des intervenants techniques pour exploitation et maintenance.

6/ DOCUMENTATION DE L’INSTALLATION LIVREE

C’est une prestation souvent négligée mais de première importance.
Elle est constituée de :

  • Des documents techniques pour le maître d’ouvrage, les gestionnaires administratifs, les gestionnaires techniques, les exploitants et les mainteneurs
  • D’informations et de formation adaptées aux utilisateurs : maître d’ouvrage, responsable de l’établissement

L’organisation de la documentation devrait être prévue dès la programmation. Elle doit être tournée pour les installations de génie climatique et énergétique, vers les gestionnaires techniques et services de maintenance, exploitation et GTB.

Le Dossier des Ouvrages Exécutés ou DOE
Ce dossier est requis par la législation des marchés publics dans les missions de la maîtrise
d’oeuvre qui constitue avec l’aide de l’installateur le DOE, dossiers nécessaires à l'exploitation de l'ouvrage (schémas, plans ou dessins conformes à l'exécution, plans de récolement, notices de fonctionnement, prescriptions de maintenance des fournisseurs d'équipements mis en œuvre.

Le Dossier d’Intervention Ultérieure sur l’Ouvrage ou DIUO
Ce dossier relatif à la santé et la sécurité est parfois présenté comme un sous-dossier autonome du DOE. Il est établi par le coordonnateur en matière de Sécurité et de Protection de la Santé (SPS), désigné par le maître d'ouvrage. Il est remis à la réception.

Le Dossier d’Utilisation d’Exploitation et de Maintenance ou DUEM
Ce dossier n’est pas indiqué par un texte réglementaire des marchés publics. Il est décrit comme un dossier utile au gestionnaire technique pour lui présenter des recommandations pratiques pour la conduite des installations par les futurs intervenants techniques.

Spécifier une organisation et des supports numériques

Sans spécifications particulières, le maître d’ouvrage peut recevoir photocopies et classeurs les uns les plus différents selon les corps d’état de travaux. Sans organisation, cela peut nécessiter une reprise coûteuse par exemple ultérieurement pour un traitement informatisé de la maintenance, GMAO.

Demander un support informatique accompagné d’une édition papier pour des parties : synthèses, schémas, synoptiques, plans de récolement, par exemple, ainsi qu’une numérisation organisée des documents (notices techniques des produits,…)

La documentation doit être maintenue, comme les équipements. Il ne suffit pas de disposer des dossiers au moment de la réalisation, ils doivent être mis à jour tout au long de l’exploitation. Cela peut aussi faire partie des prestations de la maintenance.

Mise en main et formation à la destination des utilisateurs

Des notices qui décrivent des recommandations, des instructions ou des procédures simples, à la destination des usagers ou des service administratifs, doivent être prévues pour qu’ils connaissent, les principes de fonctionnement des installations de chauffage, ECS, ventilation, climatisation ; leurs usages, les interactions avec les protections solaires, l’ouverture des fenêtres, l’éclairage… Comme les phases précédentes, ces tâches sont assorties de création de documents ; ils complètent le DOE, le DIUO et le DUEM.

Zoom sur les garanties après la réception

Plusieurs garanties très différentes courent après la réception. Elles ne doivent pas être confondues.

Le parfait achèvement des travaux
En général, la période de parfait achèvement expire une année jour pour jour après la date d’effet de la réception. Elle est parfois désignée « garantie de parfait achèvement », mais il ne s’agit pas d’une garantie au sens de l’assurance, l’entreprise ne peut pas prendre une police qui couvre les travaux qu’elle peut être amenée à réaliser pour répondre aux réserves de la réception.

La garantie de bon fonctionnement ou garantie biennale concerne les vices cachés à la réception, affectant les seuls éléments d’équipements dissociables et se manifestant dans une période de deux ans après la réception.

La responsabilité décennale concerne les fonctions fondamentales de l’ouvrage, en particulier la solidité de ses éléments constitutifs (structure, clos et couvert) ou de ses éléments d’équipements indissociables, c'est-à-dire ceux dont la dépose, le démontage ou le remplacement ne peut s'effectuer sans détérioration ou enlèvement de matière de l’ouvrage

La garantie d’un équipement est propre à son fabricant ; il en fixe les conditions et la durée. Elle ne concerne que les défaillances provoquées par un défaut de fabrication. Elle ne libère pas le propriétaire de la maintenance de l’équipement. Au contraire, la garantie du constructeur est généralement assortie d’une nécessité de maintenance.

Zoom sur les normes essentielles

La norme de base pour les marchés de bâtiment NF P 03-001 :

Décembre 2002 “Cahier des clauses administratives générales applicables aux travaux de
bâtiment faisant l’objet de marchés privés”
Cette norme définit les droits et obligations de parties contractantes d’un marché de travaux, elle peut s’appliquer à tous les marchés, publics ou privés. Elle reprend, en particulier, les responsabilités et garanties instaurées par les articles du code civil : la réception et la période de garantie de parfait achèvement.


Normes européennes qui traitent des prestations du commissionnement

Pour les installations de chauffage NF EN 14336
Mars 2005 “Systèmes de chauffage dans les bâtiments - Installation et commissionnement des systèmes de chauffage à eau”
Cette norme décrit des tâches de mise en service et de mise au point, accompagnées de fiches types à remplir. Elle ne traite pas le commissionnement des générateurs. Elle ne module pas ses recommandations ni même ses exigences suivant la taille ou la complexité des installations de chauffage à eau chaude.

Pour les installations de ventilation NF EN 12599
Juillet 2000 “Ventilation des bâtiments - Procédures d'essai et méthodes de mesure pour la réception des installations de ventilation et de climatisation installées”
Cette norme s'applique aux systèmes de ventilation et de climatisation pour en mesurer les caractéristiques à la réception Elle ne définit pas les procédures de mise au point, comme l’équilibrage des réseaux. Pour son application, le contrat d'installation peut se référer aux dispositions énumérées dans son annexe H.

Pour les compteurs d’énergie thermique NF EN 1434-6
Août 2007 “Compteurs d’énergie thermique – Installation, mise en service, surveillance de fonctionnement et maintenance”
Cette norme s'applique aux instruments destinés à mesurer l'énergie thermique
absorbée (refroidissement) ou cédée (chauffage) par un liquide “caloporteur”. Elle spécifie les prescriptions applicables aux tâches énumérées en titre.

Pour les systèmes de GTB, une norme NF EN ISO 16484-1 est en préparation.
Le projet « Systèmes de Gestion Technique du Bâtiment - Partie 1: Spécifications et mise en œuvre de projet » sera proposé au vote formel et probablement édité en 2010.
L'objectif de cette norme est de définir le processus d'élaboration du projet, dans lequel la fonctionnalité et la qualité de la réalisation sont clairement définies. Elle est destinée aux professionnels impliqués dans la conception, la fabrication, l'ingénierie, l'installation, le commissionnement, la maintenance et la formation des systèmes de GTB. Le commissionnement spécifique au système de GTB y est spécialement traité.

Fait par René CYSSAU
Consultant équipement du bâtiment, ex ingénieur en chef du COSTIC, René CYSSAU est l’auteur d’ouvrages techniques dans la régulation et la gestion technique du bâtiment

→ POUR EN SAVOIR PLUS

Le mémento du COMMISSIONNEMENT

Ce mémento rassemble des recommandations destinées aux professionnels : maître d’ouvrage, BET, entreprise, pour viser des équipements techniques adaptés aux besoins clairement exprimés, mis au point attentivement et aux performances attestées, maintenues dans le temps par des interventions facilitées.

Les performances énergétiques et les qualités d’usage viennent pour beaucoup de la complétude des spécifications dans les marchés, incluant la documentation technique détaillée qui doit accompagner la fourniture d’une installation. Des dossiers techniques insuffisants grèvent la maintenance, l’exploitation, les futures adaptations et changements des équipements.

→ Téléchargez le document de 49 pages : Memento commissionnement

→ SOURCES & LIENS

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