Pertinence et intelligence d’un label pour accompagner la RE 2020

Par Alain Maugard – Président de QUALIBAT

Un grand tournant : une réglementation environnementale succède à une réglementation thermique

Rappelons qu’un grand tournant de la construction va avoir lieu en 2021/2022, c’est la réglementation environnementale RE 2020 qui va remplacer un autre ancien grand tournant celui de la sobriété énergétique : la RT 2012. Ce changement a été préparé par l’expérimentation E+C‐ pour préparer la RE 2020 qui sera normalement en application à l’été 2021.

Le changement est foncièrement novateur car il intègre la dimension du carbone dans la construction. En 2012 nous n’avions qu’une réglementation portant sur l’énergie et en 2021, nous aurons ainsi une réglementation élargie à l’Energie et au Carbone. Les deux termes de l’expérimentation E+C‐.

Cette évolution était importante car nous nous sommes aperçus que les bâtiments qui respectaient la réglementation thermique RT2012 étaient certes sobres en matière de consommation, nous avons bien réduit le carbone de la consommation, en revanche le carbone de la construction ‐ l’énergie grise ‐ était négligé malgré son poids désormais déterminant dans le bilan carbone.

Label RE2020

Un nouveau label pour des bâtiments qui vont au-delà de la RE 2020

Les consommations durant l’exploitation ayant de plus en plus diminuées, résultat des différentes RT, c’est désormais le carbone gris de la construction qui devient prédominant et supérieur à celui de l’exploitation. Mais la différence est énorme, car le carbone gris de la construction est « consommé » rapidement, en un an par exemple, alors que le carbone de l’exploitation est étalé/diluée sur vingt à trente ans, sur la durée de vie du bâtiment. Ainsi, la quantité carbone que nous rejetons dans l’atmosphère due à la construction aux matériaux, au chantier, …, est d’un poids et d’un impact ponctuel et conséquent. Cela, nous ne l’avions pas vu car les réglementations thermiques successives s’attachaient uniquement à optimiser la thermique. La nouveauté, pour ne pas dire le tournant, est que la réglementation qui obligera les constructions neuves sera environnementale et non plus thermique, RE au lieu de RT.

La préparation de la RE 2020 et l’évidence d’un nouveau label

Eco-quartier

Ecoquartier Confluence à Lyon bâti sur d’ancienne friches industrielles – source lyon.fr

Ce changement de paradigme a déjà été enclenché avec l’expérimentation E+C‐ et bon nombre d’acteurs se sont mis à intégrer la notion de bas carbone. Un grand courant d’innovations est déjà né chez les industriels de matériaux et d’équipements qui essaient de plus en plus de décarboner leur produits, leur fabrication, leur logistique, … en tenant compte également de la durée de vie des dits produits. Les matériaux les plus carbonés qui ont  une durée de vie longue vont amortir plus longtemps l’émission de carbone. Les matériaux recyclables également pourront présenter plusieurs vies et être réutilisés tant pour la construction neuve que pour la rénovation.  L’économie du recyclage ou l’économie circulaire va ainsi se développer fortement.

Ainsi, de nouvelles possibilités et opportunités naissent et nous sentons que le point de départ d’une réglementation environnementale n’est qu’un « point zéro » à partir duquel nous pouvons imaginer d’autres tournants encore plus ambitieux.

Le champs des possibles étant ouvert, nous sentons bien que la nouvelle réglementation RE 2020 ne pourra pas intégrer toutes les dimensions environnementales et que par ailleurs, nous pouvons comprendre que l’arbitrage de la RE 2020 à venir sur son niveau d’exigence, va être dépendant de la conjoncture. Celle‐ci, d’autant plus avec la crise Covid qui dure, se présente plus difficile avec un coût de la construction qui ne peut croitre et qu’à juste titre l’équilibre économique d’une RE 2020 trop ambitieuse ne serait pas raisonnable. La RE 2020 ne peut être et ne sera pas sans ambition car elle intègre le tournant du carbone, elle risque simplement d’être « modérée » et le résultat de nombreux compromis économiques. Cela est loin d’être négatif, car ainsi s’ouvre la voie pour ceux qui veulent allez plus loin dans l’ambition de construire au‐delà des exigences de la réglementation. C’est la voie et le rôle d’un nouveau label (au‐delà de la RE 2020) qui serait rapidement proposé.

Avec l’arbitrage de la RE 2020, l’intérêt du label se fait donc de plus en plus évident. Il y a de nombreux maîtres d’ouvrage privés et publics qui vont vouloir faire mieux, des promoteurs comme des collectivités et l’administration elle‐même va vouloir monter en gamme ses bâtiments pour qu’ils aillent plus loin en étant exemplaires.

L’idée d’un label d’Etat en continuité de la RE 2020 avait déjà été annoncé en début d’année par les ministres, Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement et de la secrétaire d’état auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, Emmanuelle Wargon, le 6 février dernier en conclusion des travaux de la journée EnerJ-meeting.

Et rappelons également, plus récemment, l’excellent rapport qui vient d’être mis en consultation par le groupe de travail « RBR 2020‐2050 » pour « Réflexion Bâtiment Responsable » du Plan Bâtiment Durable, pour penser dès à présent à l’après RE 2020. Ce document intitulé « un label pour éclairer la route au‐delà de la RE 2020 » est mis en consultation libre et consultable > lien

Un label (RE 2020) qui pourrait être lié à des aides élargies de l’Etat pour la construction neuve

Le dispositif d’aide de l’Etat en l’occurrence le Pinel est en train d’être étudié par l’Etat quant à son maintien et son évolution. Pour l’instant il est maintenu jusqu’en 2021. Cette aide fiscale octroyée aux propriétaires qui construisent des bâtiments pour les louer sous conditions pourrait être maintenue au‐delà de 2021. Le gouvernement a annoncé qu’il envisageait de le prolonger sous conditions environnementales en 2022. Nous pouvons donc imaginer que les conditions environnementales seraient l’obtention du label.
On pourrait aussi élargir les montants et les conditions d’obtention du PTZ sous les mêmes exigences.
Ainsi c’est l’obtention du label, qui irait plus loin que la RE 2020, qui ouvrirait droit aux dispositions de défiscalisation Pinel et au PTZ élargi.

Rappelons‐nous du même effet positif qu’a eu le label BBC « Bâtiment Basse Consommation » lié au dispositif locatif de l’époque juste avant la RT 2012 ; il a permis un apprentissage qui a conduit à la RT 2012.
 

L’intelligence d’un prochain label (RE 2020)

Le label doit être ambitieux et amplifier le tournant déclenché par la RE 2020.

Zéro carbone

Premier territoire zéro carbone à la Rochelle – source atlantec.fr

Il devra faire preuve d’intelligence sur quatre fronts :

L’intelligence pratique du label

Pour que l’adhésion de la filière bâtiment se fasse, il est nécessaire que ce label ne soit pas trop compliqué. Il accompagnera une nouvelle réglementation RE 2020 et donc il est important qu’en terme même de sémantique il soit bâti sur les mêmes éléments de langage.

La condition serait la suivante : Le label reprendra la totalité du langage RE 2020 (sans le modifier) et y rajoutera des mots supplémentaires ; des plus qu’apporte le label. Pour prendre une image, nous n’allons pas apprendre « deux langages ». Si nous prenons une image, la RE 2020 adopte un langage qui comporte 1 000 mots, le label en apportera 300 de plus, nous n’avons donc pas à apprendre 2 langages, nous avons juste à passer de 1 000 à 1 300, les mots de base sont les mêmes. 

Ces éléments de langage, ces mots en plus, nous pouvons être rassurant et même dire que nous n’allons pas les inventer spécialement pour ce nouveau label, nous allons les puiser dans les 3 labels existants actuels, tels que HQE, BBC Bepos Effinergie et le label BBCA. Les professionnels, en grande partie, les connaissent déjà !

Il nous restera en fait que quelques mots supplémentaires « à apprendre » - une centaine pas plus pour reprendre notre image – et qui correspondraient à des nouveaux concepts.

  • la santé environnementale,
  • la mobilité décarbonée,
  • le stockage carbone,
  • l’effacement électrique,
  • l’économie circulaire,
  • la biodiversité,
  • les usages partagés, etc., …

Une idée originale pourrait être que c’est que ces 300 mots supplémentaires correspondent à des points de bonus. Et ces points de bonus seraient librement acquis à partir des thématiques citées ci-avant, sans obligation ni limitation. Liberté serait donnée pour les acquérir en fonction de l’ambition propre du projet, soit un mixte des sujets ci‐avant soit un des sujets, par exemple la mobilité décarbonée, fortement accentuée pour tel projet labellisé.

L’intelligence du territoire

smart city

Nice est dans le top 15 des smart cities mondiales – source meet-in-nice


Que l’intelligence du label puisse s’ouvrir à un territoire (dans le sens collectivité), est une novation qui correspond à une réelle tendance profonde.
L’idée serait que les points pour obtenir ce label RE 2020 ne sont pas obligatoirement à acquérir par un bâtiment mais un groupe de bâtiment, un ilot, et par extension une ville, voire un territoire. 

Pour l’énergie positive, nous savons bien que la mutualisation des surfaces solaires bien exposées, certaines fois dans un hangar voisin, est la meilleure solution collective.  Nous pouvons avoir également des mini-réseaux de chaleur où nous transmettons de la chaleur dans la journée dégagée par les bureaux que nous récupérons le soir dans les logements. Le partage et l’utilisation de la diversité des usages au sein du bâtiment mais également au sein d’un îlot est aussi à considérer comme faisant gagner des points dans ce futur label, etc.  Ainsi, un programme immobilier neuf peut profiter et faire profiter le voisinage d’une labellisation collective !

L’intelligence collective « de faire à plusieurs » est souvent plus efficace quand on intègre la dimension carbone et environnementale. 

Le territoire au sens économique et politique du terme, peut également se saisir d’une opportunité d’un tel label qui serait ouvert à tous les territoires de France. Ainsi, au lieu que chaque ville ou territoire imagine son propre label de qualité environnementale, il pourrait utiliser la liberté de ce nouveau label pour se distinguer avec ses propres caractéristiques forcément différentes d’un territoire à un autre. Cela pourrait être selon les caractéristiques locales l’économie circulaire, la mobilité décarbonée ou tout autre sujet.  

L’avantage au niveau des territoires et de l’Etat est d’utiliser un « langage commun » et une cohérence d’action tout en maintenant une totale liberté d’action territoriale.

L’intelligence des usages 

Dans les usages, il y a l’idée d’intégrer les perspectives d’évolution de nos modes de vie face aux contraintes et conditions environnementales de demain.

Les changements de destination. Des parkings partagés, des parkings uniquement en rez-de-chaussée qui pourraient devenir des commerces, des bureaux, des logements qui pourraient être convertis en usage tertiaire, hôtelier et vice-versa, etc, …,  

Le changement climatique qui nous conduit à concevoir des bâtiments avec plus de confort d’été, (notons que la RE 2020 fait un pas dans ce sens) avec des solutions d’écoconception et EnR, des bâtiments prévus pour les inondations, les sécheresses, …

Le changement du aux crises sanitaires. Le Covid 19 nous apprend à quel point il est important de concevoir désormais des bâtiments adaptables, et résilients aux caractéristiques sanitaires renforcées.

Les changements et mixité d’usages. Pour concevoir des lieux de vies compatibles avec le télétravail par exemple, voire un travail manuel et artisanal, …

Ainsi pour ce nouveau label, il y aurait des points octroyés à la souplesse des usages.

L’intelligence imaginative et créative 

Il faut profiter de ce label pour ouvrir le champ des possibles et encourager l’innovation. 

L’intelligence d’un futur label devrait permettre d’octroyer un nombre de points, 10, 15%, .., à des idées et concepts totalement nouveaux à ce jour. Nombre d’innovations sont en cours, les start-up sont de plus nombreuses à imaginer les solutions de demain, ainsi, le professionnel du bâtiment pourrait obtenir le label en utilisant cette porte ouverte de 10 à 15% de points en « figure libre », si nous osons l’expression. 

D’autres idées sans qu’elles soient totalement nouvelles, mais néanmoins écartées de la réglementation actuelle, pourraient apporter un plus et solliciter des points supplémentaires. Prenons l’exemple d’un maître d’ouvrage qui désire instrumenter et mesurer la performance énergétique et environnementale de son bâtiment ou de son patrimoine immobilier. Prenons l’exemple de l’intégration d’une agriculture urbaine pour tel projet immobilier, etc, etc.

Cette liberté laissée à l’imagination créative participera au développement du label, car elle s’adresse à tous, secteur privé, secteur public, à l’échelle du bâtiment et des territoires.
 

En conclusion

Les acteurs du bâtiment ont la capacité et l’envie pour certains de prendre un tournant important au-delà même de la RE 2020. La nécessité d’un label qui pousse les curseurs énergie et environnement et qui soit facile à utiliser pour les maîtres d’ouvrages, les collectivités et les territoires, est évidente. 
Le fait que le futur label (RE 2020) soit lié à des dispositifs d’Etat comme le Pinel et le PTZ élargi pourrait donner plus d’ampleur à ce tournant. 
Reste à finaliser ce label pour qu’il sorte juste après la RE 2020 afin de donner une perspective d’action pour les pionniers qui ne manqueront pas de s’en servir. 

Par Alain Maugard – Président de QUALIBAT
 

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