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Les choix des débits de ventilation

Avec ce thème nous abordons un sujet souvent traité de façon rapide, comme si les données scientifiques le concernant étaient parfaitement au point. Or le moins qu'on puisse dire, malgré les multiples publications mondiales "rassurantes" sur le sujet, c'est qu'il s'agit d'un domaine où les controverses sont loin d'être négligeables.

A quelles controverses voulez-vous faire allusion ?

Je vais d'abord en prendre une première. Il y a d'assez nombreuses années, Olaf Fanger (aujourd'hui décédé) avait mis au point une théorie des odeurs basée sur les concepts d'olf et de décipol, théorie qu'il a essayé d'imposer dans différentes applications nous concernant, en particulier la ventilation. C'est en appliquant cette théorie que fut mis au point, il y a quelques années, un projet de norme européenne fixant les débits de ventilation. Face à ce projet les associations d'ingénieurs britanniques, belges et françaises firent opposition. Comme il faut que trois pays au moins soient d'accord pour rejeter un projet de norme européenne, la conséquence en fut que le projet fut retiré.

Pour deux raisons ?

D'abord la théorie des olfs et des décipols n'est pas du tout cohérente avec nos connaissances en matière d'olfaction, ce qui rendait les bases de la norme extrêmement douteuses. Ensuite parce que le thème couvert (les débits de ventilation) n'est pas, dans la majorité des pays, un problème de norme mais de règlement. Enfin, et peut-être surtout parce que les démarches proposées aboutissaient à doubler ou tripler les débits d'air neuf pris normalement.

N'existe-t-il pas des recherches plus probantes ?

Il faut bien voir que sur ce thème (les débits d'air neuf) les expérimentations sont très délicates. Pour deux raisons essentielles : le choix d'un critère adéquat (j'y reviendrai), le choix d'un site dépourvu de toute source de pollution " supplémentaire " par exemple le dégagement de composés organiques par les matériaux de construction. Même sur le premier point rien n'est évident.

Que voulez-vous dire par là ?

Je vais prendre l'exemple d'une étude danoise relativement récente (D.P. Wyon et P. Wargocki) consacrée à l'influence de la ventilation dans les salles de classe. Pour évaluer cette influence les auteurs ont choisi deux critères : la vitesse d'accomplissement des tâches, le pourcentage d'erreurs commises. Au vu des résultats il est clair que le premier critère est affecté par le débit de ventilation, alors que le deuxième ne l'est pas du tout. Certes l'étude comporte un certain nombre d'ajustements statistiques, mais - à mon contrôle - ils ne sont ni exacts ni significatifs. Si l'on adopte le premier critère, en regardant les résultats et non pas les équations, on constate que la différence est faible entre des débits d'air neuf de 4 à 5 [L/s] par personne et 8 à 9 [L/s] par personne, une différence que l'on peut évaluer simplement en disant que la rapidité d'exécution des tâches scolaires a été augmentée d'un peu moins de 15 % quand on passe des débits de 4 à 5 aux débits de 8 à 9 [L/s] par personne. Ce n'est pas négligeable, mais il faut souligner que les débits que nous adoptons règlementairement sont plutôt dans la fourchette haute que des les 4 à 5 [L/s] par personne, ces derniers débits (4 à 5) n'étant pas ceux que nous recommandons en France.

A partir de quelles bases faut-il donc choisir ?

C'est assez ennuyeux à dire mais il n'y a pas de données, à mon avis, totalement convaincantes. Finalement la meilleure solution (au moins pour le moment) est celle que nous avons prise en 1974 pour les locaux publics ou professionnels : le critère de von Pettenkofer (1819-1901) selon lequel le bon indice est le dégagement de CO2 par les occupants, qui mesure assez bien le taux de dégagement des odeurs corporelles.

Quelles en sont les conséquences pratiques?

La limite fixée par Pettenkofer était de 1000 millionièmes [ppm] de C02 à l'intérieur. Il faut aujourd'hui l'amodier compte tenu de ce que la concentration extérieure n'est plus la même que celle d'il y a un siècle. De ce fait, la tendance est de prendre comme critère le dégagement humain de CO2 , en convenant par exemple que ce dégagement ne doit pas correspondre à un accroissement du taux de CO2 intérieur de plus de 700 [ppm]. J'y reviendrai, sur le plan des règles de ventilation, dans les lettres ultérieures : à la semaine prochaine donc.

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